Mais quel est le sens propre demandent les gens devant les poèmes imagés qui sortent du bois dormant
Dormant et causant à bâtons rompus sur le dos d’un temps enfermé dans des coffrets de santal
Cent ans de solitude et même un peu plus dit le conte à mourir debout au milieu des guerres à répétition
Les gens se figurent que c’est juste une audace de poète ancien qui écrivait d’oreille à Aurélia ses prophéties apocalyptiques
Dans l’hôpital de poupées éventrées dépecées que devient l’épouvantable monde les gens un bandeau sur leurs yeux ont besoin de croire que c’est juste une mauvaise publicité
Author Archives: Jean Jacques Dorio
CHOSIER IMAGIER SABLIER
UNE SUITE EN -IER
Rien de plus imparfait que le texte « à venir ». Il naît de mon bric-à-brac personnel, à nul autre pareil : -ceci dit sans la moindre forfanterie – : livres qui se tournent le dos, émissions de radio qu’il est impossible de réécouter, mémoire trouée et têtue qui se manifeste dans mes Bricollages – que j’écris depuis un texte patchwork de 1970 avec deux ailes.
Comme si chaque nuit, vous réveillant d’un premier somme, vous vous confiiez à la main qui écrit, et qui va, chemin faisant, vous révéler ce à quoi, sans cet outil fragile et précieux, vous n’auriez jamais pensé. Témoin cette suite en « ier » que j’invite tout lecteur véritable à prolonger :
CHOSIER : je rencontre le mot pour la première fois soixante-dix ans après que j’ai appris à lire et ça me fait tout chose.
MERDIER : je me souviens du merdier occidental, une expression issue de la pensée anticoloniale de Mai 68.
PLUMIER : assis sur le banc de nos pupitres, notre première action, avant les livres et cahiers, consistait à sortir notre plumier et d’en retirer le porte-plume, plum plum tralala.
IMAGIER : j’ai acheté le livre de dimension modeste naguère au musée des arts premiers ; l’on y voit des photos de bois sculptés, d’instruments de musique, des masques et des broderies d’indiennes Kuna offertes par l’ethnologue Michel Perrin. Et à côté des images, l’air de rien, on peut lire la citation d’une chamane goajiro, d’un chinois cherchant la voie, de Paz, de Klee et d’anonymes inspirés : tout art est agitation et non description.
SABLIER : chacun le sien, mais à la fin, c’est un autre que soi qui le retournera.
RIEN NE SE PASSE
Rien ne se passe
Si ce n’est ce stylo
Dont la pointe fine
Passe et repasse
Sur l’espace
De cette page
Le temps de noter
Images et rêves
Où alternent
Sens et non-sens
Être et non-être
Jusqu’à la mort
Du texte
À moins qu'un lecteur
Ne le revisite
Et le fasse proliférer
CENTON 46 à 50
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LA MAISON BLEUE LE REQUIEM DE FAURÉ et moi et moi et moi
Quand on va sur ses quatre-vingt ans il convient de se résoudre à une autre forme d’existence m’a confié le poète W. qui était depuis un mois enfermé à sa demande dans un hôtel psychiatrique sur les hauteurs de San Francisco San Francisco Où êtes-vous guitares saudade Ma liberté Ma nostalgie Le Forestier
Quand on va sur ses cent ans il convient de s’effacer sans déranger sans faire de bruit en ayant laissé des traces dans un volume dépareillé qui fera le bonheur secret d’une adorable enfant voleuse de livres En lisant cet illustre inconnu elle apprendra qu’il s’en est allé léger léger en écoutant le phrasé doux et mélodieux du Requiem de Gabriel Fauré
GABRIEL FAURÉ est né à Pamiers en 1845 (ou à Gaillac-Toulza disent se contredisant les notices) Son père instituteur y épousa une fille du village, une belle accordée Quelques côteaux plus au sud, je naquis cent ans après à La Bastide de Besplas en Ariège (Je devrais peut-être avoir vergogne de placer côte à côte lui le grand musicien et moi le poètereau, ses archets du dernier quatuor, mes lignes de moineau) De Gaillac-Toulza par les chemins des champs et les fermes isolées d’où les derniers paysans ont disparu, on passe à Saint-Ybars, à Castagnac, puis on descend vers Méras qui surplombe mon village de naissance Fauré fit chanter des poèmes de Verlaine et de poètes aujourd’hui inconnus comme Arnaud Silvestre Vers la fin de sa vie Gabriel affecté de surdité composa la musique de l’Horizon chimérique écrit par Jean de la Ville de Mirmont
Un poème de bien des manières peut se sillonner la mienne ce matin a la couleur du terre fort où maints Cathares furent brûlés : Les goélands perdus les prendront pour les leurs