Me dégourdir les doigts
Sur la page je dois
Aligner quelques vers
Comme d’autres des verres
Envers et contre tous
Tonton pourquoi tu tousses
Sans raison m’amuser
Si pour moi ma muse ai
Révélant mes tropismes
Mes lignes d’exorcismes
On fait on recommence
Bien loin de la romance
Pour un non pour un oui
De sa main la plus gauche
Projets esquisses ébauches
Un roman feuilleton
Se montre à l’oeilleton
Ma fable enfin ourdie
Mes doigts sont dégourdis
Author Archives: Jean Jacques Dorio
UNE DÉCENNIE SANS TOI
Ce soir il y aura dix ans que tu t’es éteinte
Pour l’évoquer j’ai trouvé un image
à laquelle je n’avais pas encore songé
J’ai vu une actrice traverser un paysage irréel tenant une bougie
Elle fait des pieds et des mains
pour maintenir en vie la petite flamme
Jusqu’au moment où ce n'est plus qu'un point noir
L’actrice tombe alors à terre
Comme foudroyée
***
Je t'ai raconté ce rêve où j'allais à mon enterrement, joyeux, puisqu'entouré d'ami.e.s. Et puis,tu le sais mieux que moi désormais, à la fin quand la fête est finie, tout le monde se retire, reprend ses cliques et ses claques, retourne à ses pénates. Sauf toi, ma belle endormie.
-Tu es maintenant la seule à ne pouvoir nous suivre, te dit le dernier des fêtards.
Et pour moi, qui ne rêve plus, en relisant cette histoire, je me dis aujourd'hui qu'il se fait tard, il se fait tard.
Martigues 2 août 2014 et 25 mai 2024
DANS LA MÉMOIRE DE JOSIANE DORIO
C’est ainsi que je vais regrouper les textes et poèmes qui te sont consacrés, en dehors de mon livre hommage (sous forme abécédaire), publié sous le titre Poèmes à ma morte, aux éditions l’Harmattan. (2017)
Chaque poème était précédé d’une citation. Celle de Vladimir Jankélévitch, à la source du poème « Viatique », est une « majeure ».
Nous l’avons lue, avec grand soin, chaque fois que nous allions à Paris, passant devant l’immeuble du Quai aux Fleurs, où le philosophe, si attachant, vécut :
Celui (Celle) qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été : désormais, ce fait mystérieux et profondément obscur d’avoir été est son viatique pour l’éternité.
ENTRE DEUX SOMMES
Sommeil interrompu
Je me réveille
La poésie de mon
dernier rêve
tombe dans la prose
sur mon papier
J’entends le bruit
des acouphènes
grésillements auditifs
qui riment avec phosphènes
troubles visuels
Oui décidément
la poésie boîte en prose
elle a mal à ses pieds
DIALOGUER
50 DIALOGUER
Dialoguer avec Dante en traversant le maquis du milieu de nos vies Dialoguer avec Ponge à l’entrée du petit bois de pin Dialoguer avec les lecteurs de poésie mode d’emploi en prosant ces quelques vers Dialoguer avec Ulysse entrant incognito à Ithaque Dialoguer avec Jean Jacques et ses rêveries de promeneur solitaire Dialoguer avec Pessoa à la recherche du langage de l’Intranquillité – le desasosego– Dialoguer avec la Môme Néant la marionnette chérie de Jean Tardieu Dialoguer avec le cyclope ivre de vin noir et de rire éternel Dialoguer avec son chien quand il ne reste rien Dialoguer avec son buraliste qui parle de métaphysique sans le savoir Dialoguer avec le gardien de troupeaux et le banquier anarchiste Dialoguer avec la dernière indienne de la Terre de Feu Dialoguer avec la Sinfonia de Luciano Berio Dialoguer avec Socrate avalant sa ciguë Dialoguer avec Montaigne qui parle au papier comme au premier venu Dialoguer avec les morts de la promesse de l’aube Dialoguer avec un tramway nommé Désir Dialoguer avec la face cachée de ce texte barboté, bredouillé, bricolé par ajouts successifs Dialoguer en pratiquant cet art modeste où l’on essaie un mot puis l’autre jusqu’au bout de la ligne Dialoguer avec Mikhaïl Baktine l’inventeur du dialogisme : la vérité naît entre les hommes qui la cherchent ensemble dans le processus de leur communication dialogique.
FAUT RIRE
Faut rire se secouer se délivrer et s’autodériser
se moquer de soi-même sérieux comme un pape
et c. comme un panier
Faut rire sans savoir pourquoi
mais l’on se dit alors
que ça vient de très loin
et que ça fait du bien
Faut rire pour libérer ses endorphines
Faut rire des sanglots de l’homme blanc
et des racistes imbéciles heureux
qui broient du noir
Faut rire de Woody
quand il se prend pour Allen
Faut rire de Bergson n’est parfait
(une blague étalée sur les murs
de Mai 68)
Faut rire de sa théorie du rire
( une mécanique plaquée
sur du réel)
Faut rire de celui qui au Casino
passe toujours à côté de la plaque
Faut rire de soi même s’il semble
que c’est vraiment un autre
Faut vraiment rire comme un bossu
Et même comme chante Salvador
Faut rigoler Faut rigoler