ON FAIT TOUJOURS BIEN TROP D’HISTOIRES

On fait toujours bien trop d’histoires
C’est ce que je me dis lisant
un bouquin qui dit Arrêtez
vos histoires mais écrivez plutôt
des poèmes en vers innocents
des berceuses nananana
un chant permanent de l’esprit
pour ses enfants et sa nana
Ou bien histoires pour histoires
On les confierait à quelqu’un
de plus compétent pour les dire
Par exemple dans cet esprit
Il ferait un vers magnifique
pour vous souhaiter l’anniversaire
qui après tant d’années s’enfonce
dans l’océan du grand mystère

Martigues dimanche 24 mars 2024

Ajout recopié d’un autre bouquin :

La vie ne commence pas le jour de sa naissance. Tous les événements survenus pendant les neuf mois de la vie intra-utérine et au moment de la naissance peuvent avoir des répercussions sur sa vie future.

ma mère paroles musique voix son fils jj dorio version ce 24 mars 2024

DES PAGES SOUS LA MÉMOIRE ARDENTE D’UNE ÉCRITURE



Comment un livre de poèmes a engendré l’écriture de ces pages

À RAS
Jean-Marie Corbusier
Edition Le Taillis Pré
Décembre 2023


J’ai lu une fois À RAS le dernier opus de Jean-Marie Corbusier sans prendre la moindre note.
Toutes ces pages, une à une, et aussi la lecture des pages en vis-à-vis, qui procurent quelques « chocs verbaux » salutaires.
Puis, relisant, « à sauts et à gambades », j’ai effacé le côté désespérant de certains passages (Chanter/dans le vide des présences/faire semblant),
pour m’attacher au côté « allant », stimulant (Le mot frappé d’innocence/ défait à l’usage/ je l’aurai traversé).
Et puis soudain, surtout, la disposition et le rythme de chaque page m’a inspiré.
Je me suis souvenu alors du meilleur Éluard 1 et me suis lancé à mon tour dans une écriture, page à page,
« où la mémoire ardente se consume, pour recréer un délire sans passé » 1

1 Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poètes ont toujours de grandes marges blanches,
de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé.

Paul Éluard

Cher Jean Jacques,
Merci pour ce montage poétique qui rassemble où les poèmes se donnent les uns aux autres dans leur humilité respective.
Les poètes ont trop tendance à se figer dans leur moi et leur solitude.
Ici, tu les obliges à sortir d'eux-mêmes, à s'aventurer vers l'autre, le différent et le même.
Amitiés.
Jean-Marie Corbusier


1

JE ME SUIS PERDU
cette nuit
corps et âme

Aussi j’ai besoin
de l’écrire

de faire
cette expérience
de pensée

Sur la page
d’une tabula rasa

À ras
Pour repartir
d’un bon pied

2

Ce que j’écris me précède
Jean-Marie Corbusier
À Ras

CE QUE J’ÉCRIS
me renouvelle

m’éparpille
m’étincelle

Mais la page
veille

Son rythme
Sa présence

Sa passe
Son transfert

Et l’appel
des marges

3

Sans me retourner
Jean-Marie Corbusier
À Ras

SANS ME RETOURNER
le passé aboli

les pas d’Orphée
mais sans les cris
d’Eurydice

Ma lyre est
ma guitare sèche

d’où sortent
des chansons

enregistrées
au Petit Mas

Mes pages
de partitions
multiplient
les accords renversés

et battent toujours
la chamade

4
NOS QUOTIDIENS
passent
peu ou prou

dans l’indifférence
ou l’échange vif

le feu en nous
ou les contes glacés

une page blanche
ou quelques paragraphes
posés
sur nos journaux intimes

5
LAISSEZ-VOUS BERCER
par cette page

Elle est à naître
je le sais bien
Mais vous l’adresser
Facilite son écriture

Vous la lirez
à vos moments perdus

Et puis la page
Essaimera
Ou redeviendra
blanche

6
MARQUER SON TEMPS
sur une page
où l’on ébauche
un poème

une esquisse
comme celle d’un sourire
dit-on

sans hâte
et en silence
et sans prise
de tête

sauter
de ligne en ligne
sans fin


7

JE T’AI À L’ŒIL
me dit
la page blanche

une voix intérieure
intimidante

à l’œil ?
mon œil !

lumière blanche
lumière noire

un éclair
et ma page
elle n’y voit
que du bleu


8

IL FAUT RECOMMENCER
Autour de minuit

Échanger nos silences
Par une page
Écrite en aveugle

Noter
Au plus profond
De soi

Ces quelques minutes
Où l’on parle au papier
Comme si l’on y croyait
Pour l’éternité

9

OÙ RESPIRER?
Mais dans le poème

Aérien
Libéré
Des tracas
Et des peines

La main
Sur le papier

La page écrite
Pour durer

Ou disparaître

10

ICI

C’est aussi
ailleurs

« En Arles
Où sont les Alyscamps »

À Montmartre
le soir

Dans la demi-brume
A Londres

Ici

Sur les pages
d’une anthologie
personnelle

Où l’on prend garde
de ne pas succomber
à la douceur des choses 1


1 Paul-Jean Toulet


Martigues dimanche 17 mars 2024


11

J’ÉCRIS AUX AURORES

à jeun
dans mon lit

Une mésange
vient frapper
au carreau

Quelle nouvelle
m’apporte-t-elle
de bon matin ?

J’imagine le pire

Mais sur ma page
« poussière de lune »

J’écris :

La journée sera belle

Vendredi 15 mars 2024 8h08


12

UNE DERNIÈRE PAGE

Apaisée

La forme
avec joie épousée
s’est peu à peu
épuisée

Inutile dès lors
de se triturer
les méninges

d’ajouter une pièce
dans la machine
(à faire ces poèmes
à ras bord)

On ferme

Martigues samedi 16 mars 2024

SOIS LE LÉGER L’AILÉ

SOIS LE LÉGER L’AILÉ


Au dehors c’est bruit et fureur
Guerres en Ukraine à Gaza
Crânes éclatés enfants gazés
Putine le massacreur fêté
Par des Russes soumis
En mode servitude volontaire
En France c’est la quasi guerre civile
L’extrême droite la plus ignare
Pour nous gouverner
Est adulée par le peuple-las
L’extrême gauche révolutionnaire
Est toujours agitée par les fantasmes
Du passé faisons table rase


Tout en prenant garde à ces ouragans mortifères
Je laisse la maison Poésie
Ouverte aux quatre vents de l’Esprit
Je continue à donner cours
À contre-courant
À mes affinités secrètes
Rêveries nourries par Bachelard
Ou Reverdy
Conversations fleuries
Près de la fontaine
Où l’on meurt de soif
Ballade des pendus
Dormeur du val


Je continue Lucrèce et Épicure
Le clinamen de Nature et les atomes
Qui se cherchent et qui s’aiment encor
Je recopie et j’apprends par cœur
Maints vers oubliés :

Ensuite en sa verve d’artiste
Laissant tomber l’épais velours
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours


Je lis Hugo grand-père
Croyant aux enfants
Comme on croyait aux apôtres
Moi qu’un petit enfant rend tout à fait stupide
Et j’en ai quatre
Mathis et Alice
Les deux perles jumelles
Ambre et Jade
Et un cinquième rejeton à naître

Art pauvre
Art maigre
Art poétique
Que le monde néglige
Art dispersé aux quatre coins
Des rues et des ateliers
Art de s’endormir papillonnant

Dans un dialogue de Tchouang Tseu
Art du parti pris des choses
Compte tenu des mots
Art des autans et des bises
Du marin du mistral
Et de l’Harmattan
Arte de zeffiro torna
De Claudio Monteverdi
Art des Vanités
Vendues trois millions de dollars
Chez Sotheby’s
Art des Donquichotte
De mon ami Brugeilles


Art de l’Apollon de Callimaque :
La victime du sacrifice doit être aussi grasse que possible
Mais toi garde la Muse mince
Sois le léger l’ailé

Martigues 19 mars 2024