BOIRE SOUS LA LUNE PEUPLER SA SOLITUDE

Boire seul sous la lune, écrit Li Bo, qui la prend pour amie et avec l’ombre qu’elle lui procure, voilà qu’ils sont trois. Que n’inventons-nous pas pour peupler notre solitude ? Assurément cette main qui court le papier, maniant le pinceau du poète-calligraphe, ou bien l’ancienne plume et son encrier, avant le stylo pointe fine. Écrire seul en silence, calé sur son oreiller, la lune à la fenêtre, les volets grands ouverts. Suggérer les activités joyeuses de jadis : la toupie sur les carreaux de la cuisine, le jeu de barres dans la cour de l’école et la construction d’une cabane. Li Bo réapparaît, nuit de lune sur le fleuve, il vacille en buvant une nouvelle coupe de vin de Sin-fong. Un dernier coup de rame, ma barque de papier ne sert plus que de marque-page, les images des rêves, comment les épuiser ?  Li Bo (Li Po, Li Bai) 701-762

le caractère chinois shou longévité encadré par mes hypnographies : signes imaginaires faits comme en état d’hypnose

Ajout

Cette nuit je lis les vers tirés de derrière les fagots d’un poète chinois ivre

À vrai dire je n’y comprends rien leurs caractères calligraphiques ayant disparu de notre abécédaire

Mais je m’accroche aux branches

Au-delà des mots écrits Je cherche la parole de celui qui dans son ivresse les prononça

Alors un instant vient où la lune d’hiver glisse sur les livres de ma bibliothèque

Au point de les transformer en Acherontia atropos

(Sphynx tête de mort)

J’imagine qu’ils vont aller rejoindre les rêves de ce calligraphe inconnu qui me ressemble comme deux gouttes d’encre plus noires que la nuit

TOUT EST QUESTION DE MOTS

Tout est question de mots que l’on choisit que l’on assemble de mille et une manières : des « oyats » sur la dune du Pilat, des «oblats » chez les religieux de Sainte Ursule, des élèves de l’école élémentaire dans la lune. Des mots qui jaillissent d’une opérette d’Offenbach, des mots sur les murs du grand opéra de Mai 68, des mots qui envoient Carnaval cul par dessus tête. Tous ces mots terribles qui font les chansons de François Béranger et qui se fraient un chemin dans le cœur et sur les lèvres des heureux mortels.

Martigues 25 novembre 2023

32 MOTS Eluard voulait « tout dire », mais il en manquait. Mallarmé leur cédait, volontiers, l’initiative. Jaccottet a toujours eu la hantise de ne pas se faire leurrer par eux. Tardieu, Monsieur Jean, redoutait celui qui en aurait percé tous les secrets. La liste des amoureux ou contempteurs de mots est infinie, mais à la fin des fins, dans son atelier quotidien où l’on s’escrime avec eux, ça fait une fois écrits sur la feuille, « taches de soleil ou d’ombre » Le livre d’une vie Une autre biographie En mille et un fragments JJD (en cours d’écriture)

Tout est question de mots
Tout est question de silence
Le feu  d'entre les mots
Les braises
de l absence
Je tisonne
mes souvenirs
Je remonte
les jours
Jusqu'à la flamme

Quand le vent déboule
Il  n'est plus temps 

Et se sentir aussi nu
qu'un nouveau-né
Et les mots envolés
Plus loin
Que jamais  

Danielle Nabonne

LA LUNE À L’ŒIL ROND





 À la fenêtre

la lune à l’œil rond

réclame son dû

 – une pièce nocturne

un petit coup de dés

autour de minuit  –





Les yeux dans les yeux

Je la nomme :

Cheval à l’envers

Bisons et petit dieu

sortant fouet, serpent

ou cotillon –





Et pour sa face cachée

(c’est le b.a ba du métier)

je décline l’obscure clarté

qui baigne tout poème :





ces petits astéroïdes

qui viennent nous percuter

comme s’il y avait une beauté du monde

et que traduit l’alphabet présent

à pas de plume

à pas de lune





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AIMER L’UTOPIE

Jean Jacques Dorio

Encres Vives n° 399

(Version publiée en octobre 2011)

ALLER SELON





Aller selon

les doigts sur l’archet

le bruit de la pointe fine

sur le papier poussière de lune





Aller selon

la ballade en poèmes du matin

le goût d’ajouter sa petite pierre

son grain de sel infime





Ce peu de mots qui précipitent

ou se diluent dans l’invisible





Aller selon





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JJ Dorio
une version courte a paru
à Encres Vives
n°399 octobre 2011