COMMENT COMMENCER

-Commencez sans moi dit Socrate qui s’arrête de marcher qui a besoin de réfléchir sans bouger à une question qui le taraude laissant ses compagnons aller au Banquet

Commencer repartir de zéro amorcer entamer un texte une partie nouvelle

Comment c’est cette nuit à l’instant où tu écris ? J’entrecroise les paroles intenses de celles qui mettent littéralement le feu aux poudres

Commencer préluder avant toute attaque de motif cherchant ses résonances intimes

Ouvert à tous les vents le verbe déploie maintenant sa forme nominale :

ce commencement qui n’en finit pas

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

LA NUIT M’ATTEINT





plaisir d’écrire
la nuit remue
une danseuse
issue de la plume
d’Henri Michaux

la nuit bavarde
cot cot couet couet
couteau planté
dans le cou du coq
chantant la mort de Socrate

plaisir de lire
ses dialogues platoniciens 
où à la fin
c’est cul par-dessus tête
que se retrouve l’interlocuteur
du sage athénien

la nuit m’atteint
jusqu’au matin

JE PARLE AU PAPIER

manuscrit orné de mes hypnographies




« Le parler que j’aime c’est un parler simple et naïf,

tel sur le papier qu’à la bouche… »

Montaigne





Je parle en silence au papier journal

Il dit noir je dis blanc à contre-courant

Je lui en fais voir de toutes les couleurs





Je parle au papier comme dit Montaigne

Dans sa tour en marchant

Faisant tours et gambades





Je parle en marge de mon cahier-journal

Où j’ai préparé mes leçons

pour la reprise des classes :

Leçons de choses et autres

Comment parler de ce que l’on ignore
Comment chasser l’intrus

Comment Socrate avale la ciguë





Je parle au papier toilette

En prenant mes aises

En lisant le journal des poètes insaisissables





Je parle dans ma tête

mais c’est d’une autre parlerie

qu’il s’agit





04/01/2021

je parle au papier (et à l’enregistreur de paroles)

JOURNAL DE NUIT

JOURNAL DE NUIT





Brouilles violentes suivies ou non de raccommodements

Marcel Proust





ainsi apparaît le texte présent





Des fois, ou plutôt Quelquefois, ou encore, par esprit de contradiction, Toujours, on se lance dans une phrase, par pur plaisir de s’y lancer, comme l’on court d’un coup, ou plutôt tout à coup, poussé par on ne sait quelle mouche, piqué pourrions-nous dire, par le taon qui excitait Socrate, ou plus modestement les bœufs qu’un certain père, le mien, joignait, jurant quelques mille dious de remille dious, sur les quatre heures d’une journée exceptionnellement caniculaire qui ne pouvait laisser les bêtes en place, malgré dentelles qui étaient censées protéger leur mour, museau, qui à l’instant vous suggère quelques autres vocables en file, tels muse, musette, musaraigne, ces deux derniers mots, vous venez de le découvrir, ayant été synonymes, de mus souris et de la venimeuse araignée, que l’on vous a fait associer dès la plus tendre enfance aux formules magiques opposant celle du soir espoir, à celle du matin chagrin, quant à la nuit, en cet instant précis, quatre heures cinquante-six, vous pourriez ajouter, par exemple, araignée de nuit s’enfuit…et là, la phrase, pour autant qu’il s’agit d’une phrase, se casse, s’éparpille, perd son souffle initial et va se pointillant…. n’est pas asthmatique qui veut se dit-on souriant, ouvrant gaiement les guillemets, un jeu d’enfant avec la machine savante dont nous disposons depuis le début de notre course à la phrase-échalote : « Il y a des asthmatiques qui ne calment leur crise qu’en ouvrant les fenêtres, en respirant le grand vent, un air pur sur des hauteurs, d’autres en se réfugiant au centre de la ville, dans une chambre enfumée », et d’autres, aurait pu ajouter ce prosateur hors pair, en composant des phrases sans fin, qui se tournent et retournent, ligne à ligne, vers à vers, telles ces raies du labour, inlassablement tracées le jour durant, par ce fier paysan, guidant droit ses bœufs, encore eux, et dont la surface labourée de l’aube au crépuscule s’appelait… un journal.

Un dictionnaire à part moi
travail en cours de réalisation




journal de nuit diction

JE NE SAIS PAS COMMENT COMMENCER


manuscrit premier jet
fond : set de table et « hypnographies »
jjd
*


JE NE SAIS PAS COMMENT COMMENCER
 
 
Ô Socrate, tu avais le maudit avantage de pouvoir, grâce à ton ignorance, faire éclater que les autres étaient encore moins savants que toi : ils ne savaient même pas qu’ils étaient ignorants.
Søren Kierkegaard
 
Je ne sais pas comment commencer. Comment commencer ? Voilà c’est fait.
Je ne sais pas faire parler les morts comme s’y employa Victor Hugo, à Jersey ou Guernesey,
je ne sais plus trop, convoquant ses illustres prédécesseurs, autour d’une table tournante, tel un chaman exalté.
Je ne sais pas ferrer les bœufs, mais aller à cheval sur un bâton était pour moi un jeu d’enfant.
Je ne sais pas herboriser comme Jean-Jacques, promeneur solitaire, écrivant à soixante-cinq ans, ses dernières rêveries, mais j’ai plaisir à recopier ces litanies qui font de la cueillette de mots un amusement qui me délasse.
Le mouron, le cerfeuil, la bourrache et le séneçon, pour lui, la flamme inversée de l’imagination, la zizanie du coq à l’âne, les sources vives des métaphores et des métonymies, ici.
Il est temps maintenant de mettre la lumière sous le boisseau, puisque vous savez tout de ce que je ne sais pas et que sur ce filtre il n’y a plus rien à mettre.