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Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
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Tu grignotes dans la nuit ce biscuit inactuel
que l’on appelle encor – semble-t-il ? – un poème
Avec la craie qui le traça sur le tableau noir de l’enfance
Avec le stylo feutre bleu qui enjambe les ponts et les refrains présents
Avec tes doigts de vieux copiste aimant les lettres illuminées
Ensuite c’est la grande inconnue
Salle des poèmes perdus
C’est en écrivant
Qu’on devient écrivain écrivant
écriveron écrivait Queneau
Et c’est en lisant qu’on devient liseron :
plante herbacée à rhizome :
Un concept développé
par Guattari et Deleuze
Et résumé dans la formule :
Faites Rhizome pas Racine !
Si l’Esprit veut pouvoir comprendre,
nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition,
ni non plus de suralimentation.
Bernard Pautrat
(Ethica sexualis
Spinoza et l’amour)
Si l’on ne sait quoi faire
Autant lire et relire Spinoza
(Annoté ici par son traducteur
entre Corps et Esprit)
Autant faire le compte
de nos désirs immodérés :
la gloriole (ambitio)
la mangeaille (luxuria)
la bouteille (ebrietas)
et l’argent (avaritia)
Avec en sus le mystère de la libido
que notre professeur traduit par « lubricité »
À cet instant un « gabian »1 au vol lourd
passe devant ma fenêtre ouverte sur la nuit
et se met à goaler :
La vie bonne ! la vie bonne !
Oui se dit-on
Elle est secouée de toute part
La vie bonne
Et telle cette poésie contrariée
Elle n’est jamais donnée
1 Le nom du goéland en Provence
Accueillir
La seconde
Où le réverbère
Éclaire
Le jaune
intense
Du mimosa
De notre jardin
Et oser
l’écrire
ainsi
Parlant
au papier
Innocent
Martigues dimanche 11 février 2024
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