UN DICTIONNAIRE À PART MOI

Vient de paraître 
https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

Une entrée du dictionnaire qui en comporte 222  

BOUSTROPHÉDONS

Où je suis né on me l'a dit*
Mais ceux-là même sont partis
depuis longtemps hélas. Mon père,
ma mère, essentiellement.  

Dans une maison de village,
face à l'église qui sonnait
mâtines, midi, l'angélus.
Personne ne s'agenouillait.   

Ma rue - je ne sais plus son nom -
Traversait alors la commune,
Je la quittai bientôt pour une
autre, dite du pré de long.  

C'est là que j'appris à courir,
Mes genoux portaient la couronne,
Petit Poucet rieur offrant
Miettes d'enfance au royaume.   

Mes parents étaient paysans.
Pas un sou mais quelle richesse :
Lait veau vache cochons couvées
Blé maïs et pommes de terre. 

Quelquefois je guidais les bœufs,
Mon père faisait ses sillons,
Qui aurait dit qu'il me montrait
Ainsi l'art du boustrophédon :  

C'est tourner d'une ligne à l'autre
Le sillon égale le vers.
Lui semait le blé dur, l'épeautre,
Mon champ est plus imaginaire.  

Je le sais mais je persévère.

*Georges Perros (Une vie ordinaire)

ASSEZ D’ACTIONS DES MOTS !

Assez d’actions des mots !
Tracés à l’encre sympathique
Sur les tombeaux des poètes
Avides
De laisser un message ultime
Enfin débarrassés de leurs tics et retics :

Textes sans e (sans eux, sans elles)
Sonnets de voyous transformés en voyelles
Rimes équivoquées
Muse sans cesse invoquée
Avec des Ô
Et des métaphores filées
Albatros fracassés sur le pont de vaisseaux fantômes
Poèmes maudits planqués dans leur tiroir
Ou dans une malle Pessoa

Et même- pour en finir avec le jugement des dieux lecteurs -
le tic suprême :
juste avant leur dernier Grand Couac
où ils mirent à l’encan 
anaphores, hypozeuxes, hyperbates (ou rallonges) , asyndètes, chiasmes…
et autres tropes que les derniers saltimbanques des Figures
ajouteront d’instinct à cette liste
pour l’étrangler !

PERSONNE N’ATTEND CES PENTASYLLABES

MANUSCRIT DORIO MAI 2018
PENTASYLLABES QUE PERSONNE N’ATTEND

Personne n’attend
Mes pentasyllabes
Qui bouclent le mai
Deux mille dix huit
Personne sauf moi
Moi moi moi moi moi
Six mois mais lequel
Vais-je activer ?
Le moi haïssable ?
Le moi adorable ?
Le moi cancre las ?
Le moi jeune enfant ?
Le moi cogito ?
Le moi égaré ?
Poser la question
C’est tous les briser
Ces vers de cinq pieds
Se feront sans moi
Sans naïveté
Sans faire d’histoires
À dormir debout
Assis dans son lit
En suçant sa plume
Témoin du refus
De monomanie
De monoculture

Voilà c’est venu
Graines dispersées
De nos rêveries
Les vers ont filé
Voilà le dernier
une voix sans personne lit ces pentasyllabes que personne n’attend