MON CARNET PAPIER KRAFT

Mon carnet papier kraft et sa page 386

Ma vanité que j’imagine mangeant le livre de ma vie

Mon alcool doux comme une épingle de nourrice

Mon chant de l’alouette sur la Terre de Feu

Ma mémoire d’éléphant rongée par la petite souris des sables

Ma cellule de base qui bat dans la nuit noire

Ma voix que tu ne voies plus un linge blanc fermant ta bouche

Mon carnet de houx vert et de bruyère en fleur

premier jet 8 août 2015

PASSAGE D’UNE HEURE SUR LE PAPIER Souvenir d’un libre-senteur Éloge de l’inachevé

Six heures quinze
J’ouvre un œil
Un jour nouveau
À négocier

J’ouvre mon blog
Un lecteur d’Haïti
A lu (c’est étonnant)
Patatratement

Il fait être un poète
Un rien désuet
Pour aligner des vers
Patatratrement
(Une autocitation)

On ne prête qu’aux pauvres
Ces riens sonores
Qu’affectionnaient
Les décadents
Artistes des faubourgs
Albatros déplumés
Ou bien Libres-Senteurs
Comme écrivit Henri
Ce cher Heurtebise 1
Qui « n’est plus »
Depuis le 7 janvier
Au matin
comme m'en informe en ligne
Claude Vercey sur le site de  la revue de poésie Décharge

(J’attends toutefois
Celui avec qui j’eus 
Une longue correspondance
Sa lettre de confirmation)


Six heures vingt-six
(en temps réel)
Je poursuis ce langage
Sur papier
Qui m’échappe à demi
Un mot chassant l’autre
Ou au contraire qui va s’étoilant
De quelques braises inattendues

Six heures trente-six
Merci de patienter
La suite du texte
Tarde à se télécharger
J’ai bien peur
(six heures quarante-six)
Qu’il disparaisse ainsi
Dans le paysage

Mais quelque part aussi
Ça me soulage
Moi qui à la fin
De tous mes poèmes
Et sans barguigner
Écrit le mot 
Inachevé

1 Henri Heurtebise (14 février 1936-7 janvier 2023)

25 janvier 2023 (de 6h15 à 7h15)
Une heure de doux patatras

ÉLOGE DES PAGURES ET DES COUPURES D’ÉLECTRICITÉ


J’écris « un jour » en pleine nuit
Un jour on aura des coupures d’électricité
Dans les doigts
Pour y voir faudra du carbure
Ou bien on écrira les yeux fermés
En nous souvenant des Champs Magnétiques
Logeant nos mots dans des coquilles vides
Faisant l’éloge des pagures
Et nous aidant des trois règles mnémotechniques
Pour expliquer le magnétisme :
Celle des trois doigts de la main droite
Celle du bonhomme d’Ampère
Et celle du tire-bouchon

La pleine nuit au bout des doigts
A donné ce texte peint au couteau
(sans manche auquel il manque la lame)
Ça tombe bien
Car à présent
C’est dimanche

À Martigues le 22 janvier 2023

TU DEVRAIS ARRÊTER D’ÉCRIRE DES FADAISES

Tu devrais arrêter d’écrire des fadaises
Qui ne parlent qu’au papier
Laisser tes mots errer
Sur la falaise de sable
Sur le buvard de l’encrier

Tu devrais ignorer Giono
Qui écrivit comme si de rien n’était
Avec sa main à plume le jour où sa mère mourut

Quand on t’annonça la disparition subite de la tienne
Le vingt-sept septembre mil neuf cent quatre-vingt-quinze
Tu lisais précisément Le hussard sur le toit

Elle avait passé une mauvaise nuit
Mais s’était habillée pour voir encore une fois
Le feu du matin jaillir du bois
Sur la plaque de fonte
Sur le visage de mon père

Tu devrais arrêter d’écrire des fadaises
Qui ne parlent qu’au papier
Laisser tes morts errer