
d’Encres Vives
ci-dessous

2 Allée des Allobroges
31770 Colomiers
6,10 euros
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


-J’ai besoin d’une feuille noire.
–Pourquoi donc ô poète
Quelqu’un t’a-t-il maudit ?
-J’ai besoin d’écrire ce dialogue impossible.
–Espèce de poisson ondoyant de sommeil.
-J’ai besoin d’une page blanche.
–Le temps d’un flux sur la grève.
-J’ai besoin de ce blog où l’écriture
ne sait sur quel pied danser.
-Comme les masques blêmes du néant ?
–J’ai besoin que ces lignes me déplacent.
–Mets sous la clef ce poème
Et n’en parle à personne.
-J’ai besoin de dire et de contredire
ces phrases d’un monstre sacré
qui ont glissé sur la page de ma nuit blanche.
–Songe effaré Tout se lève
Tout retombe Tout a flotté.
25/01/2020
23h25
en italique le lecteur aura reconnu ces « vers inutiles de pure poésie »
nommés ainsi dans la préface des Orientales
« Inutile signifie ici : n’ayant de valeur qu’en eux-mêmes,
et par rapport à rien d’autre,
et d’autant plus chargé de prix ».
Paul Bénichou
Le sacre de l’écrivain

Je rêve de mon ami Felix
Et de sa voix psalmodiant
Masa de son compatriote
Cesar Vallejo
No mueras te amo tanto !
Je rêve des tristes tropiques
Des trois tristes tigres
Des tragédies grecques
Dont la masse a disparu
Et du rire des dieux
Je rêve et je ne sais plus
Qui du Rêveur ou de l’Éveillé
Tourne les feuillets noirs et blancs
De ma fragile et fabuleuse
vie
poème publié
titre du recueil : JE T’RÊVE
éditions Rafael de Surtis
2011
(variations du 26/01/2020)

Les mots anciens se pressent au portillon
Monsieur mon passé laissez-moi passer ¹
Les mots se pressent au portillon
Jusqu’au dernier jour
Où avant de caler
Quelqu’un écrit :
Il faut se quitter déjà ?
Ne me secouez pas
Je suis plein de larmes ²
Les mots d’humour se pressent au portillon
De sorte qu’en fin de compte, il ne reste, en dernière analyse,
comme cause d’emmerdement, que l’amour de soi-même.³
Les mots se pressent au portillon
Des notes bas de page
Comme pisser dans un violon 4
Les poèmes se pressent au portillon
Il faut apprendre à écarter
Les plus mauvais
Les poèmes pleins d’exaltation et de rhétorique 5
Les mots se pressent au portillon
Moi c’est une image que je poursuis
Rien de plus 7
Les mots se pressent au portillon
Les fredains du grand-père enfant
Me font tout un album de chansons
Les mots se pressent au portillon
La muse mue
Des Mages romantiques à l’École du désenchantement 8
Les comptines se pressent au portillon
Passez pompom les carillons
Les portes sont ouvertes 9
Les morts se pressent au portillon
Des ptis trous des ptis trous
Encor des ptits trous 10
1 Léo Ferré 2 Henri Calet 3 Jean Paul de Dadelsen 4 Goethe ? 5 ? 6 Tabucchi (un rêve de Maïakovski) 7 Nerval 8 Paul Bénichou 9 Comptine de ma cour de récréation 10 Gainsbourg (Le poinçonneur des Lilas)
« Estos días azules y este sol de la infancia »
Dernier vers griffonné – ou dicté ? –
par Antonio Machado
à Collioure
Peut-être un écrit nous en révèle-t-il les circonstances ?
Mais quelle importance ?
Quant aux mots jetés en ultime pâture :
« Ces jours d’azur et ce soleil de l’enfance »
Il permit au poète qui rendait son tablier crépusculaire
D’évoquer les promesses de l’aube
Nos belles utopies
Que l’on essaie de tenir
et d’honorer
Jusqu’à la ligne dernière
poème publié
(réécrit ce 25/01/2020)
Une minute d’éternité
Librairie-Galerie Racine
2008
Recueil de poésie présent sur le site de la Fnac
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