UNE HEURE D’ÉCRITURE

Je n’ai aucune idée de l’heure 
C’est autour de minuit
je suppose
J’agite le cornet de sable
Mais les images sont en panne
Dans les cervelets des panurges
‘Reusement il y a tant à lire
Dans les passages des bouquins
Les ellipses les éclipses
L’inconscient freudien
Fusées belles fusées
Éclairant les tombeaux
De l’écriture surréaliste
Écrite à la vitesse grand v
La page me remercie
Heureux de faire plaisir
Mais je n’ai toujours aucune idée
De l’heure passée à la composer

LE CHANT DES MOTS

Des oiseaux migrateurs que mon chant désorientent
Et des poissons dorés roulés dans du papier
Le journal d’aujourd’hui sur Dupond Moretti
L’écriture miracle ôtant le poids au ciel
Tous les échos dans la fumée de la Pythie
Et de Sibylle prophétesses des tempêtes
Quand les mots de l'amour et de la mort
Sonnent conjointement à nos oreilles

Martigues 30 novembre 2023

CEUX QUI S’ENFERMENT DANS LE LANGAGE CESSENT DE VOIR Quand le langage divise, il reste toujours de l’indivis. Quand le langage distingue, il reste toujours de l’indistinct.  Le Sage préserve en lui la part de l’indivis, de l’indistinct, tandis que les hommes du commun s’enferment dans leurs démarcations et se prévalent chacun de sa vue particulière. C’est pourquoi je dis : ceux qui s’enferment dans le langage cessent de voir.  selon Tchouang Tseu traduit  par Jean-François Billeter

Un rouge de valeur plus dense sans écho
Un sang plus étendu au flanc de la colline
Des oiseaux migrateurs sans orientation
Et tous ces hommes morts sans rime ni raison
Tant de cœurs desséchés
sans plomb
Comme des feuilles

Pierre Reverdy Le chant des morts

ENCORE UNE PHRASE

Encore une phrase 
Jouant avec les lignes
D’un poème pour l’écrire 
Comme on voit dans les livres
Les lèvres la relisant
Comme faisaient nos ancêtres 
En découvrant religieusement 
les nouvelles
Sur le journal du matin
Encore une manière
De parler au papier
De prononcer pour soi
Quelques mots sur les guerres
en cours
Sur leurs atrocités 
Sur l’enfant au tambour
Qui lance un appel 
Aux dieux de la paix 

MOTS SANS FIN

Le fin mot n’est pas
le mot de la fin 
La faim quand ça m’prenait
chantait Ferré 
dans les années soixante 
Sentes formant Sentier
le quartier des « mousselines
calicots et toiles
peintes en gros »
dans un roman de Balzac
dont j’ai oublié le nom
Mais non celui de
Balzac 00.01
avec son petit mineur
qui lançait son pic
et la publicité 
dans les cinés :
Et pan toujours dans le mille !
Toujours dans les lignes
Qui font le lit
De nos mille et une nuits
Passées à les écrire 

Martigues 23 novembre 2023

65 HORS DES MOTS Hors des mots…comme toujours…c’est le paradoxe de Nathalie Tcherniak…devenue Sarraute…fillette de l’exil russe…mise à l’écart par sa propre mère…et sa belle-mère d’un père remarié…elle lui préférait sa fille Lili…oui tu « lis » bien…mais longtemps après quand la vieille dame qui haïssait les autobiographies entreprend Enfance…la romancière…c’est son charme…échappe par ses dispositifs d’écriture…au pathos au topos à ronger son propre os…elle fait mouvement…de tropismes en tropismes…en ne comblant jamais les blancs…d’une vie dont on n’invente pas ce qui se dérobe…nos oublis…mais les mots pour les dire…malgré tout…ces paroles ranimées…petits feux follets…tieba podbrossili…lui dit Vera la belle-doche…  on t’a abandonnée… Mais non Natacha…quand je te lis…que tu sois enfant ou vieille dame indigne…c’est moi qui m’abandonne…à tes mots à ton rythme…au dialogue ininterrompue de ta plume…à ce dernier mot que tu m’as envoyé avant de tourner ta dernière page…oui je vous le donne en mille…figurez-vous que c’était un mot kidnappé(Le livre d’une vie Une autrebiographie en mille et un fragments) en cours d’écriture