Ainsi de nuit en nuit je me dénuite
Je sors des mots inédits ligne à ligne
Je tisse je détisse je rumine
et poème se faisant je m’oublie
Le Temps reviendra bien me tarauder
Mais quand j’écris il est exclu du jeu
De même que ce « je » qui n’est pas « moi »
Ainsi de nuit en nuit ce beau défi
Comme je m’interdis les repentirs
De raturer de faire des biffures
(au risque d’un vers de guingois mort-né)
J’attends je n’écris que quand j’ai trouvé
Comment touiller le feu le miel la cendre
Ainsi de nuit en nuit je dynamite
Fragments fusées désarrois espérances
Rituel d’oubli mémoire du vide
Hypnose Temps perdu Instants précieux
Author Archives: Jean Jacques Dorio
DES PLUMES D’ÉCOLIER
DES PLUMES
On n’écrit pas sans y laisser des plumes, plumes gauloises ou sergent major, que l’on mouillait sur son poignet avant de suivre la ligne où l’on traçait avec application ses pleins et ses déliés. Ainsi l’on s’imagine sur son banc d’écolier recopiant avec soin la Morale du jour : il faut s’appliquer et persévérer. On n’écrit pas sans y laisser ses plumes de jeune oiseau piailleur puis de vieil animal gouailleur qui s’amuse à déconstruire la fable du monde. On n’écrit pas sans ses rêves d’enfant, désormais aux cheveux blancs, oiseau de vie qui nous picore, oiseau de mort qui disparaît avec notre corps. (Astoria dans le quartier du Queens New York 14 mai 2018 pour le premier jet, Martigues 17 septembre 2024 pour cette version)
TU JOUES À QUI PERD GAGNE
Tu joues à qui perd gagne
Ce qui est tu n’est pas dit
Tu revois le couple de fou de Bassan
Dans la crique de la Redonne
Où descendait Blaise Cendrars
Tu entends suraigus les martinets
Tu fouilles piques et piètes
Tu te souviens du toucan porté sur l’épaule comme Crusoé
Tu croises les perruches du llano un soir de mai 1969
Tu entends la voix de la dernière indienne de la Terre de Feu
Kiepja, dernière rescapée du peuple Selk’nam de la Terre de Feu dont la langue est morte avec elle
enregistrée par l'ethnologue Pierre Clastres et mixée dans "Rituel d'oubli"
œuvre musicale de François Bernard Mâche en 1969
EN ÉCRIVANT MES POÈMES
En écrivant mes poèmes j’aimerais être utile à ceux et celles qui pensent que toute poésie est inutile
J’aimerais donner des ailes à celles et ceux qui rêvent d’être ballotés en plein désert sur la selle d’un chameau ou d’un dromadaire cherchant pour ne pas choir leur assiette
Enfin j’aimerais que ceux et celles qui ont lu ce qui précède prolongent leurs mots en sirotant un verre de madère manière de penser que quelque chose hors du commun peut se produire chaque fois que nous osons lirécrire en nous exilant de nous-mêmes
D’UNE TRAITE ET JOYEUSEMENT
Mettons que je n’ai rien dit. Mettons que je m’appelle Ishmaël et que pour chasser le cafard, l’envie me prend de naviguer et que j’embarque sur un baleinier. Mettons que cette navigation se fait en mode survie. Mettons qu’elle se perd dans Méandre fils d’Océan et de Thétis. Mettons qu’elle se change en exercice d’écriture et que je traverse ainsi mes intimes altérités, croisant personnes et personnages, lieux, paysages, époques, pensées perdues et retrouvées, scènes autres et nourrissant mes feuilles d’ombre. Mettons qu’à la différence de l’écriture d’une poésie qui requiert un temps infini de retouches et variations, ce dictionnaire à part moi s’écrit d’une traite et joyeusement. Mettons en effet que n’ayant rien dit j’ai tout écrit.
https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi