ONIROCRIS





Sur le papier froissé

Je jette mes poèmes

                                                                  Fantaisies pièce à pièce





De quoi me réparer

De la prose du monde

Qui le jour me déchire





Un cheval entre en scène

Il traverse le fleuve

De Mémoire et d’Oubli





Mon papier à présent

Fait boule de neige

Traverse cette Cour





De comédiens inventifs

Faisant passer l’horreur

Des guerres hypertrophiques





Dans leurs Onirocris

14/01/2020
01h00




Onirocri

d’Antoine Bourseiller

Cour d’Honneur du palais des Papes

Avignon été 1973


	

IL FAUT PERSÉVÉRER





il faut persévérer

il faut percer les murailles de l’Éthique de Bénédict Spinoza

il faut scandaliser

et polir ses lentilles ou ses vers en silence

 quand tous les dogmatismes qui ont pignon sur rue

vous excommunient

il faut se libérer

rire de ses bêtises et jouir de ses désirs réalisés de liberté

il faut se cacher

du petit doigt des imbéciles des envieux des intolérants

des rois-soleils-de-pacotille des fanatiques et des joueurs de tambour

il faut disparaître

sans laisser de traces qui seraient des réponses faisant long feu

il faut il faut

relire les nuits blanches

de Robert Desnos

en défiant la mort

sa faux

et ses balances


	

AUX DERNIÈRES NOUVELLES





Aux dernières nouvelles

J’ai perdu mes dernières nouvelles

J’ai manqué le début

la première étincelle

qui permet de faire boule de neige





Aux dernières nouvelles

Je ne sais pas trop

Comment reprendre

Comment réamorcer

Comment je peux me reconnaître

dans ce portrait chinois





Aux dernières nouvelles

J’ai regardé à nouveau les tournesols

que nous a composé Vincent

pour me refaire l’œil

et sa larme universelle





Aux dernières nouvelles

J’ai ruminé l’herbe des bergers

dans l’azur  des nuits étoilées

par le serpent des constellations





Aux dernières nouvelles

J’ai brûlé les dernières nouvelles

Et leurs fumées dissipées

J’ai revu la rivière la montagne

et ton sourire aux doigts de rose


	

MA SEMBLANCE





Nuit après nuit

Après sa perte

Et durant quatre années

Je me suis efforcé

De faire éloge à ma semblance*





Puis ma morte**

m’a échappé des doigts

comme on dit du martinet

tombé sur l’asphalte

et qui ne peut se relever

sans l’aide d’une main bienveillante





Elle revient cette nuit

Sur cette carte maladroite

Et je lui écris





*c’est ainsi que La Boétie désignait son épouse

**Poèmes à ma morte

Éditions l’Harmattan

10/01/2020

01h44





https://revuedissonances.com/dorio-jean-jacques-poemes-a-morte/