LES POÈTES EN HERBE

J’aime les poètes en herbe

Quand on les sent perdus

Mais qu’ils ne rechignent pas

À leurs invocations

O toi qui m’apparus

Dans le désert  des rues

Ils mettent à la voile

Ils chantent comme ils aiment

Rires et douleurs

J’aime leur innocence

Car ils n’ont peur de rien

Hymnes à la Vérité

Pensées des morts

Romances sans paroles

Mais un jour

Adieu commencements

étincelants

Adieu ivresse des premiers pas

L’ennui et la répétition

les ont annihilés

L’herbe verte a jauni

BLEU ROI

Ce livre qui vient de paraître est un livre rare, précieux, unique pour ceux et celles qui perdent parfois leurs couleurs et même tout ce qu’on appelait naguère « la beauté », les notes qui s’aiment, les pierres qui montent des Babels, le Verbe et ses compléments ses appendices…

Faute de couleurs, nous nous devions suffire d’une plume et de son encre de Chine, secrétée de la poche de noir d’une seiche, c’était alors notre langage.

Un langage à partager et à faire turbuler.

JJ Dorio 9 janvier 2025

UNE ODE SUR LE TEMPS

Grandiloquent le Temps passe chancelant

dans une ode sans fin écrite au siècle 18

On a droit à la cloche d’airain faisant frémir l’oreille des mortels

Aux siècles qui s’entassent

Aux humains insensés qui s’oublient dans de viles richesses

Quand c’est l’âme qu’il s’agit de cultiver

Comme on fait des pensées

Et puis soudain on se frotte les yeux

On lit : O Temps suspends ton vol !

Pas de bol pour Lamartine pris par la patrouille qui traque les plagiats

O lac de 1817 reprend ce vers célèbre de cette Ode sur le temps d’Antoine Léonard Thomas (1732-1785)

CHANSON ORPHELINE

On ne sait pourquoi

On commence ainsi

Comme un soleil  noir

Sur l’esprit saisi

Par l’aile fugitive

D’une chauve-souris

On ne sait pourquoi

Sur le vide acquis

Tourne une chanson

À l’air incertain

Qu’une voix sussure

Au cœur de la nuit

Chanson orpheline

Qui attend son heure

L’air d’un musicien

La voix qui en secret

Monte puis décline

Et à l’aube disparaît

On ne sait pourquoi

On ne sait pourquoi

CHARLIE CHARLIE NON STOP

Un p’tit coin d’paradis chanson enregistrée au studio du Petit Mas 18 mai 2016

FINI DE RIRE

Il faut certes condamner les tueurs, puisque ce sont des bourreaux qui ôtant la vie, mais il faut aussi les analyser : ce sont de bons symptômes de l’état mental, politique, d’une société. Les tueurs du 7 janvier ont affirmé, par leur geste, une chose très simple : fini de rire. Dix ans après, je vois et j’entends ceci : des tas de gens, certes en désaccord avec la méthode de ses tueurs, sont plutôt d’accord avec leur message. Ils ne veulent pas tuer ceux qui tâchent de faire rire avec ce qui n’est pas drôle; mais ils aimeraient bien les empêcher d’en faire rire d’autres.

Beaucoup ne veulent pas comprendre cette opération de l’esprit et du cœur, ce geste libérateur. Ils sont persuadés qu’on ne peut pas rire ou sourire de tout. Ils ressemblent à ceux  qui sont contre la peine de mort  « sauf dans certains cas »; donc qui sont pour. Ils  sont pour la liberté de rire et d’associer par l’absurde, sauf quand ça les vise ou les chosue; donc ils sont contre.

Philippe Lançon (Charlie Hebdo) 7 janvier 2025