O liqueurs de grenades chaudes comme du rhum ! Jean-Claude Renard (1922-2002) Mes grenades cette année Ont poussé comme des lampes Éveillées pour l’enfant Qui souffle ses dix printemps Nous en goûtons le jus Alchimie des divinités Symbole de vie fertile De graines, comme la Joie, profuses Nous en lisons les Charmes Dans des images de Valéry Fronts souverains éclatés de leurs découvertes Ou de Lorca le Grenadin Cada grano es una estrella Mes grenades cette année Que j’honore de ce poème Foisonnant, contourné
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POUR OUBLIER MA MORT J’ÉCRIS DES IAMBES aux antiques bienfaits
Au pied de l’échafaud j’essaie encor ma lyre André Chénier Né en 1762 guillotiné le 7 thermidor an II 25 juillet 1794 Pour oublier son sort le condamné Chénier Comme un dernier rayon écrit des vers iambiques Les vers d’un condamné qui tourne dans sa cellule Voué aux antiques bienfaits de ce rythme alternant Les alexandrins et les octosyllabes Il ne veut pas passer ces derniers instants à trembler En attendant le messager de la mort Venu délivrer l’affreux message ordonné Par le « Tribunal criminel extraordinaire » (sic) Historiens qui revisitez la Révolution N’oubliez pas Chénier ! * Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre Anime la fin d'un beau jour, Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre. Peut-être est-ce bientôt mon tour ; Peut-être avant que l'heure en cercle promenée Ait posé sur l'émail brillant, Dans les soixante pas où sa route est bornée, Son pied sonore et vigilant, Le sommeil du tombeau pressera ma paupière ! Avant que de ses deux moitiés Ce vers que je commence ait atteint la dernière, Peut-être en ces murs effrayés Le messager de mort, noir recruteur des ombres, Escorté d'infâmes soldats, Remplira de mon nom ces longs corridors sombres. ............................................... André Chénier
LE TEMPS D’UNE ÉCRITURE SUR L’ESPACE PALIMPSESTE


Le miracle des mots en ordre dans ma tête Louis Brauquier (1900 1976) Nul miracle de mots en ordre dans ma tête Pour libérer l’espace et déclencher le temps Espace avec le temps multiplie ses facettes De la barre d’espace au blanc entre deux mots Des espèces d’espaces mises en scène par Perec Jusques au Corps une manière de l’étendue précise n’existant qu’en acte du philosophe Benedict de Spinoza Le temps d’une écriture sur l’espace palimpseste Un cercle tracé au fil des heures de la Recherche Tenant ensemble par le pouvoir des mots l’ordre des années et des mondes Après tout ce babil de mots en désordre dans ma tête Je me suis éveillé sur une plage humide Le vieil océan aux vagues de cristal Cher au comte de Lautréamont S’était retiré vers ses lointains horizons J’avais dès lors tout loisir de songer sur ma p(l)age nue Aux mots d’une vie autre, Ceux qui nous tiennent en éveil, et qui nous émoustillent…
LA MORT & LES AMOURS TOUJOURS RECOMMENCÉES
La mer, la mer, toujours recommencée. Paul Valéry (Le cimetière marin) L’amour, la mort toujours entremêlées, J’ai lu cent fois le cimetière marin Je n’aurais jamais imaginé que tu y reposerais un jour Bien avant moi de sept ans ton aîné Sous un pin, toi aussi, à deux pas de la mer, Mais tes focs sont ici des géants Portant gaz, pétrole ou conteneurs. Golfe de Fos et non de Sète Où Valéry situa son poème En surplomb de ce toit tranquille Et du « cimetière des pauvres » où bulle Brassens l’humble troubadour de la Supplique Mais brisons-là avec ces morts célèbres Toi ma fraîcheur mon âme universelle Sur mes lèvres et mon livre* Toi qui cèles nos amours post mortem Dans le secret des mers Éclaboussées par l’écume de mes humbles vers Poèmes à ma morte L’Harmattan 2017


J’OUBLIE MON NOM
Sur mes cahiers d’écolier Sur toutes les plages blanches Eluard J’oublie mon nom Petits « mois » Petits pois Que d’émois sur la page ! Écosser Égrener Rimes et babillages Sur ce papier si kraft Qu’il te laisse marron Petits noirs dégustés La nuit où l’on noircit Ses cahiers d’écolier Où l’on oublie son nom En lisant des poèmes Où nous papillonnons