QUEL BONHEUR QUE D’ÉCRIRE

Quel bonheur que d’écrire ainsi des kilomètres des milliers de pas d’une écriture qui ne cède jamais à la facilité même si pour le profane elle apparaît gratuite légère semblant savoir d’où elle vient où elle va alors qu’en réalité elle ne cède en rien à la facticité elle se trouve sans cesse devant ces chemins qui bifurquent des messages qui se contredisent des énigmes qu’il faut garder en suspens merci de bien vouloir patienter pour la suite…

quel bonheur que de faire mes hypnographies sur la photographie d’une peinture de Matta peinte en 1939 et mise aux enchères à Sotheby’s à New York les 14,15 et 16 mai 2018.

Jean Jacques Dorio Martigues 30 mars 2024

ÉCRIRE LE DÉTAIL LE DÉTAIL DU DÉTAIL…

ÉCRIRE LE DÉTAIL LE DÉTAIL DU DÉTAIL…
…au risque de se perdre d’esquisses en esquisses
Reprises de fragments d’une perle baroque au passé composé :
longtemps on s’est hasardé à confondre les états de veille et les états de rêves,
leurs écarts et leurs résonances.
Longtemps on a tissé leurs pièces décousues et (comme dit la chanson)
On a roulé carrosse
On a roulé sa bosse

Telle la roche des ténèbres d’un Sisyphe de la nuit
Celui que l’auteur du mythe revisité imagina « heureux » 1
Libre de colporter, dans ses réécritures acharnées,
sensations et images,
personnes et personnages,
souvenirs réactivés dans leurs moindres détails
Un lecteur créatif 2 s’est nourri de
ces voix qui promettent des mondes,
celles qui parlent dans les bibliothèques,

et celles qui disent :
c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim 3


1 Albert Camus (Le mythe de Sisyphe) 2 Marcel Proust lecteur de Baudelaire 3 Charles Baudelaire

IL EST VRAI ET IL N’EST PAS VRAI QU’UN POÈME SOIT DIFFICILE À LIRE

IL EST VRAI ET IL N’EST PAS VRAI
QU’UN POÈME SOIT DIFFICILE À LIRE



Écrire c’est long et difficile, cela place devant l’énigme et si la poésie est donneuse de grandes joies, elle peut aussi mettre en danger.
Marie-Claire Bancquart


Il est vrai et il n’est pas vrai qu’un poème soit difficile à lire

Il est vrai qu’on ne peut le lire en pensant à autre chose

Bien qu’en le lisant il peut vous faire penser à autre chose
que l’on a connu que l’on avait gommé de soi
et qui nous procure le retrouvant le regoûtant
une émotion des plus singulière

Il est vrai que si on ne prend pas le temps
d’épouser son rythme en pensée
puis à haute voix

bref de s’y arrêter
on passe à côté

Mais je romps maintenant ces gloses
Et j’ouvre la voie à cet objet
qu’il vaut mieux en fin de compte
éviter de nommer



J’AI FAIT BIEN DES VOYAGES
et toujours pour de bon
pour me remettre en cause
sur cette terre énergumène 1

J’ai fait bien des voyages
Un carnet à la main
Où j’ai laissé des traces
Que rentré au logis
J’ai revisitées
pour en faire livraisons
à des éditeurs

Ainsi sont nées
La fenêtre primitive
Ouverte sur les séjours
Que je fis chez les Amérindiens
du Venezuela

Ainsi aussi
Sur l’oppidum sans nom
le site archéologique
où vécurent nos Gaulois de Provence
à Saint Blaise

Ainsi encore
Cuba si Cuba no
Où je troquais
mes illusions révolutionnaires perdues
pour la rencontre de l’amour
de ma vie

J’ai fait bien des voyages
que j’oublie maintenant

En ce moment précis
Ce sont d’autres voyages
Qui entrent en Je(u)

Des pages de voyage 2
Où la boussole vacille
Entre départ et arrivée
de Santa María de los Buenos Aires
à Paris sur Seine la mouillée

Des extraits d’inédits
Qui remontent le fleuve
le livre le chant le radeau
La course folle vers l’estuaire
3

Et puis surtout
ce Voyage en Monodie 4
de mon amie en poésie
dont je relis
non sans ce présent des nostalgies
dont j’ai le secret
la dédicace :

« Pour toi Jean Jacques
à travers les territoires
de mémoire et de rêve »


1 Marie-Claire Bancquart 2 Sylvia Baron Supervielle 3 Jeanine Baude 4 Jacqueline Saint-Jean

Martigues 26 mars 2024




DES LIGNES DE GRATITUDE

Des lignes de gratitude
J’en ai beaucoup à gratter
À la plume sur le papier

Pour les vivants et les morts
Et d’abord pour mon épouse
Qui fut vivante jusqu’à sa mort

Pour mon père que je n’ai pas tué
Et ma mère que je n’ai pas épousée


(S’ils me lisaient
la référence au mythe d’Œdipe
leur manquant
ils seraient quelque peu désappointés)

Pour mes filles et leurs rejetons
Qui me prolongeront


Pour mes lectrices et lecteurs
Aussi rares que précieux

Pour les bonnes rencontres
D’amies et d’amis perdus
Et parfois retrouvés

Pour les livres de ma librairie 1
Et plus précisément
Ceux que je fatigue sans cesse


Ce sera tout pour aujourd’hui
Premier jour du printemps
De l’an deux mille vingt-quatre

1 ainsi Montaigne nommait notre bibliothèque

des signes de gratitude hypnographies du 26 mars 2024

MES VERS PARFOIS SE LAISSENT CHOIR

Mes vers parfois ne s’envolent pas ils se laissent choir comme faisaient les chauves-souris de mon enfance que je guettais les soirs d’été assis contre le mur en pierres de rivière du jardin Et puis lorsque la nuit tombait sous la voûte étoilée les vers luisants un à un apparaissaient…

mes vers parfois …hypnographies dorio 25 mars 2024