PREMIER BAIN DE MER

Fos sur Mer 24 juin 2020

BAIN DE MER





Premier bain de mer – l’été sans mer je meurs à petit feu –

Ici sur ma plage de 36 et de 68 je suis entouré d’enfants

qui rejouent le mythe des origines –la mer la mère toujours

recommencée – ils courent à la mer avec leurs petits seaux

ils passent le sable au crible de la grande illusion

ils n’arrêtent pas de bâtir et de débâtir leurs châteaux

en Espagne et surtout ils rient ils crient ils s’interpellent

ils portent l’eau de vie des poètes de sept ans et de soixante

dix-sept ans –disons- dans le plein soleil l’azur les bateaux

tout ce saint-frusquin que l’on vend dans les cartes postales

Mais ici chez moi sur ma page de sable et d’or ce ne sont

qu’émotions rêves et désirs que l’on dit au papier à la mer

qui nous vient du dedans comme un étourdissement passager





Fos sur Mer « la grande plage » 400m de sable

face aux navires porteurs d’essences noires

et de mythes secrets

POUR APAISER VOS MAUX FAITES LIGNES DE MOTS

manuscrit
09/04/2020
il est cinq heures
Poème fait joujou
Avec la tendinite
Qui la nuit se réveille
Et agite sa serpette
(la suite dans un instant
mais lisez le brouillon
en attendant)




Poème fait joujou

Avec la tendinite

Qui la nuit se réveille

Et agite sa serpette





Pour mater la douleur

On s’invente des formes

Stylo entre les doigts

On creuse son chemin

Une ligne chasse l’autre

Et le sous-épineux

Va déjà un peu mieux





Comme il faut faire durer

Autant que faire se peut

son exercice

On lit au lit aussi

Quelques vers insolites

De confrères de consœurs

Passé.e.s depuis belle lurette

De  l’autre côté de la page





Une dernière strophe

Douleur s’est apaisée

On regarde sa montre

Il est cinq heures

Paris s’éveille





On finit là sa veille

On range son papier

PSYCHANAZOUILLIS





Jamais je n’eus l’envie

de me coucher sur un divan

pour raconter ma vie





C’était pourtant plutôt mode

« à mon époque »

comme l’on dit





Se coucher zyeux au plafond

avec un type derrière soi

qui ne dit mot

mais qui consent

à prendre un gros billet

après la séanc’ ?

Non merci





Moi raconter ma vie

c’était rien de pesant

                                                                 mais j’aimais dialoguer

et j’aimais mes parents





Et puis tout le jargon

« condensations transferts »

toutes ces associations

qu’aiment les psychanazouillis

je les réservais à mes poésies





Un demi-siècle après

qui l’eût cru ?

J’ai conservé cette manie





Je parle au papier comme au premier venu*

Et ce sont mille voix

Qui me répondent la nuit





*Michel de Montaigne

	

JE PARLE AU PAPIER





« Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre »

Michel de Montaigne





À force de recopier mes auteurs bienheureux

Sur des bouts de papier

Je ne sais plus bien

Si c’est d’eux ou si c’est de moi

Lequel des deux a pris la main





Laquelle m’a donné ses excès d’images

et de piétinements

ceci pour le trop dire





Ou bien qui fait silence

autour du mot manquant

ceci pour le trop peu





Ce texte privé d’Aura

peut maintenant disparaître





10/01/2020

01h01

ONIROCRIS





Sur le papier froissé

Je jette mes poèmes

                                                                  Fantaisies pièce à pièce





De quoi me réparer

De la prose du monde

Qui le jour me déchire





Un cheval entre en scène

Il traverse le fleuve

De Mémoire et d’Oubli





Mon papier à présent

Fait boule de neige

Traverse cette Cour





De comédiens inventifs

Faisant passer l’horreur

Des guerres hypertrophiques





Dans leurs Onirocris

14/01/2020
01h00




Onirocri

d’Antoine Bourseiller

Cour d’Honneur du palais des Papes

Avignon été 1973