L’EMPLOI DU TEMPS DES NUITS

L’emploi du temps des nuits où nous veillons solitaires Chacun et chacune devant les rumeurs du monde les collectes de phrases les phares des calligraphes les encres et les couleurs projetés sur la toile les musiques tissant l’étoffe de nos rêves

Lemploi du temps à travers le temps présent où la foule est coupée de la voie des poèmes qui vont et viennent sur nos peines et nos joies les silences de tout ce qui est trop difficile en paroles

Lemploi du temps à lécart à lécoute de nos cocons de mots où lon puise lénergie qui font nos manuscrits toujours inachevés Ondulations arborescences brouillons épars sans ratures ni repentirs

Et tout le reste est littérature

Ainsi se termine la série commencée le 26 juin 2022 sous le titre POUR OUBLIER MAUX ET VIEILLESSE et terminée cette nuit du 17 septembre 2022

L’ALEXANDRIN EST MORT VIVE L’ALEXANDRIN

Lalexandrin est mort Vive lalexandrin Tel dans sa boîte quantique le chat de Schröndiger : mort et pas mort ! Et dans sa boîte à livres devant le fleuve des poésies alexandrines Poésies entendues, lues des seuls yeux, phrasées, chantées et typographiéeset nul sens interdit ! Mais pour ces Douze mois en alexandrins 1 5 lecteurs comme les doigts dune main, firent grandir le texte Citations en font foi : « Les autres Jean (lire les « Rhétoriqueurs »), Jean dAuton, Jean Marot ou Jean Lemaire de Belges, étaient historiographes de Louis, Charles et François. Ici point de conquêtes, point de faits darmes, mais un combat modeste contre la nuit, cette ennemie obstinée des vivants. Pour tout Royaume une maison des Martigues, au temps heureux où y régnait une Dame. » 2  « Une écriture hybride, non bridée, se donne à lire, aucun fil blanc surnuméraire ne vient recoudre après coup ces tissus alexandrins. Pas de « rapiéçage » mais des « pièces » non rapportées. () Tout ça lui donne du fil à retordre, au lecteur, il bronche mais ne se braque pas(..) Il faut dire que le fil du temps mène la danse, le fil des mois, le fil des « moi », le fil des émois. La vie : un sacré fil dAriane. 3 «  Ça crochète ses vers au temps qui trace à même la peau son réseau dencre fugitive, ça calligriphe, ca cueille, ça cite, ça torque et rétorque, ça urge à flux tendu contre la solitude du poète et sa mort, ça attrape lor qui passe et plonge avec, yeux grands ouverts, dans les abysses, pour se feuilleter dobscur, naître de lAutre » 4 « Une année dhumain voyage et sa bigarrure démois comme une musique nerveuse et gourmandecoruscante parfois et de grande alacrité. Cest assez dire que jaimecette éternelle balançoire, le remuement annuel du sable de nos destinéeset comme une mesure typographique de nos vies. Lhésitation. Et le branle éternel du sens. » 5 « À douze pieds légers, la plume voyageuse Lesprit en éveil et lencre qui sétoile Poète tiens la flamme de léphéméride À travers les saisons lHistoire et les songes () Les arts  comme des amers pour garder la voie Loin des écueils noirs de ces temps délétères Faire passer de main en main de rive en rive Le feu des mots qui brûle et nous revigore » 6

1 Jean Jacques Dorio Douze mois en alexandrins  Editions Encres Vives Collection Encres blanches 2015 2 Pauline Dorio (« Le traverseur des voies périlleuses) 3 André Bellatorre (La main et la mémoire cousent le ciel des mots) 4  Tristan Felix (Terra Incognita) 5 Jean-René Rouvière (Ce frottis quotidien des mots et du monde) 6 Jacqueline Saint-Jean (La flamme de léphéméride »

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FORMER L’ALEXANDRIN COMME UNE IDÉE DE L’HOMME

Former lalexandrin comme une idée de lhomme Alexandrin Alexandra nous voilà dans de beaux draps, « voiles sur les filles », dune Égypte chantée par Claude François « Étonnants voyageurs ! Quelles nobles histoires Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers ! » Humour, amour baudelairien, les vers sont nos amers Je ratisse les feuilles jaunes du cerisier Et sur mes papiers vierges ces Essais qui se moquent de lété, de lautomne, mais non du printemps des peuples qui revient avant lhiver chaque cent ans Former lalexandrin comme une idée du Léthé traversant les Enfers, les violons écorchés, les cris des martinetsCette manière de poésie « qui nous aide encor à vivre, malgré tout le reste », mécrit en une charmante carte Philippe Jaccottet

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