TERCETS DE LA VINGT-CINQUIÈME HEURE





Lecteur bénévole

Casse la glace en toi

Et jette-toi au feu !





Tu n’écris plus que des poèmes de nuit

Tu n’écris plus que des poèmes

Tu n’écris plus





Les poèmes en prose

La prose du monde

Le monde des assassins de la poésie





Tous les poètes ont affaire avec le mal

Mais un seul a osé envoyer ses fleurs

À son éditeur





Un poème ça se calcule ou non

C’est un moment où l’on bascule

dans l’illusion





Une pure illusion

qui se réalise

ou non





J’ai dérivé sans dérêver

En essayant de ne pas trop obscurcir

Mon propos





C’est la vingt-cinquième heure

Je finis là ma veille

Je range mon papier





dimanche 13/09/2020

de zéro à une heure du matin

CAHIER DE PLAGE un 15 août

espontaneo 15/08/2020 midi




CAHIER DE PLAGE

J’ai sous les yeux une page d’un livre célèbre dans le monde entier. Je la lis par intermittence, et quand je lève les yeux, j’ai devant moi, une mer d’huile, ses bateaux, ses gens et sa rumeur, ce 15août 2020.

Toit tranquille, mais à la place des focs, vus et imaginés sous forme de colombes par le poète du Cimetière marin, ce sont les lourds et grands bateaux, porteurs d’or noir, de gaz ou de minerais, qui à l’arrêt, attendent leur tour pour un transvasement, dans la rade de Fos ou celle de Lavéra Martigues.

Des familles s’installent, derrière moi, près des rochers ; ils déballent ce qui sera leur repas de midi, avec le petit réchaud pour la cuisson.

Retour au livre dont l’auteur, un brin confondu avec le narrateur, veulent me persuader que les personnages sur la page et leurs émotions, les paysages et leur description, exercent sur sa pensée, une bien plus grande influence, que les personnes autour de lui et le jardin, où il fait dans le ravissement ses lectures d’été.

-Non, non, répètent les vagues qui me lèchent les pieds et me transportent ailleurs ; sur cette presqu’île de Goajira, par exemple, dont les plages immenses et sans personne, tutoient les dieux.

DONNER DE LA FICTION À LA RÉALITÉ

UN DICTIONNAIRE À PART SOI





CHOIX

Si je devais choisir entre La flagellation de Piero (della Francesca) et Guernica de Picasso (Pablo Ruiz), il n’y aurait pas photo. Seule la première œuvre pourrait entrer dans mon deux pièces.

CLIGNOTANT

Je lis sur mon livre actuel de chevet qu’un moniteur d’auto-école hurlait à son élève à chaque tournant « la flèche monsieur, la flèche ! ». Je me souviens alors que cette flèche ou plutôt le clignotant fut cause de mon échec, le seul il est vrai, à obtenir « mon permis. » C’était dans la bonne ville d’Auch, où je vécus trois ans à l’école normale d’instituteurs. L’examinateur me fit arrêter sur un espace à ma droite, mais quand je redémarrai, j’oubliai tout bonnement, mon clignotant du côté droit. Comble d’ironie, l’auteur du passage du livre qui m’a rappelé ce récit, ajoute que dans ces années-là, « La Flèche » était un « journal de gauche, mais intelligent » (sic).

RETROUVER

À la gare Saint Lazare, « salle des pas perdus », j’ai retrouvé l’exemplaire de la Recherche, que je croyais avoir égaré dans la cour de la Sorbonne. C’est ce qu’un critique littéraire fort connu aurait appelé « donner de la fiction à la réalité ».

PIANO

Je m’y mets chaque jour, et plutôt deux fois qu’une. À proprement parler, je ne sais pas lire la musique. Mais je sais plaquer les accords des chansons, ou de petites pièces jazzy, que j’ai transposés à partir de ceux appris sur ma guitare. J’improvise, je fais plus ou moins de bruit, et ne casse les oreilles de personne, les photos qui m’entourent faisant seules office de spectateurs. Mais je prends du plaisir et grâce à Philippe Bruguière, du Petit Mas, j’ai pu faire le saut de mon piano à son studio, et enregistrer trois cd signés Jean Jacques Dorio.

IN AETERNAM
15 euros
port compris
garanti sans virus

JE N’AI JAMAIS J’AI





Je n’ai jamais joué avec des soldats de plomb

Je n’ai jamais connu le bonnet d’âne

Je n’ai jamais monté de trains électriques

Je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire

-Mais tu es dans la lune ou quoi !

(ça c’est moins sûr)

Ceci pour l’enfance





Je n’ai jamais été au Guggenheim de Bilbao

Mais à celui de New York

oui

Je n’ai jamais vu et entendu

Coltrane Monk et Miles Davis

Mais Schepp Garner et Portal

oui





Je n’ai jamais été au Mur des lamentations

ni à la Cité interdite

Mais à Macchu Picchu à Delphes et à Brasilia

oui

(il y a mensonge sur un des trois)

Ceci pour la suite de l’enfance





suite au prochain jeu de l’imaginaire et du réel mêlés

(lecteur lectrice entre parenthèses tu as tout le temps aujourd'hui toi aussi
de jouer au jeu de J'AI JE N'AI PAS)
cet espace est pour toi