LES PÂQUES D’UN PAÏEN INACTUEL









Agenda impersonnel 29 mars-04 avril 2021

2h46  Personne : masque souvent grotesque de l’acteur antique. Chaque personne, homme ou femme, continue ainsi de faire en société son cinéma. Malheur à ceux et celles qui sont dupes de leur personnage. Paradoxalement Pessoa (Personne en portugais) s’inventa plusieurs noms de plume qu’il appela ses hétéronymes. Il était Álvaro de Campos, poète avant-gardiste et décadent, qui écrivit dans un élan métaphysique « Bureau de Tabac ». Il était Alberto Caeiro, versé dans la phénoménologie. Il était Ricardo Reis et António Mora. Et son livre le plus fameux Livro do desassosego (Livre de l’intranquillité) fut l’œuvre de Bernardo Soares. Son quotidien, il le nomma « ennui ésotérique ». Tout un programme.   2h66





Mardi 30/03/2021

1h37   Alors que j’écrivais ces variations sur Personne, la dernière ancêtre Dorio, côté ferme de Daumazan sur Arize (Ariège), cousine germaine de mon père, s’éteignait à 94 ans. La repousse désormais a lieu à partir d’ici, passant des terres occitanes au bord de mer provençale, celle que Valéry du haut de son cimetière marin décrivit comme toujours toujours recommencée.  1h44





Mercredi 30/03/2021

4h18  Je me réveille ayant rêvé des aphorismes de René Char. Jeune lecteur, poète en herbe, ils m’enchantaient. Les yeux bien ouverts cette fois je reprends les XXVII fragments de À la santé du serpent. Je n’ai qu’une formule sans égards ni patience pour le maître de l’Isle sur la Sorgue : Char à Bia.     4h26





Jeudi  01/04/2021

18h50  Me voilà lisant Paris Match, le poids léger des mots, le choc amorti des photos. Pour un ancien fervent de Mai 68, on dirait qu’en lisant cet hebdo, j’ai mangé mon chapeau. Mais j’ai ma petite idée que je vais avec tous ces gens prisonniers de leurs personnages tâcher de développer.   19h03





Vendredi 02/04/2021

7h23  Ouverture des volets : 3 pies jouent sur les râteaux de l’antenne de télé de la maison d’en face, un goéland rame mélancoliquement.  7h25





Samedi 03/04/2021

1h12  Je viens de trouver un nouveau cycle d’écriture : « dialogues intérieurs », en mode mineur et si possible plutôt blagueurs.   1h14





Dimanche 04/04/2021

8h59  Tout de suite c’est l’écriture d’un dimanche de Pâques d’un païen inactuel, de la dernière indienne de la Terre de Feu et d’un philosophe sysiphéen remontant son rocher sur lequel pendant la nuit a poussé un acacia.   9h11

TU TE SOUVIENS DES TEXTES DE L’ENFANCE ?





– Tu te souviens des textes de l’enfance ?

– ?

– Ceux que comme tout apprenti tu as commencé

à laisser galoper innocemment sur la page.

– Ah ! Je ne saisissais pas ta question.

Mais aucun texticule original n’a sillonné

les pages d’un cahier d’imitation.

Je n’avais fils de cultivateurs aucun livre à l’entour

qui m’invitait à singer l’autre culture, la livresque.

– Et donc… ?

– Et donc mes premiers textes écrits  à main de plume (gauloise ou sergent major)

ce furent ceux recopiés sur mon cahier de « Récitations » :

la fable du Corbeau et du Renard, Automne d’Apollinaire,

et le Matin des Étrennes de Rimbaud.

– Ah ! maintenant ça me revient.

Et sur l’autre page on en faisait un dessin colorié.

-Toujours maladroit, mais comme une promesse

d’aurores futures.





Dialogues intérieurs II





Invitation à contribution

Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution.

Paul Ricœur

- Tu te souviens des textes de l'enfance?

- 

FRANCHEMENT OÙ EN ES-TU ?





- Franchement, où en es-tu ?
- Avec le temps, ça devient inexplicable.

- J'entends bien, mais comment tu l'expliques ?

- Mais justement, je ne sais.

- Écoute-moi, si tu sais pas où tu en es, 
au moins peux-tu nous dire d'où tu parles ?

- Ah! la question qui tuait en Mai 68 !

- Oui, tu y es.

- Eh bien, d'où je parle ? Je vais y réfléchir,
mais Rassure-toi c'est toujours d'un lieu
où ma prise de parole n'est pas encore située
Outre Tombe.

Dialogues intérieurs I


Appel à contributions

Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d'une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution.

Paul Ricœur

POÈMES DE MARS EN VERS COMPTÉS









T’ES ROCK COCO

Disyllabes mars2021             

Miroirs Mouroirs Mélanges Des morts Vivants Des glanes Des fils Tendus Tramés Baroques

T’es rock Coco

Miroirs Beauté Kallos Cosmos Ordre et Beauté Le chat Botté De vair De vers Passés De mode Chienlit

Sorbonne Le doigt M’a dit Pensée Sauvage Bénie





POÈMES DE COVID EN RÉA POÉTIQUE

Trisyllabes mars 2020

Tout oublier phrases cul par-dessus gentillesse tout ouvrir à ton bic laissé seul sur la page Mon hôtesse tout futur enjambant passerelle au-dessus de l’abîme Tout connaître du regard des mourant.e.s à la douane du grand soir Tout écrire en réa poétique des poèmes de Covid des patient.e.s aimables qui sourient avant de trépasser Tout ainsi qui passa





DANS LE JARDIN ADO DE L’OULIPO

Tétrasyllabes mars 2019

Tétrasyllabes Du mois de mars Faut être fou Pour s’y adonner Ou bien avoir L’amour des mots

Vain passe-temps Des jours des nuits Des traversées Du sec désert Du cœur détruit

Tétrasyllabes Un deux trois quatre Savoir léger La main me guide À l’aventure Libre plaisir Sans la mémoire Je suis un autre Dans le jardin Adolescent De l’Oulipo

Tétrasyllabes Sans invectives Sans directives Dans l’insouciance D’une chanson Qui perd le fil

De ligne en ligne Qui vit de mots Qui meurt de rire





AU HASARD BALTAZAR

pentasyllabes mars 2018

Au hasard Balta Zar az-zahr le dé Laissons-le rouler S’égarer en ligne Monter sur la barge De ces poésies

Que personne plus Ne lit mais quand même On ne sait jamais Ça peut revenir Et sans barguigner

Au hasard d’un blog De pure utopie Où tout ce bazar De mots et de choses Graines d’ellébore Purgent Fantaisie

Au hasard balta Zar sur le bristol Un mot à l’endroit Deux mots à l’envers Cachés dans la coulisse Les secrets discrets Des faiseurs de vers Arlequins d’amours Splendides rêvées Douces Arlésiennes Mortes aux Alyscamps

Az-zhar azahar Fleurs de l’oranger Vont au vent léger

BRISEZ LES CADES AVANT QUE LES CADRES NE VOUS BRISENT

Gaston Bachelard

Hexasyllabes mars 2019





Un Mars et ça repart Mois nouvel d’un poème Ni tout à fait le même Ni tout à fait un autre

Babil babel soleil Naissant Quand l’alouette De joie s’oublie au rai Puis plombée va tomber

Les faux beaux jours ont fui O ma chère pauvre âme On dirait du Verlaine Mais c’est du seul Dorio

Profitez de chansons Quand Amour est présent Profitez de la pomme Jusqu’au dernier pépin

La première mésange Joue sur l’abricotier La vie est éphémère On n’y voit que du bleu

Saison des fleurs concrètes On étire le hamac Pour jouir de leurs blancs Où pointe rouge vif Le jaune des amours Du mimosa en boule Nostalgie du présent Houle du corps ballant

LE BEL OISEAU PHÉNIX









Printemps des yeux, rhizome, iris, Enivrez-vous.

C’est la saison des semaisons, Caressez-vous.





Agrandissant l’espace sur la Crau rehaussée

Les brebis me saluent : tu as soixante-seize ans !





Le temps s’endort, une fois l’an, on le réveille.





Foisonnement : en soi-même, combien de branches?

Cahiers, carnets, récits de vie pliés en quatre.





Les mots de tous les jours s’en vont comme fétus

Les fleurs de rhétorique brûlées brassées brouies





Pour laisser s’envoler le bel oiseau Phénix

des alphabets

et du hasard quasi céleste.