DES ESSAIS





Des Essais

Montaigne en fit des tonnes

Je n’ai pas asteure

Ses livres sous les yeux

Mais je me souviens

De quelques passes mémorables

Il appelait ça peindre le passage

Celui du temps

dont il goûtait

chaque seconde

quand tout bien

se goupillait

Mais quand il avait le bourdon

Il le traversait

à sauts et à gambades





Cette nuit

Moi aussi

C’est la cloche des morts

Qui m’a réveillé

Alors je prose

Cheval blessé

Qui rue

Et trempe généreusement

les doigts dans l’encrier





Comme vous pouvez le constater

J’AIME L’ALLURE POÉTIQUE

hypnographies la main parle à la page




Dès ma première enfance, la poésie a eu cela,

de me transpercer et me transporter.

J’aime l’allure poétique

À sauts et à gambades.

MONTAIGNE





Sur l’ardoise, ce coup de craie.

Et toc, toc, toc, cette musique

que faisaient nos mains écolières.

Jouant avec Calcul Mental

et les dictées des Homonymes.

Encadrée d’un bois, où nos noms

figuraient, c’était notre instit-

tutrice de très vieille roche.

Quel plaisir de relire Ponge !





Nul fanal. Ni conseils. Ni rage

d’écriture. Un petit feu

de braises maintenu mot à mot,

L’allure poétique à sauts

et à gambades.* L’autre scène,

Essais toujours en mouvement.

Paroles écrites. Morceaux

épars de notre palimpseste.

Pensées, pesées paradoxales.

Pavés phénix de 68.

Paroles effacées des murs,

Mais toujours vives en nos cœurs.





Systoles, diastoles, Saveurs.

Poésie, en ce monde qui nie

la cohérence aventureuse**,

se lit sans bruit, à contre-voix,

relie le souffle de Tchouang Tseu

aux Margeries de Jean Tardieu.





Contre la prose, morne plaine

de la marchandisation,

le verbe créateur des enfants du limon.***





** Roger Caillois

à propos des Collages surréalistes

***Raymond Queneau

Roman 1938

DES ESSAIS





Des Essais

Montaigne en fit des tonnes





Je n’ai pas asteure

Ses livres sous les yeux

Mais je me souviens

De quelques passes mémorables





Il appelait ça peindre le passage

Celui du Temps :

dont il goûtait

chaque seconde

quand tout bien

fonctionnait





Par contre

Quand il avait le bourdon

Il le traversait

à sauts et à gambades





Cette nuit

Je dois l’avouer

C’est la cloche des morts

Qui m’a réveillé





Alors je prose

Cheval blessé

Qui rue

Et trempe généreusement

les doigts dans l’encrier





Comme vous pouvez

ci-dessous

le constater

manuscrit
tel quel
les doigts dans l’encrier