ON ENTERRE BIEN LA CORRIDA

assiette décorée par Picasso : « el arrastro » les mules traînent le taureau mort hors de l’arène

UNE PIÈCE RATÉE

Trop tôt Trop tard

Raté Loupé

Les lettres glissent

Et se fracassent

L’alphabet bout

Dans l’encrier

Mais bout à bout

Ça a donné cette pièce

Je la donnerai au potier

De Biot ou de Vallauris

Qui en fera une Picassiette

De Corrida Olé ! Ola !

HYPNOGRAPHIES EN RÉSEAU

lundi 5 décembre hypnographies spatio-temporelles à main levée

Le réseau se compose de points spatio-temporels que tout être occupe tour à tour, ce qui multiplie à l’infini les dimensions du temps et de l’espace. ( la dilatation du monde finit par le rendre insaisissable) Italo Calvino (Leçons américaines)

IL FAUT ÊTRE MALADE

IL FAUT ÊTRE MALADE pour écrire comme ça Malade à en crever sans espoir de guérison Mais malade se réchauffant encore au soleil de ses dernières créations (des phrases longues comme le bras ou d’un seul mot comme « Macache ») Voilà dans ces conditions particulières l’Esprit qui s’évade, le temps d’une écriture, de sa prison de verre Voilà le Corps qui endort ses mille douleurs : « Juste au moment où tout semble perdu il arrive quelque chose qui nous sauve » dit le traité intitulé Du bon usage des maladies Du bon usage des pensées de moribonds souriants faisant des blagues de carabins devant une table de dissection (mais sans parapluie, ni machine à coudre) : «  Lorsqu’en disséquant un cadavre vous me montrerez l’âme j’y croirai » Il faut être malade mais pas trop tout de même, autrement on se noie en ces terres inondées où l’on creuse des trous profonds comme des tombeaux 1  Malade susceptible d’oublier sa maladie durant quelques instants de rémission où l’on dit : je revis ! Revivre, retrouver par intermittence ces instants d’exaltation inattendus La plume court ouvrant des pages de souvenirs que l’on croyait, à jamais, perdus : les sensations d’un air que l’on a déjà respiré à la montagne ou à la mer, le goût d’un gâteau de l’enfance, court et dodu, le visage apaisant d’une dame dont on avait oublié le nom, le passage dans un col des Pyrénées d’hirondelles rustiques entamant leur long voyage vers l’Afrique…(et la suite un.e autre l’imaginera)

 1 Baudelaire

Pharoah Sanders Thembi 1971

IL FAUT S’APPLIQUER

IL FAUT S’APPLIQUER particulièrement ce lundi matin à 06 :14 alors que commence Semaine nouvelle et que Soleil ne lèvera qu’à 08 :27 précisément si j’en crois la page « horloge » de mon iPad, couleur gris sidéral, que m’a offert ma fille cadette et qui provient, après achat, du Lycée Français de New York 505E75TH qu’elle a quitté définitivement cet été pour le lycée français Charles de Gaulle 35 Cromwell Rd Kensington London SW7 2 DG «  For more than a century, the Lycée Français Charles de Gaulle in London continues to offer an exceptional educacion thanks to a committed educacional community and a stimuling environment. Whit is French an British cultures and the presence of 41 different nationalities our school support students aged 3 to 18 on thei carier pater whit a particular openess to the world. » J’ai recopié comme un petit ânon faisant sans les comprendre des lignes d’écriture, moi dont les études ne m’ont offert que l’apprentissage d’une langue (l’Espagnol Castellano) et que, pour cette raison et bien d’autres les sociologues appellent paraît-il « un transfuge » Le petit âne gris sidéral a quand même compris que ce lycée comprenait 41 nationalités, ce qui rend incompréhensible l’imbécile et suicidaire « Brexit » : « Faut-il perdre la citoyenneté européenne pour en saisir le prix ? Les Britanniques qui regrettent le Brexit posent la question ». Après la mort de John le Carré en 2020, son fils a révélé que l’écrivain anglais avait acquis la nationalité irlandaise, celle de sa grand-mère maternelle. « Le Brexit est totalement irrationnel, c’est la preuve d’un sens politique lamentable de notre part » avait confié le romancier de « L’Espion qui aimait les livres (son recueil posthume). Inutile d’en rajouter. Mais pour remplir ma page, qui pour le moment tient (à peu près) les promesses d’un écolier aux cheveux blancs qui « s’applique », je vais devoir prolonger ce texte, un mot s’ajoutant à un autre, comme s’il le chassait parfois, une idée qui me vient traversée par une métaphore, une citation de rencontre ou le pastiche d’un passage de À la recherche du temps perdu, cette grande œuvre pouvant être perçue comme une sorte de summa (somme) où s’agitent les grands problèmes (et les tout petits) de l’existence, dépassant la cohérence des personnages. « Les beaux livres, dit un jour Proust, sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. » Souvent, en effet, j’ai couché sur mon papier des vers qui paraissaient idiots, et même idiotissimes, mais personne que moi ne les lisait et puis l’Idiot comme on sait est le grand livre de Dostoïevsky dont Marcel (soi-dit en passant) selon le témoignage d’amis apprenait par cœur des pages entières qui lui faisaient dire : « J’attribue chaque jour moins de valeur à l’intelligence. » Peut-être était-ce une boutade (du provençal boutado -caprice, bouderie). Dans tous les cas il est 07 :14. Ma page écrite à la pointe fine, en une heure pile de temps, est bouclée.  

Martigues lundi 5 décembre 2022

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

photo de la page (format A4) qui a donné le titre et le texte transcrit sur Word

Y TROUVER LA FÈVE

Y TROUVER LA FÈVE en commençant cette nouvelle page ce n’est pas « tout savoir sur la fève » qui nous intéresse mais bel et bien comme l’on s’essaie dans la galette des Rois à l’y trouver. Un roi ou aussi bien une reine cachée dans les entrechoquements des mots d’un texte qui va aller s’inventant. Une fève abandonnée dans la pâte du Temps et qu’il s’agit, en dehors de toute religion, de retrouver, de faire réapparaître sous la dent d’une épiphanie inattendue. Y trouver cette fève que l’on ne cherchait plus vraiment tant la prose du Monde semble nous rouler vers une Apocalypse certaine (prise dans son mauvais sens.1 ) Salut à la compagnie de cette maison (un chant de quête de l’Orléanais) en quête de cette fève qui « s’y elle s’y présente nous la planterons Dans un jardin sous un arbre nous la metterons. 2 Cette parole de chanson qui dit « nous », nous l’avons tant aimé, avant que fève noire soit tirée un maudit jour par notre disparue. La meilleure compagne pour traverser le temps restant au survivant, fut alors pages et mots s’entrechoquant (s’entreglosant) pour aboutir à un livre. 3 À la recherche des yeux du lecteur…lunes tachées de poudres qui imagineraient la résurrection des doigts. 4 Y trouver la fève, au-delà des multiples déchirures, pertes et mélancolies, 5 la fièvre d’un monde que l’art sous ses multiples facettes maintient en vie, envers et contre tout.

1 Le sens premier d’Apocalypse est Révélation, dévoilement, car en effet la Bête Apocalypse (son sens commun) prépare paradoxalement le règne pour mille ans de Jésus Christ sur Terre (note « d’un athée qui ne se tait ») 2 Chanté par Malicorne 3 Poèmes à ma morte (L’Harmattan 2017) 4 Jean Louis Rambour (Y trouver la fièvre  un livre « à paraître » 5 Mathieu Riboulet

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