TROIS SETS DE NUIT





C’est la nuit avancée
Bientôt cinq heures

J’ai fait un premier set 1
Autour de minuit
Où j’ai poursuivi lisant mes livres de chevet
la pensée prolifique de mes êtres de papier

Un second vers trois heures
Où j’ai écrit un poème
À pas de mouche
et quelques aphorismes

Maintenant c’est la troisième manche
Où vont se refermer (l’heure aidant)
les portes de l’insomnie

Après le dernier somme
(s’il vient)
J’aurai la chance en ouvrant mes volets
d’apercevoir 
la mer en allée
avec le soleil 2
(naissant)

Et à nouveau commencera ce jour
Où jouant avec l’éternité
Je boirai le temps
À grande gorgée 3


1 partie d’un concert de jazz 2 Rimbaud 3 Abbas Beydoum (Libanais né en 1945)

UN TEXTE TISSÉ DE BELLE INSOMNIE

Le charme d’un texte
Tout une nuit d’insomnie
Taillée au crayon

Taillée au crayon
Qui trace sur le papier
Les mots de l’oubli

Les mots de l’oubli
Les maux que la mer efface
Mémoire pillée

Mémoire pillée
Souvenirs à pile ou face
Rimes des chansons

Rimes des chansons
Sur la mer recommencée
Chants et contrechants

Chants et contrechants
Sonorités du ressac
Entre deux silences

Entre deux silences
Bienfaits d’une longue trêve
Et du charme d’un texte

Le charme d’un texte
Tissé de belle insomnie
Clap de fin : JE T’RÊVE

MANIFESTER sa puissance d’agir





Nous ne naissons pas libres, nous le devenons. Si la liberté politique doit certes protéger de la violence et garantir certains droits, sa véritable fin est de permettre à chacun de développer et de manifester sa puissance d’agir.      Jean François Billeter





Manifester sa joie Ce n’est/ qu’un début/ Continuons le/ Combat Manifester sa peine Et nos amours autant qu’il m’en souvienne Manifester en ce long moment hors temps de Mai 68 ou le rêve d’une grève générale réalisé.e Manifester en faisant les affiches collectives des Beauz’Arts qui faisaient dire aux peintres qui avaient quitté leurs ateliers L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art Manifester dans son usine qui n’avait pas été occupée depuis 36 Manifester ce désir d’art de vivre non programmé Manifester nos paradigmes humanistes perdus et retrouvés Manifester nos solidaritudes avec les personnes vivantes – et bien vivantes- à nos côtés Manifester avec Edgar Morin (l’heureux centenaire) la mise à distance de ces fameux concepts mis à toutes les sauces et qui nous saoulent : L’abstraction formalisatrice a fini par se prendre pour la quintessence de la réalité alors qu’elle en est la déshydratation Manifester avec grand soin son autodérision souffrant d’insomnie échangerais mes écrits de plume contre un sommeil de plomb Manifester son goût du pastiche et du pastis de Marseille : le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur de Mariani Manifester son côté marxiste tendance Groucho : si votre esprit s’égare, plus tard vous le retrouverez, mieux ça vaudra Manifester son désarroi devant tout manifeste sans contenu latent : Si vous avez compris, vous avez sûrement tort Manifester cette anaphore qui donne le tournis Manifester ces caractères pendant les uns aux autres qui s’agrippent et s’engrènent dans un réseau réfractaire à celui-là même qui l’a sécrété Manifestez !





miró vignette Mai 68 tableau 200×200 cm

JE SUIS INTERDIT DE POÈMES





une fantaisie





Je suis interdit de poèmes…sur le papier

Mais dans ma tête ça n’arrête pas de bourlinguer

Textes Antitextes Expériences de pensées

Cut up Lieux communs percutés

Où la bouche délirante fait dinguer

le concept et la cogitation de nos chers métaphysiciens





Je suis interdit…en arrêt volontaire de machine

à écrire

les fadaises de l’écriture automatique

Mais dans ma tête ça moissonne

Faucille d’or faisant tomber des épis

des « et puis »

des essais sur les Essais exempts de toute farine

que font ces diables de critiques

dans les bénitiers des éditeurs de Saint Germain des Près





Il n’y a plus d’après ni de traction avant (l’antique déesse noire)

Mais un petit vélo présent

Qui fait le tour de cette nuit absente de tout bouquet

Mais non de cette fantaisie générée dans son lit

En bel état d’hypnose et d’insomnie





je suis interdit de poèmes

DES POÈMES POUR NOS NUITS

 

" Le poème, c’est ça pour moi :
c’est celui qui est le malade
et le docteur en même temps."

paroles d’un « poète » anonyme


 
Souvent pour m’endormir je déroule des poèmes
Je les connais par cœur les compte sur mes doigts
Ou bien – pareil au même – j’invente un vers puis l’autre
C’est purement mental C’est ce que vous voudrez
 
Lecteurs qui craignez l’insomnie comme l’orage
Ô rage ô désespoir ô vos viles insomnies !
Convoquez la mémoire d’un poème ami
Murmurez inventez ces mensonges aimables
Qui réparent nos jours et enjambent nos nuits
 
les figures blanc sur noir ont été réalisées le 16/05/2018
dans un train qui me menait de New York à Montréal
c’est une autre manière de réparer nos maux
par un autre moyen
que les mots d’un poème