

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


CENTON & MISCELLANÉES
EN COURS D’ÉCRITURE
CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée.
J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petits bouquets.
JJ Dorio Martigues 18 novembre
…les citations, greffes capricieuses en apparence, impriment une magnifique éloquence au discours : les citations résidus culturels, s’incorporent de façon prodigieuse dans la structure car, au lieu de s’ajouter tranquillement au reste du texte, elles font en sorte que tous les deux s’entrechoquent, prennent une puissance imprévue et se transforment en un nouveau chapitre du livre. Enrique Vila-Matas Paris no se acaba nunca Paris ne finit jamais
21
À la fin de ma vie je voudrais m’être servi de tous les mots du dictionnaire.
22
Va-t-on bientôt bombarder les anges ?
Préparons-nous à entendre l’espace crier.
23
On me dit que j’ai l’allure d’un flâneur. Je laisse dire, je ne flâne jamais. Je cours sans cesse après le temps qui court. (…) Si je flâne cependant, c’est sur l’autre rive de moi-même, dans ces terrains vagues où se déploient lentement et sans mon consentement les souvenirs de celui que je fus.
24
On voit à l’entrée du jardin public de Tarbes cet écriteau : Il est défendu d’entrer dans le jardin avec des fleurs à la main. On le trouve aussi de nos jours à l’entrée de la littérature.
25
Il y a des livres contre lesquels on se blottit, ils vous protègent, avec eux, on peut se laisser aller.
21 Georges Perec (7 mars 1936-3 mars 1982)
22 Henri Michaux (24 mai 1899-19octobre 1984)
23 Gilles Lapouge (7 novembre 1923-31 juillet 2020)
24 Jean Paulhan (2 décembre 1884-9 octobre 1968) Les fleurs de Tarbes
25 Maurice Nadeau (21 mai 1911-16 juin 2013)
Que de mots !
Issus de maux
Et merveilles
Et de visages
Venus d’un temps
Où l’on chantait
Pour un oui
Pour un non
Des paroles
Qui s’envolent
Que de mots !
De syllabes
Sur le sable
C’est l’été
Sur la dune
Sous la lune
Quatre accords
De guitare
De Brassens
De Béart
Que de maux !
Mis en mots
Dans l’incendie
Du temps
Que nous traversons
Grand brûlé
Ou Phénix
Avec Mallarmé
Et son ptix
Ou la mystérieuse
Madame X.
Elle était brune Un turban noir prenant sa tête
Comme deux mains gantées y fixait une aigrette
Tremblante avec un petit nœud papillon d'or
Et tout cela faisait très bien dans le décor
Manège qui tourna huit jours puis s'arrêta
Brusquement le huitième ne laissant sur la piste
Que treize chaises et les mégots de Madame X.
Évanouie comme le Nil dans son delta
Roger Vitrac Énigme qu'on ne sait sur quel pied danser
Je perds les pédales devant l'horrible guerre
-C'est pas juste dit un enfant
Après l'Israélien c'est un Palestinien
qui parle
Je suis entouré d'arbres qui me regardent
Je les entends me menacer
Je ne sais au juste ce qu'ils me reprochent
Difficile pourtant d'esquiver
Mais dire la détresse comme elle est
N'est pas donné à la langue de tous les jours
(les mots des tribus ennemies ajoutent de la haine au désespoir)
Le nom qui donnerait un début de réponse
Reste sur le bout de la langue
Mais non l'œuvre picturale
que je ressors soudain de ma mémoire
Je l'ai vue et longuement contemplée
Au temps de la Guerre du Vietnam
Au Moma à New York
Avant qu'elle ne revienne
Au musée de la Reine Sofia
À Madrid
(après la mort du dictateur fasciste espagnol)
-C'est pas juste disent les enfants des deux peuples ennemis
C'est de plus en plus nous qui subissons le massacre des innocents
Combien d'années maudites faudra-t-il encore passer
Avant de revoir refleurir la paix l'art
le petit bonheur d'Exister
Martigues vendredi 8 décembre 2023


Si personne ne dit rien je dis : le tragique c’est quand les deux ont raison.
Nous irons sûrement au bout du tragique.
Michel Chalandon
Un cumulus de violence mine toute image de son cœur sombre,
et les cris lointains traversent l’espace.
Pas de remparts pour la plainte humaine,
et les mots tombent dans nos sommeils,
où remue sans fin tout un monde blessé.
Jacqueline Saint-Jean
Ouvert jour et nuit
Ce blog fait des étincelles
Des sortes de poèmes
Qui vous requinquent
Comme un journal de bord
Tenu dans les bistrots parigots
À l’écusson À la clepsydre
À la grande ourse Au cavalier bleu
Ouvert nuit et jour
Le blog fait du Dada
Du yoyo de l’Oulipo
Et même scrogneugneu
Du Pierre Mac Orlan
Pantalon de golf
Et béret d’écossais
Ouvert à toute heure
Il bat la plage sous les pavés
Invitant l’homme de Giacometti
À lire sous la douche
Le bouquin de Cami
Un cami compartit
Un chemin partagé
Où un quidam
Nommé Pessoa
Fait en personne
La fermeture
Du bar de l'Intranquillité