ÇA REPART C’EST LA CLASSE

ÇA REPART C’EST LA CLASSE

Ça repart. Premier jour de classe. Sur mon cahier d’écolier. Sur mon tableau magnétique. Ça repart. Moi qui ai fréquenté les lieux de 5 à 60 ans me voilà maintenant en retrait. Mais mes filles ont pris le relais et mon petit-fils depuis l’âge de 2 ans et demi. Ça repart les fredaines du grand-père enfant comme écrivit Victor Hugo. Ça vous en bouche un coin ? Ça repart. Apprentissages apprends tissages de lecturécriture de conter et de recompter littéralement et dans tous les sens d’apprendre toute chose de bonne ou de mauvaise humeur. Ça repart. Voulez-vous dire demande le lecteur que le jeu vaut la chandelle ? Je le crois bien dit le petit prince complice de l’allumeur de Lumières. Ça repart. Secrets de vie passent dans la bouche des instituteurs grincheux ou généreux. Ça repart. Vers le savoir passage étroit et voie royale pour la vie. Pour ne pas subir la servitude volontaire des millions d’imbéciles passés par notre école libre publique et obligatoire. Ça repart. Vieil océan et nouvelles donnes de l’esprit qui toujours rit.

LETTRE À UN.E INCONNU.E

Parfois il a pu arriver qu’on s’écrive à soi-même.

Parfois même il nous est arrivé d’écrire aux morts.

Cela n’arrive pas tous les jours, j’en conviens, mais cela peut arriver.

Et il se peut aussi que les morts nous aient répondu,

sous une forme qu’ils sont les seuls à connaître.





Antonio Tabucchi

Si sta facendo sempre più tardi

 Il se fait tard de plus en plus tard





Ni fleurs du mal

Ni fleurs du bien

Mais ces quelques lettres au vent de la nuit

Que je partage avec si peu de vivants

Mais bien des disparus





Le stylo trace ses lignes

Apparemment sans but

Tel un tisonnier avec lequel on fouaille

les braises des mots clés :





miettes, fragments, poussière, imagination,

accents restés dans la voix d’autrui…





Assis devant un livre que je feuillette

Regardant les lumières des bateaux

Sur la passe maritime

Écoutant un raga de nuit





J’écris ces lettres d’Utopie

Dans les eaux mouvantes d’un imaginaire

Toujours toujours à renouveler



	

ET VOUS ?













et vous ? aimez-vous entasser les paroles et les gestes des gens de la cité









et vous ? imaginez-vous l’éternité au cœur d’une pierre antique





et vous ? résonnant dans le vide qui entoure vos bruits





et vous ? volez-vous effaré.e dans la grotte des mythes





et vous ? êtes-vous paradigme ou plutôt aporie





et vous ? embourbé.e empêtré.e ou bien essence pure





et vous ? voyez-vous vos pensées comme principes d’incertitudes





et vous ? répétez-vous la scène de l’étrange étranger





et vous ? regardez-vous le monde comme un fleuve de boue





et vous ? tenez-vous la balance du corps et de l’esprit





et vous ? pouvez-vous décliner vos noms prénoms sans rire





et vous ? vivez-vous de fadaises et de lettres volées





et vous ? connaissez-vous l’issue de votre destinée





et vous ? tombez-vous à tous les coups du mauvais côté





et vous ? continuerez-vous après votre disparition à vivre dans le titre d’un livre-objet





et vous ? serez-vous monsieur Plume ou Madame Bovary





et vous ? serez-vous ce silence que d’autres meubleront





et vous ? écrivez-vous parfois la liste de vos premières dernières fois





et vous ? hasardant vos ruptures dans la continuité





et vous ? nourrissez-vous vos nuits des lignes d’insomnie





et vous ? sable mouvant des ronces des lierres et des orties





et vous ? fourmilier du grand llano ou tatou du charango





et vous ? crevez-vous d’un cancer ou bien d’indifférence





et vous ? sautez-vous dans le vide de cette espèce d’espace





et toi ? hypocrite lecteur mon semblable* ma sœur


LES POÈMES GLISSENT DANS LE GOUFFRE DES NUITS

 
les poèmes glissent dans le gouffre des nuits
les poèmes butent contre les portes closes des rêves inachevés
 
les poèmes dictent les pactes des fleuves intranquilles
les poèmes surgissent des voix chères qui se sont tues*
 
*Verlaine
 
les poèmes travaillent le corps perdu des métaphores
les poèmes césurent riment et apocopent
 
les poètes balbutient un dernier vers d’azur
 

 
 
 

JE NE SAIS PAS COMMENT COMMENCER


manuscrit premier jet
fond : set de table et « hypnographies »
jjd
*


JE NE SAIS PAS COMMENT COMMENCER
 
 
Ô Socrate, tu avais le maudit avantage de pouvoir, grâce à ton ignorance, faire éclater que les autres étaient encore moins savants que toi : ils ne savaient même pas qu’ils étaient ignorants.
Søren Kierkegaard
 
Je ne sais pas comment commencer. Comment commencer ? Voilà c’est fait.
Je ne sais pas faire parler les morts comme s’y employa Victor Hugo, à Jersey ou Guernesey,
je ne sais plus trop, convoquant ses illustres prédécesseurs, autour d’une table tournante, tel un chaman exalté.
Je ne sais pas ferrer les bœufs, mais aller à cheval sur un bâton était pour moi un jeu d’enfant.
Je ne sais pas herboriser comme Jean-Jacques, promeneur solitaire, écrivant à soixante-cinq ans, ses dernières rêveries, mais j’ai plaisir à recopier ces litanies qui font de la cueillette de mots un amusement qui me délasse.
Le mouron, le cerfeuil, la bourrache et le séneçon, pour lui, la flamme inversée de l’imagination, la zizanie du coq à l’âne, les sources vives des métaphores et des métonymies, ici.
Il est temps maintenant de mettre la lumière sous le boisseau, puisque vous savez tout de ce que je ne sais pas et que sur ce filtre il n’y a plus rien à mettre.