Poète : je n’aime pas le mot à cause de cette diphtongue l’o et l’é, c’est le mélange de l’eau et du lait, c’est fade et bucolique. Jean Tardieu Par tous les temps, j’ai maille à partir avec ceux que l’on appelait jadis, d’un mot que n’aimait pas Jean Tardieu, « poètes ». Poète, mot poreux, passé dans tant de bouches, de tympans, de voix sans personne, de langues sans moi, de mots no logue, tout ce qui échappe à la possibilité de déposer une définition le long de ce vocable vaporeux. -Peau êtes ? -Oui, et aussi pot de fleurs « absentes de tout bouquet » & méfiant des mots qui nous écartent, en exhibant le chiffon rouge de la poésie, des choses.
Author Archives: Jean Jacques Dorio
IL Y A HASARD ET HASARD

Après que le pas a été ouvert à l’esprit, j’ai trouvé comme il advient ordinairement, que nous avions pris pour un exercice malaisé et d’un rare sujet, ce qui ne l’est aucunement. Michel de Montaigne (Des vaines subtilités)
Il y a hasard et hasard
et je n’écris pas ça
par hasard
je jette les dés
je sors les mots
de mon chapeau
j’oublie ce que je vais dire
je frotte mon stylo feutre
sur le grain de folie
de ce papier d’artiste
Il y a hasard et hasard
et j’écris ça
par hasard
j’en fais don
aux enfants
joyeux joyeux
innocents et sans
arrière-pensées
j’en fais don
aux patients
et aux obstinés
qui ouvrent le pas
à la liberté incertaine
mais exaltante
des exercices artistiques
propres à notre Esprit
L’ÉPITAPHE DORIO
Frères humains qui après nous vivez François Villon Frères et sœurs humaines créatures Sous mon taphos- tombeau funèbre Ci-gît à Fos rangé des ouatures Sans chair sans corps un drôl de zèbre Dieu l’ignora mais non Sainte Chimère L’allure poétique et ses bigarrures Sur le papier où la plume célèbre Fatrasies sentimentales et biffures Sœurettes frérots êtres qui me furent chers Sur ma tombe écrivez quelques vers sans césure Avec bon sens rassis sans leçon de ténèbres Célébrez Phénix mais sans littérature
MA FEMME
Ma femme à la chevelure de feu de bois André Breton 1896-1966) Ma femme de Mai 68 à la langue jouissive des mots des murs à la chevelure de sable sous les pavés aux yeux de grenades éclatées Ma femme à la bouche de mûres et de réglisse au visage de madone baroque aux lèvres d’un livre ouvert sur les promesses de l’aube aux oreilles de mistral et de tramontane Ma femme aux seins de mailles à partir au nombril de voie lactée au sexe de phénix et d’hirondelle aux paroles de perles d’oursines Ma femme sans fin Aux mille couleurs d’éternité
RUTEBEUF ET MON PÈRE (main à plume & main à charrue)

J’ai vu enfant mon père dressant ses rudes bœufs Ses mains à charrue Tiraient le sillon Comme les vers des mains à plume de Rutebeuf