AU GALOP

AU GALOP

«  Quand j’écris au galop, je n’ose pas me relire. » Marcel Proust

                Ça s’écrit par fragments, par morceaux, désunis au premier abord.

Ça s’écrit à jets continus, uniquement la nuit.

Le jour c’est interdit.

Ça s’écrit sur de petits bouts de papier que l’on déchire ensuite à la main

et que l’on destine, imaginairement, à la lunette nommée kaléidoscope.

Ce qui nécessite – soi-dit en passant – une lecture à nulle autre pareille :

Secouez, oubliez vos tics de lecteurs ne lisant que du bout des yeux,

Et, encore mieux, prenez en main, vous aussi, votre plume,

au lieu de chercher à dormir la nuit, à tout prix.

« Ajoutez quelque part », votre fragment, votre pièce, votre ajoutage.

Il n’est pas nécessaire de vous relire…

PEINDRE LE PASSAGE

Tu repars de zéro Tu repars du néant pour faire l’essai de redonner de l’être au beau parler Tu ne fais que passer par stylo interposé ou par pinceau chinant ses caractères énigmatiques Mais aussi contrairement au dilemme shakespearien to be or not to be tu reprends le propos du maître des Essais tu peins le passage Avec légèreté et forces manières formes et mouvements Tu repars Tu fais le départ entre dire et faire faire et laisser dire Tu as deux faires au feu la parole et l’écriture le langage et la langue le vague et le divague Muse abuse ou s’abuse Tu dis stop Tu prends congé Tu lèves la main qui écrivait Tu lèves l’ancre et tu t’en vas couci-couça  tracer ce dessin enfantin du 6 juillet 2026

TU ÉCRIS DES LETTRES

Tu écris des lettres Poste Restante

Tu écris appuyé sur la restanque

Du jardin de Paradis

Tu écris des lettres à ton Absente

Celle qui fut ta mie

Tu écris des lettres sur du papier réglé

Acheté chez le buraliste mythique

Qui vendait des cigares toscans

Au célèbre Lacan :

Farces et attrapes de la boutique Psychanalyste

Tu écris aussi parfois au jeune homme que tu fus

Notre laps de temps lui dis-tu

Nous a paru d’éternité

DISPARITIONS XXIII R.Q.

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche

156/162

156

La personne de cette disparition ayant été réelle, toute ressemblance avec un individu imaginaire serait fortuite.

TOMBEAU DE SYLVAIN LUC

Boléro langoureux 
Le thème nous enlace
Rigoureux et sans fioriture
Sans le bruit et l'ostinato
Du boléro de Ravel
Repris par Django

Puis vient 80 vs 2000
un titre énigmatique
Sylvain Luc se refuse
Aux facilités des virtuoses
Et aux greffes capricieuses
Issues de citations inappropriées


Notre guitariste protée
Ne sait pas hélas qu'il déroule ainsi
Les derniers accords d'un cœur
Qui va le lâcher

Il joue et répète ce thème lancinant
Qui ne fait jamais que semblant
de mourir...