UN SAGE ET LES FOLS ENVAHISSANT LA CITÉ

Nul plaisir n’a goût pour moi sans communication.

Il ne me vient pas une gaillarde pensée en l’âme

qu’il ne me fâche de l’avoir produite seul,

et n’ayant à qui à l’offrir écrit Michel de Montaigne.

Mais aussi, car il ne se soucie pas de se contredire :

Est-ce raison faire dépendre la vie d’un sage du jugement des fols ?

Mais (nous n’y sommes toujours pas),

 Notre vie est partie en folie, partie en prudence,

qui n’en écrit que révèremment (avec révérence) et régulièrement,

il en laisse en arrière plus de la moitié.

Bien malin qui suit ce diable d’homme,

trouvant que des vivants même,

je sens qu’on parle toujours autrement qu’ils ne sont

Encore heureux !

J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU

J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU (ni ininterrompu, ni perdu, ni retrouvé) J’écris dans un temps qui jouit de la douceur de la bonne santé J’écris dans l’impensé des nuits des corps rongés par l’infâme crabe J’écris dans le mouvement qui me fait passer au travers de périodes séparées de ma petite histoire J’écris de Jadis succédant au Maintenant J’écris sur les chemins des mythes qui reculent vers le futur J’écris à contre-temps des chroniques anachroniques J’écris en écoutant les Ombres errantes de François Couperin J’écris pièce par pièce ce qui ne peut-être rapiécé

ÉLOGE DES INSOMNIES

ÉLOGE DES INSOMNIES

Je peuple mes insomnies de lectures et d’écritures éclairées par les nuits qui nous transfigurent. Il est vrai que ces séances de nuit que j’ai toujours pratiquées, ont été libérées dès que j’ai pu jouir de ma « retraite », sans me préoccuper de l’heure à laquelle « j’émergerais » de mon sommeil le lendemain.

Ainsi en cet instant, au milieu de la nuit, je lis lentement, très lentement, le chapitre « Rêver de dormir » d’une philosophe enseignant à la Sorbonne. Elle me donne une citation de Jean Jacques Rousseau dont je vais faire florès : C’est la nuit dans mon lit et durant mes insomnies que j’écris dans mon cerveau.

C’est la nuit dans mon lit que ma plume écrit au ralenti.

C’est la nuit dans mon lit que je prends tout mon temps pour lire et surtout relire mes livres culte.

C’est la nuit dans mon lit que je nage à contre-courant d’une société obsédée par la performance et le désir puéril de se montrer toujours d’attaque.

C’est la nuit dans mon lit que je recopie des phrases énigmatiques qui, je ne sais pourquoi, me font signe : L’ennui est l’oiseau de rêve qui couve l’œil de l’expérience.

C’est la nuit dans mon lit que mes yeux peu à peu se ferment et que je clos ainsi ces instants précieux par cette phrase rituelle : À demain les affaires.

AU BOIS DORMANT DE NOS NUITS BLANCHES

Un mot de sang en gorge
Qui sent ce monde qui souffre
Et souffle et n’en peut mais

Un mot de neige imaginaire
Sur cette page pour traverser
Le bois dormant de nos nuits blanches

Un mot d’aurore sur nos paroles
Sur cette ardoise de nos enfances
D’un art ouvert à la ferveur des amoureux