DOUZE PENSÉES D’UN DIX OCTOBRE





Je pense qu’il est bon de lire deux poèmes par jour : l’un que l’on relit pour la centième fois, l’autre que l’on découvre sur une revue de poésie ou un site internet.
Je pense à Charles Cros et à son hareng saur sec sec sec que je fis apprendre (et jouer) à des générations de collégiens
Je pense à mes potaches et au potage de ma mère qu’elle me faisait prendre avec du tapioca
Je pense au Pont des Arts où par hasard on croise le vent fripon et la chanson guillerette du polisson de la chanson
Je pense à François Villon et aux neiges d’antan
Je pense au joueur d’orgue qui arrêtant sa manivelle m’indique la Chaussée d’Antin
Je pense au vieux qui lisait des romans d’amour et au old man and the sea qui s’accroche à sa ligne et dit : Tu veux ma mort poisson !
Je pense à Pour qui sonne le glas…il sonne pour toi !
Je pense à Anton Voyl le héros sans « e » de La Disparition
Je pense à Paul Valéry qui sort de sa tombe chaque nuit pour réciter face au toit tranquille une strophe du cimetière marin
Je pense au frère que je n’ai jamais eu ni à la sœur d’ailleurs
Je pense au poème prémonitoire de Cesar Vallejo que je traduis ainsi : Je mourrai à Paris un jour d’orage dont déjà je me souviens

Me moriré en París con aguacero Un día del cual tendo ya el recuerdo ( Piedra negra sobre una piedra blanca)

petits graviers et coquilles Fos sur mer 09/10/2022

DE COUPS EN COUPS : LA VIE EST UN COMBAT SINGULIER

Hay golpes en la vida ! Cesar Vallejo Los heraldos negros

Coup de raccroc, de Jarnac, coup sur le nez, la vie est un combat singulier. Coup de ha(z)ard (le jeu de dés), roulent les chiffres des casinos, rien ne va plus, les jeux sont faits. Coup malheureux sur le tapis, sur le billard des insomnies. Zéro, le chiffre te poursuit. Coup sur la tête du philosophe au marteau devenu fou en voyant un cheval mourir sous les coups de son cocher. Coup de tonnerre dans un ciel serein ; la guerre, que l’on croyait objet exclusif des historiens, reprend ce 24 février 2022 dans l’Ukraine pro-européenne que veut anéantir la puissance militaro-fasciste russe. Coup sur les rêves kantiens de Paix Universelle. Coup sur les signes ascendants de l’Utopie d’une poésie qui devait être faite par tous non par un. 1

Coup de raccroc : Juste ou faux par hasardLart ne me connait pas Je ne connais pas lart 2   Coup de Jarnac, coup dépée dun duel, porté à larrière du genou de son adversaire par Gut Chabot Saint Gelais, baron de Jarnac. Coup sur le nez à ne pas confondre avec avoir un coup dans le nez. Coup de al-azahar : le jeu de dés sur lequel était dessiné el azahar, la fleur doranger. Coup sur la suite dun texte tordu, touffu, écrit en lan soixante-sixième de mon âge, repris dix ans plus tard en tournant les feuillets blancs et noirs dun livre 3 voué à sa disparition.

1 Lautréamont 2 Tristan Corbière 3 JE T’RÊVE Editions Rafaël de Surtis Cordes/Ciel 2011)

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

CHOSES QUI FONT BATTRE LE CŒUR









La naissance des enfants

Et des petits faons





Les Constellations de Joan Miró

Peintes à la gouache

Et à l’essence sur papier





Les poésies de Charles d’Orléans

au puits profond de ma mélancolie





L’encre noire comme le sang

de nos nuits sans encrier





La Fraternisation

portée au plus haut point

En Mai 68





La Disparition

Ce livre sans eux





Et ce dernier vers

Pour Celle

Que la mort a fauché





Choses qui font battre le cœur

AU BOUT DU CONTE TU NE RESSEMBLES À PERSONNE

PAGE source et ressource




AU BOUT DU CONTE TU NE RESSEMBLES À PERSONNE





Influences ou imitations délibérées, c’est ainsi, que peu à peu, pourvu que la tâche soit légère mais obstinée, paradoxalement, on en vient à ne plus ressembler à personne.

Sur mon échiquier poétique, je pousse les pièces d’une identité, que seul.e.s les imbéciles croient posséder.

Quand je lis vraiment, je disparais dans l’écriture intime de celui et de celle qui me font l’amitié de m’ouvrir à leurs lettres, sans cesse portées, au-delà de toutes mes attentes.

Les enfants nés dix ans avant moi, ont été déchirés par la guerre, « l’histoire avec sa grande hache », de l’auteur de « la disparition », qui s’est servi de la littérature pour s’inventer un monde et une famille, toujours prête à le quitter. Comme une mère qui vous amène dans un train partant pour le Vercors, -sans sauts à l’élastique -, avant d’être contrainte et forcée d’embarquer dans les wagons plombés de nuit et brouillard.





le rouge et le noir




LIRÉCRIRE

c’est ainsi que je sais le mieux oublier

qui je suis

pour entrer dans un monde

de fantaisies d’inventions

et de « réelles présences »

car moi aussi la vie douce et paisible

m’a une année un mois un jour

déchirée

en lançant ses flèches empoisonnées

contre celle qui était qui fut et demeure

ma moitié