C’EST DANS LE LIVRE QUE L’ON VIT





C’EST DANS LE LIVRE QUE L’ON VIT ces instants inédits qui nous baladent d’Exercices de Style en Bataille de Pharsale
C’est dans le livre que l’on s’interroge sur les Prisons imaginaires, série d’estampes produites par le cerveau noir de Piranese (Hugo)
C’est dans le livre que nous prêtons l’oreille à ses causeurs que nous ne connaîtrons jamais dans la vraie vie
C’est dans le livre qu’est la vraie vie
C’est dans le livre que nous nous moquons de ceux et celles qui parlent comme un livre
C’est dans un livre dont l’art est difficile que la critique est aisée
C’est dans un livre que l’on écrit un autre texte que celui que l’on lit
C’est dans un livre que l’on rencontre des personnages aux cravates lavallières toujours flottantes (Proust) qui vitupèrent contre le snobisme et ce qui reste d’aristocratie
C’est dans un livre « à paraître » que je compare ma pratique d’écriture au sillon que traçait mon père avec un brabant tiré par deux bœufs experts en boustrophédons
C’est dans un livre que ressuscitent tous les personnages morts et enterrés
C’est dans un livre qu’autour de minuit nos yeux se ferment sur la dernière image d’un livre où le narrateur après avoir soufflé sa bougie murmure Je m’endors





J’AI UN SOUCI AVEC LE TEMPS



J’ai un souci avec le temps
Non avec le temps qu’il fait
Qui je traite la plupart du temps
Avec indifférence 

J’ai un souci avec le Temps avec son grand T

J’ai un souci avec le temps qui passe ses crayons noirs 
Sur mes nuits blanches

J’ai un souci avec le temps
Que je ne veux pas passer quand il est bon,
Joyeux, discrètement heureux

J’ai un souci avec le temps qui ne veut pas passer
Quand il est lourd et pèse
Comme le couvercle
De la marmite baudelairienne

J’ai un souci mais ce n’est rien
Comparé à celui qui en fit tout un roman
À la recherche du temps perdu1


1    « Un roman de 3000 pages précédé de 7000 pages d’esquisses, de brouillons superposés, auxquels s’ajoutent dactylographies et multiples jeux d’épreuves. » Jean-Yves Tadié 

SI STA FACENDO SEMPRE PIU TARDE


Sur les morts et leurs souffrances
Sur les premiers cris de l’enfance
Sur les mots et leur nectar
Sur les abeilles de l’éternel retour
Sur les sonnets et les haikus 
Sur les pièces qui cuisent au four
Sur l’éloquence à qui l’on tord le cou
Sur le livre 1 qui nous alerte
Qu’il se fait tard
De plus en plus tard


1 Antonio Tabucchi 

LES OUBLIS ET LES GLOSES



J’ai oublié Anne ma sœur Anne
J’ai oublié un soir de demi-brume à Londres
J’ai oublié Regardez-les mon âme ils sont vraiment affreux
J’ai oublié la nuit jaillissante avec son bec de freux
J’ai oublié sur le minuit lugubre le corbeau d’Edgar Poe
J’ai oublié Alice tirant les moustaches du chat de Simulombula
J’ai oublié Perette et le pot à lait
J’ai oublié tous ces refrains et toutes ces fredaines
Mais les secrets que tu me chuchotais
Tes tendres gloses
Jamais au grand jamais
Je ne les oublierai