Je suis comme je suis
Je suis comme tu es
Je suis et ça me tue
Moi-même et un autre
Une autre même si j’osais
Écrire comme un androgyne
Je suis l’électron libre
De l’homme chérissant la mer
Et de la dernière indienne
de la Terre de Feu
Je suis l’anticenseur
Je suis l’absurdité
Je suis l’inventeur distrait
De cette suite issue d’un truisme
Tout bon lecteur qui me suit
Belle lectrice à ses heures
Devrait continuer...
Category Archives: Une écriture à part soi
UN PUR POÈME
Par instants un pur poème
Un poème de l’instant fatal
Avec l’attention extrême
Au mouvement de la parole
Qui s’organise en l’écrivant
Jusqu’à minuit quand sonne
l’heure Je me souviens des
jours heureux et je pleure
UNE NUIT DE PERTES ET DE DONS
LA NUIT DES DONS ET DES PERTES
« La vérité est un miroir brisé tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé
Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve. »
Rûmi (un « soufiste » du XIII° siècle)
Je me perds dans Borges la nuit des dons – noche de los dones – brise le miroir et le masque –el espejo y la máscara –
Je me perds dans les mille morceaux de cette œuvre dont chacun semble contredire le précédent et le suivant, miroir brisé par le poing d’un dieu jaloux qui ne laisse aux lecteurs que les fragments d’une allure de vérité.
Je me perds à l’angle de la rue Bernardo de Irigoyen et de la rue des Bergeronnettes, de celles qui suivaient mon père laboureur, et que j’habite pour de vrai maintenant.
Je me perds dans les prologues qui mènent immanquablement au jardin des sentiers qui bifurquent et qui font pièce à des ouvrages hétérogènes d’écrivains improbables.
Je me perds dans les visions simultanées de l’Univers que le langage ne peut traduire que successivement :
la neige coiffant la statue d’un soldat de 14 sur la place d’Ancizan (Hautes Pyrénées),
les grains de sable du Sahara coulant dans le tableau d’un artiste marocain que j’ai acquis grâce à une amie galeriste de Sausset les Pins,
la voie lactée où marchent sans cesse les indiens morts de la Goajira.*
-Tu as bien vu tout en couleur ? me demande Borges.
-Oui j’ai retrouvé mon livre d’enfant où toutes les lettres pendant la nuit se mélangeaient et m’offraient au matin un chant nouveau.
*Le chemin des indiens morts Michel Perrin (1976)

Sablier des dons et des pertes
MON ÉCRIT EST DE SURFACE
MON ÉCRIT EST DE SURFACE
Il court sur le papier il sonne sur le clavier il se projette sur la toile
Mon écrit est de surface
Intuition mimesis une flûte invisible un mot pour un autre une tache de soleil noir
Mon écrit est de surface
un mur arborescent un accord de guitare désaccordée une page perdue dans un livre fermé
Mon écrit est de surface
C’est une dédicace donnée par un auteur fictif imaginé par Borges
ou le catafalque bleu blanc rouge sur le cercueil de Paul Valéry
Ce sont les trois minutes trente-trois de silence d’une partition de John Cage
Mon écrit est de surface
Couché par écrit chanté au studio Le Petit Mas
Projeté sur des toiles d’abstraction lyrique
posées à plat sous l’olivier de mon jardin 9 rue de la Bergeronnette
Mon écrit est de surface
Grains de voix collés sur bandes magnétiques
Traits d’encres appliqués sur le calcaire coquillier ou la plage de Fos sur Mer
Cris du soir des martinets
Mon écrit est de surface
Livre de sable infini
Clavier plus ou moins tempéré
Page unique qui termine sa boucle
Comme un œil qui ne veut pas se fermer

mes abstractions lyriques Dorio 28 juin 2024
comme un œil qui ne veut pas se fermer
QUELQU’UN QUI PARLE DANS LA NUIT
Quelqu’un qui parle dans la nuit
En lisant des poèmes
qu'il se donne l'illusion d'écrire
que personne par conséquent n'a jamais lus
Des poèmes à qui il voudrait faire un sort
Et qu'il donne en pâture sur sa page
aux mots fourmis aux nuages à l’oubli
On ne saura jamais se dit-il qui les écrivit
Divisé mécontent sans espoir
Ou bien Uni dans la joie en chantant
Quelqu’un (croiront ses lecteurs peut-être)
Qui voulait renouveler le monde
De sa belle Utopie
Multipliant les mots de passe :
Amont aval remous regrets
Remords râle gazouillis
Quelqu’un qui passe et disparaît
Quand tous les morts sont partis
Au grand bal des poésies