JOUR DE NOËL

Jour de Noël Nativité

Des nouveaux nés et des enfants

Qui ont rêvé de leurs joujoux

Jour de cadeaux de nos loulous

Mamans reines papas gâteaux

Le mien c’était Noël Dorio

Qui s’évada en 42

Prisonnier du Reich allemand

Jour de Noël mais je m’égare

Pour les enfants souffrant la guerre

Finir avec ma plume d’ange

C’est bien le moins que je leur dois

NOMMER LE MONDE EST-CE COMME PONDRE UN OEUF ?

Nommer le monde qui nous entoure

Mots à mots qui viennent à la queue leu leu

Page à page où naissent des orages

Sur des volcans devenus vieux

Nommer mélancoliquement la vie devant soi

Pour lire après coup ce qu’on ne savait pas qu’on allait pondre

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première page écrite à propos des clochers de Martinville par l’enfant Marcel anticipant le futur écrivain

Je ne repensai jamais à cette page, mais à ce moment-là, quand, au coin du siège où le cocher du docteur plaçait habituellement dans un panier les volailles qu’il avait achetées au marché de Martinville, j’eus fini de l’écrire, je me trouvai si heureux, je sentais qu’elle m’avait si parfaitement débarrassé de ces clochers et de ce qu’ils cachaient derrière eux, que comme si j’avais été moi-même une poule et si je venais de pondre un œuf, je me mis à chanter à tue-tête.

Marcel Proust Du côté de chez Swann

UN LIVRE UN COUTEAU UN ÉCRAN

Je dors avec un laguiole sur ma table de chevet. Nul crime en perspective, mais le couteau me sert à découper les pages d’un livre publié par l’éditeur Corti. Cette nuit il s’agit d’un passage sur la poésie fugitive définie par la prestigieuse Encyclopédie. Ces petites pièces sérieuses ou légères qui s’échappent de la plume d’un auteur en diverses circonstances de la vie. Diderot et d’Alembert seraient bien étonnés de voir leur définition apparaître sur un écran tactile. Reste ce livre que je découpe page à page, pour le plaisir de découvrir un langage qui me tient en éveil, entre deux sommes.

UN NOUVEAU POÈME

J’hésite au seuil de ce nouveau poème

J’essaie les voix d’un chant fragile

Des images des paroles plus ou moins pures

J’écris je lâche les chevaux de la littérature

Ou symboliquement l’âne de la psychanalyse

Je noue le verbe d’un moi multiple

Avec le monde qui me tracasse

et à la limite me déchire

Mais il faut tenir il ne s’agit pas

De se défaire entre les lignes

De gâcher le travail du poème

Qui maintenant s’est écrit peu ou prou

Illusion créatrice ou commencement

qui n’en finit pas de nous étonner

LIGNES DONT ON FAIT LE DEUIL

Dans le désordre du linge de ma couche

Je couche ces quelques lignes

Dont je fais aussitôt le deuil

Car tout simplement et bêtement

J’ai perdu la page de mon carnet

Où je prosais ces quelques vers

Un dieu malin me les aura cachés

Dans le maquis des phrases

Qui sans compter les heures

S’additionnent dans ma chambre d’écriture