LE CHANT DES MOTS

Des oiseaux migrateurs que mon chant désorientent
Et des poissons dorés roulés dans du papier
Le journal d’aujourd’hui sur Dupond Moretti
L’écriture miracle ôtant le poids au ciel
Tous les échos dans la fumée de la Pythie
Et de Sibylle prophétesses des tempêtes
Quand les mots de l'amour et de la mort
Sonnent conjointement à nos oreilles

Martigues 30 novembre 2023

CEUX QUI S’ENFERMENT DANS LE LANGAGE CESSENT DE VOIR Quand le langage divise, il reste toujours de l’indivis. Quand le langage distingue, il reste toujours de l’indistinct.  Le Sage préserve en lui la part de l’indivis, de l’indistinct, tandis que les hommes du commun s’enferment dans leurs démarcations et se prévalent chacun de sa vue particulière. C’est pourquoi je dis : ceux qui s’enferment dans le langage cessent de voir.  selon Tchouang Tseu traduit  par Jean-François Billeter

Un rouge de valeur plus dense sans écho
Un sang plus étendu au flanc de la colline
Des oiseaux migrateurs sans orientation
Et tous ces hommes morts sans rime ni raison
Tant de cœurs desséchés
sans plomb
Comme des feuilles

Pierre Reverdy Le chant des morts

IL FAUT LA PITIÉ

Il faut la pitié 
Il faut donner la pitié 
dit le rêve 
Mais quelle pitié ?
Et quel rêve ?
C’est une voix de femme 
Qui s’exprime
Devant une carte incertaine
accrochée sur le tableau 
d’une école 
Pour les enfants d'une même terre
Séparés par l'Histoire
Avec sa grande H 
La nuit s’est refroidie 
« Il faudrait un programme 
de l’O.N.U »
Entend-on encore 
dans le lointain 
Mais l'O.N.U. est nue
Il faut la pitié
IL faut donner la pitié
Aux enfants des deux Terres
sacrifiés
Si nos ennemis
aiment leurs enfants
Autant qu'ils nous détestent
Alors la paix viendra
dit la voix





ENCORE UNE PHRASE

Encore une phrase 
Jouant avec les lignes
D’un poème pour l’écrire 
Comme on voit dans les livres
Les lèvres la relisant
Comme faisaient nos ancêtres 
En découvrant religieusement 
les nouvelles
Sur le journal du matin
Encore une manière
De parler au papier
De prononcer pour soi
Quelques mots sur les guerres
en cours
Sur leurs atrocités 
Sur l’enfant au tambour
Qui lance un appel 
Aux dieux de la paix 

TOUT EST QUESTION DE MOTS

Tout est question de mots que l’on choisit que l’on assemble de mille et une manières : des « oyats » sur la dune du Pilat, des «oblats » chez les religieux de Sainte Ursule, des élèves de l’école élémentaire dans la lune. Des mots qui jaillissent d’une opérette d’Offenbach, des mots sur les murs du grand opéra de Mai 68, des mots qui envoient Carnaval cul par dessus tête. Tous ces mots terribles qui font les chansons de François Béranger et qui se fraient un chemin dans le cœur et sur les lèvres des heureux mortels.

Martigues 25 novembre 2023

32 MOTS Eluard voulait « tout dire », mais il en manquait. Mallarmé leur cédait, volontiers, l’initiative. Jaccottet a toujours eu la hantise de ne pas se faire leurrer par eux. Tardieu, Monsieur Jean, redoutait celui qui en aurait percé tous les secrets. La liste des amoureux ou contempteurs de mots est infinie, mais à la fin des fins, dans son atelier quotidien où l’on s’escrime avec eux, ça fait une fois écrits sur la feuille, « taches de soleil ou d’ombre » Le livre d’une vie Une autre biographie En mille et un fragments JJD (en cours d’écriture)

Tout est question de mots
Tout est question de silence
Le feu  d'entre les mots
Les braises
de l absence
Je tisonne
mes souvenirs
Je remonte
les jours
Jusqu'à la flamme

Quand le vent déboule
Il  n'est plus temps 

Et se sentir aussi nu
qu'un nouveau-né
Et les mots envolés
Plus loin
Que jamais  

Danielle Nabonne