Je lis les poètes qui ont reçu des prix Et oui des prix de poésie Dotés de noms d’anciens Dont tout le monde a, pour le moins, entendu parler à l’École de la République La petite entreprise déposée sous le nom " le printemps des poètes" en recense une bonne trentaine, « liste non exhaustive » ont-ils le culot de préciser Non, je n’aurai pas la cruauté de donner cette liste de lauréats dont les noms à côté d’Apollinaire ou de Mallarmé sont tout à fait inconnus du public… « du Grand » s’entend… Mais non du petit cénacle de disciples, cercle, aréopage, chapelle, clan, coterie, club, groupe, assemblée, conventicule, qui se réunissent dans des salles assimilées à la Cène, au Calvaire, aux cafés de Saint Germain des Prés, dans les sous-sols des hôtels borgnes, les arrière-cours d’éditeurs célèbres, sous la coupole de Richelieu, dans l’ombilic des limbes, etc Tout ce petit monde, pour résumer, qui se connaissent et se tiennent par la barbichette, la moustache de la Joconde, les jarretelles de madame X, Tous ces grands chantres et ardents musiciens, tirant toutes et tous, et chacun pour sa gloire anthume, sur l’unique cordeau des trompettes marines…
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LA POÉSIE N’A PAS DE PRIX
En ce monde étiré, parcouru en tous sens, volubile et affairiste,
la poésie survit, langue de sable, déploration surannée, etc.
Gaston Puel
I
La poésie n’a pas de prix
Elle se donne pour rien
hors des marchands
des cuistres et des théoriciens
qui se font mousser
avec les mots des insurgés
II
La poésie n’a pas de prix
C’est un peu d’air qui est passé
sur cette colline sur cette rue
ce ru de figures invisibles
qui bouillonnent
moitié pierre moitié écume
III
La poésie n’a pas de prix
Trésor caché des nuits
Elle lève ses barricades mystérieuses
au carrefour des rêves
et des réalités
IV
La poésie n’a pas de prix
inadaptée à ses marchés
où ceux qui inscrivent « poète »
sur leur carte d’identité plastifiée
troquent l’or du temps
pour leur petite monnaie de signes
V
Innocente dérangeante pauvre et sans prix
Poésie n’est pas un nom facile à porter
Elle est pourtant – toujours – l’humaine mesure
Un cami compartit Un chemin partagé
Qui relie maille après maille ses lecteurs dispersés
Joie et douleur mêlées dans un simple poème
Qui ne fait que passer