UN PEU D’ART

écrit tel quel
premier jet
28/03/2020
01h55




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Un peu d’art chanter comme un cheval

Un peu d’art mon royaume pour un Chagall

Un peu d’art la fleur à la boutonnière

Un peu d’art taper sur son enclume





Un peu d’art au clair de la lune

Un peu d’art mon ami Queneau

Un peu d’art ma cousine Bette

Un peu d’art avec des chapeaux ronds





Un peu d’art du beurre dans les épinards

Un peu d’art pour percussions et épinette

Un peu d’art pour les temps difficiles

Un peu d’art dis-je en vers lyriques





Un peu d’art pour sortir du pétrin

Un peu d’art pour le galet de Ponge

Un peu d’art qui roule sur ce texte

Un peu d’art le livre se referme





c'est Dorio qui l'a fait
Mais Queneau l'a aidé


7 POÈMES DE MAINTENANT LE CORPS AU NAGUÈRE
 
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

Paul Verlaine
JADIS ET NAGUÈRE
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

BOIRE SOUS LA LUNE PEUPLER SA SOLITUDE

 
Boire seul sous la lune, écrit Li Bo, qui la prend pour amie et avec l’ombre qu’elle lui procure, les voilà trois.
 Que n’inventons-nous pas pour peupler notre solitude ?
Assurément cette main qui court le papier, maniant le pinceau du poète-calligraphe,
ou bien l’ancienne plume et son encrier, avant le stylo pointe fine.

Écrire seul en silence, calé sur son oreiller, la lune à la fenêtre, les volets grands ouverts. Suggérer les activités joyeuses de jadis : la toupie sur les carreaux de la cuisine,
le jeu de barres dans la cour de l’école et la construction d’une cabane.
Hier après-midi, quand mon petit-fils a vu que sa cabane imaginaire,
quelques branches appuyées contre un tronc de pin, avaient été enlevées,
il m’a dit en secret : c’est un coup des hyènes.

Li Bo réapparaît, nuit de lune sur le fleuve, il vacille en buvant une nouvelle coupe de vin de Sin-fong.

 Un dernier coup de rame, ma barque de papier ne sert plus que de marque-page,
les images des rêves, comment les épuiser ?
  
 
Li Bo (Li Po, Li Bai) 701-762









"Boire sous la lune" manuscrit premier jet
fond : composition Dorio
"hypnographies" néologisme inventé par JJ Dorio
collage sur papier glacé de revue

détail

EMBROUILLAMINI

  

Petites goulées de sommeil
Puis je reprends mon livre
Qui écrit ? Je - pour sûr ?
 
Il me dit qu’il étudiait Droit
parce que Philosophie
n’était qu’une matière destinée
aux enfants et aux sœurs (monjas)
(Je traduis du castillan)
 
Petites goulées d’air de la nuit
Un amour de fraîcheur
tant la chambre a chauffé tout le jour
 
Le livre en 86 chapitres fait la recension
de tous les écrivains
qui un jour on dit Stop :
« Non je n’écrirai plus une seule ligne »
Témoin ce Lord C. qui entra en crise
Quand il comprit que les mots étaient un monde
Qui ne disaient rien de la vraie vie
 
La lune à la fenêtre me regarde narquoise
Ce 3 août 2019
Soixante ans exactement après que Borges
Eût écrit une de ses variations infinies
Sur les tigres :
 
Au tigre des symboles j’ai opposé
Le véritable, au sang brûlant
Celui qui décime les troupeaux de buffles
Et dont j’imagine l’ombre
Ce jour, 3 août 1959,
Passant avec lenteur sur la prairie
 
Ce passage fut repris le 3 août 1999
Par l’hyper-bartlebyen Enrique Vila-Matas
Dont je suis cette nuit les chapitres
Je pense à l’autre tigre
celui que moi aussi je cherche en vain,
Au-delà des mots…
 
Il faudrait creuser tout cela
Ces 3 août en miroir
Les tigres réels et les autres
Tout cet embrouillamini
Que j’abandonne au ciel de nuit
Et au lecteur hypothétique
Qui n’est pas dans le poème
Mais qui peut-être de passage
A envie un bref instant de l’habiter