ALICE A DEUX COUSINES GERMAINES

ALICE A DEUX COUSINES GERMAINES Elles sont venues toutes les deux à cinq minutes d’intervalle ce 28 février, alors que, comme par un fait exprès, son cousin Mathis  venait de faire ses sept ans -Les jumelles, c’est pour voir plus loin, a dit Grand-Père Jiji en accordant son ukulélé. La première qui a montré sa tête étoilée se nomme Jade, comme la roche métamorphique verte présente dans certains schistes et serpentines. La seconde Ambre, jaune et dorée, est venue au monde par les pieds. Olé ! a dit Alice, maintenant que Maman Nono vous a délivrées, on va sortir la tête haute de ce maudit terrier. Voulez-vous, ne voulez-vous pas, voulez-vous, ne voulez-vous pas, voulez-vous entrer dans la danse ? Bien sûr ont dit les petites nouvelles-nées. Et les voilà sorties d’affaire et faisant la ronde au grand air, guidées par le grand frère…et le Roi n’est pas son cousin !

DON DE SOI-MÊME

DON DE SOI-MÊME, une poésie de A.O. Barnabooth où on peut lire que « la haine et l’envie meurent en moi d’asphyxie ». Le poète Valéry Larbaud inventa son nom de plume en ajoutant au nom d’une banlieue londonienne Barnes, le nom d’une enseigne de pharmacie Booth. Il expliquait que Haine et Envie ne pouvaient pénétrer le Vide qui était en lui. Où que j’aille dans l’Univers entier Je rencontre toujours Hors de moi comme en moi L’irremplissable Vide L’inconquérable Bien. Moi, dont je tairai le nom, si je ne suis pas non plus affecté par la haine ou l’envie, c’est à la Joie que je le dois. Quand je suis triste, infiniment triste, des coups cruels donnés par l’existence, j’attends que revienne le désir de vivre et de persévérer, avec et pour les autres, et en particulier les « miens » et les « miennes » avec qui nous savons étayer nos vulnérabilités : elle dit la voix reconnue Que la bonté c’est notre vie Que de la haine et de l’envie Rien ne reste la mort venue Verlaine

J’ÉCRIS DES LETTRES À MADAME LA MARQUISE

J’ÉCRIS DES LETTRES À MADAME LA MARQUISE J’écris des lettres à Mr le Président en m’abstenant de tout épanchement J’écris des notes de félicitations à ma cuisinière qui m’a gâté cette semaine d’huîtres, d’alouettes (sans tête), de soles frites et d’éperlans J’écris au rédacteur en chef du Monde des Livres que j’accuse d’avoir coupé la tête du chroniqueur chargé de présenter les nouveaux livres de poésie J’écris des notes par centaines aux quatre coins de Paris sur des bancs publics ou dans des bistrots voués aux tables à contraintes de l’Oulipo J’écris à Mme de Sévigné pour lui demander d’éclaircir quelques allusions qui me sont incompréhensibles J’écris à mes ami.e.s lointain.e.s en imaginant la transcription d’une conversation qui entre nous n’a pas eu lieu J’écris par petites touches cette sorte d’autoportrait kaléidoscopique marqué par la fragmentation et l’inachèvement

J’ÉCRIS L’AURORE AUX DOIGTS ROSES

J’ÉCRIS L’AURORE À MES DOIGTS ROSES J’écris ce début sans fin J’écris cette suite digressive dont je me fais un bouclier J’écris pour des lecteurs imaginaires qui n’y voient que du bleu J’écris pour Pierre Ménard inventeur de Don Quichotte polémiquant avec Paul Valéry refusant d’envisager que la marquise pût sortir à cinq heures J’écris avec la main gauche cette écriture en miroir qu’affectionnait Leonard J’écris à la lisière des ouvrages de démonomanies brûlés par les églises pontificales et littéraires sous prétexte que leurs démons jouxtaient de trop près leurs dieux J’écris pour faire sortir de leurs pages d’encre et de papier les personnages de fiction qui viennent à mon chevet me préparer à les rejoindre…le jour d’après

ESCREVER DE NÃO ESCREVER

J’ÉCRIS SUR UNE CARTE SAUMON escrever de não escrever selon ce que me dicte le fantôme de Pessoa J’écris de ne pas écrire ce que d’autres ont déjà écrit J’écris pour que d’autres écrivent sur mon texte palimpseste, pâles insectes trempés dans l’encrier et qui dans un dernier sursaut font des tortillons sur la page J’écris cette littérature à soi semblable au balancement de l’abanico, figure de style évoquant l’éventail J’écris en éventant et réfutant les livres noirs qui vont s’ailleurisant J’écris ici et maintenant martigues samedi 11 février 2023