EN SOURDINE

dorio /hypnographies sur papier kraft/ 08/09/2020 02h16




EN SOURDINE

              On ne pense à rien            

                mais un reste

              un zeste de phrase 

              a laissé cette trace

                  sur le papier





             Et maintenant

         au lieu de froisser le tout

                et de le jeter

               avec sa tête coupée

 dans le panier





             On maintient

          sa phrase sa tête sa pensée

                l’esprit 

de cet horizon particulier         

        





             Où ce rien  a donné

             ces liens ces bribes

             cette appartenance

             au monde qui glisse

                   et palpite





                  en sourdine…

JOURNAL DE NUIT

JOURNAL DE NUIT





Brouilles violentes suivies ou non de raccommodements

Marcel Proust





ainsi apparaît le texte présent





Des fois, ou plutôt Quelquefois, ou encore, par esprit de contradiction, Toujours, on se lance dans une phrase, par pur plaisir de s’y lancer, comme l’on court d’un coup, ou plutôt tout à coup, poussé par on ne sait quelle mouche, piqué pourrions-nous dire, par le taon qui excitait Socrate, ou plus modestement les bœufs qu’un certain père, le mien, joignait, jurant quelques mille dious de remille dious, sur les quatre heures d’une journée exceptionnellement caniculaire qui ne pouvait laisser les bêtes en place, malgré dentelles qui étaient censées protéger leur mour, museau, qui à l’instant vous suggère quelques autres vocables en file, tels muse, musette, musaraigne, ces deux derniers mots, vous venez de le découvrir, ayant été synonymes, de mus souris et de la venimeuse araignée, que l’on vous a fait associer dès la plus tendre enfance aux formules magiques opposant celle du soir espoir, à celle du matin chagrin, quant à la nuit, en cet instant précis, quatre heures cinquante-six, vous pourriez ajouter, par exemple, araignée de nuit s’enfuit…et là, la phrase, pour autant qu’il s’agit d’une phrase, se casse, s’éparpille, perd son souffle initial et va se pointillant…. n’est pas asthmatique qui veut se dit-on souriant, ouvrant gaiement les guillemets, un jeu d’enfant avec la machine savante dont nous disposons depuis le début de notre course à la phrase-échalote : « Il y a des asthmatiques qui ne calment leur crise qu’en ouvrant les fenêtres, en respirant le grand vent, un air pur sur des hauteurs, d’autres en se réfugiant au centre de la ville, dans une chambre enfumée », et d’autres, aurait pu ajouter ce prosateur hors pair, en composant des phrases sans fin, qui se tournent et retournent, ligne à ligne, vers à vers, telles ces raies du labour, inlassablement tracées le jour durant, par ce fier paysan, guidant droit ses bœufs, encore eux, et dont la surface labourée de l’aube au crépuscule s’appelait… un journal.

Un dictionnaire à part moi
travail en cours de réalisation




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