J’ÉCRIS opus 16





J’écris en catimini

J’écris à Cathy Taquité

J’écris pour lui expliquer

Que ma tactique était toc

J’écris de tics et de TOCS





J’écris en aparté

J’écris À l’Écart

dans la maison de Michel Butor

J’écris a parte

J’écris sur un papier bon public

J’écris en regardant Arte





J’écris en me souvenant des petits bonhommes de Folon

Qui ouvraient et clôturaient les programmes d’Antenne 2

J’écris comme ces drôles d’oiseaux

Portant chapeau sur la tête

J’écris d’abord dans ma tête

J’écris comme on parle au papier





J’écris de ma main gauche

(la plus gauche des deux)

J’écris Sauve qui peut

J’écris mais je ne m’enfuis pas

J’écris que je mourrai à Paris au cours d’une averse

Un jour dont déjà je me souviens





J’écris I Remember

J’écris de remembrances en remembrances

J’écris en brassant des souvenirs plus ou moins inventés

J’écris faux Narcisse et vrai…

(le mot me manque)





J’écris en état de frayage

J’écris en cherchant le chemin qui n’existe qu’en le frayant

J’écris sans routine ni brouillon

J’écris dans les parages

J’écris l’enrage (de l’écriture)

L’an rage (le mois de Mai de 68)





J’écris sur une table qui avant d’avoir été installée dans le salon

a voyagé dans un wagon parti de la Forêt Noire





J’écris sur de petits carreaux d’écolier

J’écris sur une seule face

J’écris pile poil après minuit

(sauf si je m’endors pour un premier somme autour de minuit)





J’écris en imitant mon écriture au tableau

Quand je l’enseignais au CP

J’écris à grands coups d’épées

Sur mon carnet de citations

J’écris sans mon Mont Blanc

Que m’avait offert Nadège

Et que j’ai perdu connement dans la neige





J’écris -vous l’aurez reconnu- en écoutant Nougaro (le mont blanc)

et Thelonius Monk  (Round Midnight)

J’écris en lisant Cesar Vallejo

(Me moriré a Paris con aguacero)

J’écris avec Boby Lapointe (Ta Cathy t’a quitté)

J’écris avec Montaigne (comme il parlait au papier)

J’écris vivant heureux en attendant la mort

(selon le dérisoire projet de Desproges)





J’écris vie critique,

tissée d’expériences multiples

J’écris Liberté


	

ÉLOGE DE L’ORTOGRAFE





Écrire selon l’orthographe. Pour les mots compliqués je m’y reprends souvent. Mais je n’aime pas raturer. Alors je laisse les erreurs premières, qui ne sont jamais « fautes », et je fais des lignes d’écolier pour peu à peu corriger cette orthographe que d’autres parmi les lettrés abhorrent.

               Je n’ignore ni le jour funeste, le lundi 8 mai 1673, où les académiciens prirent la décision d’adopter une orthographe unique, ni le florilège d’incohérences orthographiques qui fait le délice des linguistes pervers.

               Je sais bien que les poules du couvent ne couvent que des œufs sans germes et que l’abbaye regorge de jeunes cobayes novices, mais quand même, un brin malicieux, je continue à lire et à tirer pour mon petit-fils, les fils des aventures de Petit Ours Brun.

               Enfin bonne pâte j’utilise ma patte pour tracer à nouveau à la bombe de peinture rouge ce slogan jouissif  de mai 68 : l’Ortografe est une mandarine !

SUR MON CAHIER D’ÉCOLIER AUX CHEVEUX BLANCS





SUR MON CAHIER DE VIEIL ÉCOLIER

                Sur ce cahier d’écolier, les titres occupant la marge, sont comme une entrée aimantée. Et pourtant, pour le vieil écolier qui les imagine, ça n’a rien d’évident. Une fois écrits, il ne sait plus bien à quel fragment les raccrocher. Il aimerait d’ailleurs souvent abandonner, arguant de la vieille utopie qui voulait laisser le lecteur continuer, à sa manière, la poésie faite par tous et par chacun.e. À condition, tout de même, que ce soit sur un cahier d’écolier.

CITATIONS

                Accumuler mille et une citations. Cette nuit celle d’un Basile (de Césarée), évoquant la complicité d’un vrai lecteur avec le travail des abeilles. Mais sous la citation recopiée, je ne donne jamais le nom de l’auteur.e qui pourrait induire un sens préétabli. (Après le corpus, je le rappelle cependant.) Ce que à quoi je m’astreins, par contre, c’est d’écrire quelques mots pour préciser la cible ou l’objet de la citation. Ainsi pour « citation » :

1 texte tissu réseau d’écritures et de citations 2 une œuvre enfilant les citations 3 pièces empruntées dont chacun fait son miel 4 de la citation aucune définition n’est possible 5 se citer soi-même : « Si on ne se citait pas quelquefois soi-même, qui donc le ferait jamais ? »

ENCYCLOPÉDISME

                Si, dans un premier temps, on prend plaisir et goût à cette accumulation de faits, d’idées et de théories en transformation constante, on n’oublie pas l’apprentissage en miroir, celui « d’apprendre à ignorer et à douter. » Raymond Queneau

COLLAGE

                « Se daba cuenta de que, más que escribir un libro, lo que estaba haciendo era componer un collage hecho de centenares de páginas de citas, de fragmentos de libros, de apuntes esbozados que no tenía tiempo para desarollar. » Antonio Muñoz Molina (Un andar solitario entre la gente)

                Il se rendait compte, que ce qu’il était en train de faire, bien plus qu’écrire un livre, était de composer un collage fait de centaines de pages de citations, de fragments, de notes ébauchées qu’il n’aurait pas le temps de développer. (ma traduction, comme on dit).





Une encyclopédie flottante et galopante
texte en cours
manuscrit premier jet « comment expliquer que l’abeille privilégiée des poètes se retrouve un jour au chômage? »

pratique améliorée du COLLAGE – l’esprit encyclopédique sait qu’il faut apprendre à ignorer

LAMBINER

version première (et presque définitive) écrite à la main ce 24/09/2020




LAMBINER

Ce sont mes plus beaux moments d’écriture.

Je pars d’un mot ou de plusieurs, qui ne dépassent une ligne.

Ils ne sont pas de moi, mais d’un livre, que je ferme alors.

« Une page blanche, vierge de toute écriture ».

C’est la cueillette de l’instant.

Ensuite cette carte tirée, je cherche et lui ajoute une des miennes.

Aujourd’hui par exemple c’est « Y a-t-il un texte dont mes intonations fassent mieux jouer toutes les nuances ? »

Mais non, ce n’est toujours pas de « moi », mais d’un autre livre. (Celui-là d’une femme).

Une page blanche, si je commence à faire mouvement sur elle, quelque soit le temps que je vais y consacrer, je m’oblige à la remplir.

C’est comme un devoir d’écolier. Mais comme je n’aime pas raturer (une sorte d’interdit), rien ne me presse de la terminer.

Cette page ce matin c’est écrite au lit, à mon réveil du matin.

(C’est autre chose pour mes réveils de nuit).

Dieu sait combien elle m’a permis de lambiner.

Tout à l’heure, je la recopierai, à l’aide du clavier.

 Et puis je l’oublierai.





citations : « Le côté de Guermantes » et « Enfance »