LONGÉVITÉ D’UN ARBRE

En lisant j’aime écrire et surtout ce que le lecteur pressé nomme des inutilités. Simon Leys rapporte un des apologues de Tchouang Tseu où un magnifique arbre doit sa longévité au fait que son bois ne sert à rien. Heureux les arbres, comme ceux également de l’île de Norfolk découverte par Cook, impropres à tout usage de charpenterie. De même que ces écrits tracés sur le sable et que la marée recouvre régulièrement. Ça me va très bien disait je ne sais plus qui, l’océan retiré je recommence, je réécris un de ces textes fragiles, ludique, presque inutile, un souffle, un rien.

Martigues 6 avril 2024

Le caractère SHOU : longévité écrit en petite sigillaire par Wu Changshuo (1844-1927)

dans sa 80° année en 1923

(in Jean François Billeter Essai sur l’art chinois de l’écriture et ses fondements)

Allia 2010

DOUZE POSSIBILITÉS DE LECTURES AVANT DE S’ENDORMIR


On peut lire un livre qui nous tombe des yeux
On peut lire homme libre toujours tu chériras ta mère
On peut lire le cartel du musée de Bâle devant le christ mort de Holbein
On peut lire dans la cervelle de Baudelaire où se promène un beau chat fort doux et charmant
On peut lire avec Michaux ses façons d’endormi façons d’éveillé
On peut lire et relire L’étudiant la nouvelle que Tchékhov considérait comme sa plus aboutie
On peut lire les pronostics de la course de chevaux du lendemain
On peut lire mais ce n’est pas recommandable Funes el memorioso
cette fable de Borges où le héros est privé de toute capacité d’oubli
On peut lire 1984
On peut lire un poème de Mallarmé ce mystère dont le lecteur doit chercher la clef
On peut lire le célèbre vers de La négresse blonde attribué à Chimène dans un pastiche du Cid :
Qu’il est joli garçon l’assassin de papa
On peut lire enfin en s’éclairant d’une bougie
Longtemps, je me suis couché de bonne heure
alimentant ainsi les réflexions sur ce que l’on vient de lire avant de s’endormir

Martigues 5 avril 2024


une hypnographie avant de s’endormir le 6 avril 2024 après minuit

CE QUE N’EST PAS ET CE QU’EST UN POÈME

Fantaisie

Ce n’est pas une pierre sur Mars

C’est un caillou dans la chaussure

Ce n’est pas le mont de Vénus

C’est Vénus sortant de l’écume

Ce n’est pas des macaronis

C’est un plat de pâtes al dente

Ce n’est pas un roman de Flaubert

C’est le Paradis et l’Enfer de Dante

Ce n’est pas une goutte de mercure

C’est une goutte d’eau de vie

Ce n’est pas une vielle de gambe

C’est un orgue de barbarie

Ce n’est pas une vieille rombière

C’est une vieille femme indigne

Ce n’est pas une coquille de noix

C’est ce qu’il y a à l’intérieur d’une noix

Ce n’est pas cette liste à la noix

C’est un poème quaxiste pas

QUEL PLAISIR QUE DE S’ADONNER À L’ART MUSÉAL

QUEL PLAISIR QUE DE S’ADONNER À L’ART MUSÉAL nous voilà devant les tableaux flamands et hollandais du musée Fabre de Montpellier chacun chacune choisit de montrer un détail dans les scènes de genre sans fin qui s’offrent à notre déambulation : l’opération au pied, la tabagie, la kermesse de Saint Georges, la souricière, un mendiant tendant son chapeau, l’enfileuse de perles, la marchande de harengs, le jeune homme écrivant, comme les vieux chantent les enfants piaillent, intérieur de cabaret…l’une plus connaisseuse que l’autre égrène les noms des artistes qui pour les profanes sont inconnus : les Teniers (le Vieux puis le jeune), Willem Kalf, Gérard Dou ou Gerrit Dou ou Dow, Gerard ter Borch, Frans van Mieris l’Ancien, Gabriel Metsu, Jan Steen, Adriaen van Ostade…multiplier les objets de la vie quotidienne, rendre son mouvement à l’instant unique présent…les personnages et les paysages sont entourés de cadres de bois dorés…un ouvrage récent 1 en donne la raison « le cadre isole, il identifie, il présente l’œuvre comme œuvre : c’est sa fonction artistique ; il a aussi une fonction ontologique, il signifie que l’œuvre est achevée et que le peintre n’entend plus y toucher. Mais il a également une fonction esthétique, il fonctionne comme une aide à la bonne perception. » C’est ce que fait entendre Nicolas Poussin dans sa lettre à un ami à propos de son tableau La Manne : Je vous supplie si vous le trouvez bon de l’orner d’un peu de corniche (le cadre) car il en a besoin, afin que, en le considérant en toutes ses parties, les rayons de l’œil soient retenus et non point épars au-dehors, en recevant les espèces des autres objets voisins qui, venant pêle-mêle avec les choses dépeintes, confondent le jour. Il serait fort à propos que ladite corniche fût dorée d’or mat tout simplement, car il s’unit très doucement avec les couleurs sans les offenser. Dans ce siècle d’art kitsch et d’esbrouffe pour millionnaires qui font des productions artistiques autant d’objets de spéculation comme tout cela paraît déplacé.

1 Les matériaux de l’art Bernard Sève (Seuil)

une toute petite idée de La Manne Nicolas Poussin

IL NE FAUT PAS CROIRE QUE CETTE ÉCRITURE HEUREUSE

IL NE FAUT PAS CROIRE QUE CETTE ÉCRITURE HEUREUSE coule à flots à jets continus Non la main est arrêtée parfois très longtemps par des pensées embrouillées qui réclament non que l’on s’y arrête comme font les personnes qui s’obstinent à trouver une solution à leur malêtre mais qu’au contraire on décide d’ignorer on sort alors son art-parapluie comme le dit crûment un personnage de Mario Vargas Llosa la vida es una tormenta de mierda, en el que el arte es nuestro único paraguas fauti traduire ?