37 HYPNOGRAPHIES

Pour Pauline Dorio

Jean Jacques Dorio 12 décembre 2023

Oui c’est moi qui seul ai réalisé ces gestes qui ont conduit à l’écriture de ces signes rêvés comme en état d’hypnose Mais mes 37 hypnographies n’existeraient pas sans ceux et celles qui ont fabriqué le papier et assemblé un carnet destiné aux « artistes » et sans celles et ceux qui ont conçu et réalisé ce petit bijou de stylo noir alimenté par de l’encre de Chine et terminé par un pinceau souple bien souple JJ Dorio mardi 12 décembre 2023 11h45 (pour fêter à la minute près une naissance qui m’est chère)

Repentirs :

il fallait ajouter 2 bougies à mes hypnographies du 12 décembre 2023

BÉER AUX CHOSES FUTURES OU AUX CHOSES PASSÉES ?

Que vais-je écrire? Je ne sais pas, tout ce que je sais c’est qu’au fur et à mesure de mon écriture sur le papier je vais le découvrir. Mais, façon d’annoncer la couleur, je ne vais écrire que ce que ma plume me dictera pour le plaisir. Le reste je l’écarterai. Je vais écrire pour mes lectrices, qui sont en ces temps de détresse et de « félicité insaisissable »,  » les véritables lecteurs »…béants aux choses futures, selon la formule du châtelain de Montaigne que j’ai revisitée hier en sautant des Essais aux Mémoires d’outre-tombe. Voilà, finalement je découvre que mon écriture cette nuit de mardi 12/12/2023 n’allait être qu’un tremplin au texte que j’ai remis sur le métier hier lundi et que je livre mélancoliquement à mes rares mais si précieux lecteurs.

124 BÉER « Montaigne dit que les hommes vont béant aux choses futures : j’ai la manie de béer aux choses passées. » Béant, béer, béer, béant. Encore heureux que Chateaubriand puisse surenchérir sur Montaigne. Et Marcel Proust, un peu plus tard, sur Chateaubriand. Et tant d’autres à leur suite, poursuivant ces commencements qui n’en finissent pas… de se multiplier. Chacun, chacune, y va de ses Mémoires, de ses créatures de fiction, mêlant « beaucoup de fables, à quelques vérités », faisant de sa vie « un roman ».« Avec toute la mélancolie de l’absence et de la jeunesse » relève l’écrivain de la Recherche, se réjouissant de comparer ses sensations de goût (la madeleine), source de mémoire involontaire, avec celles de l’ouïe chez Chateaubriand : « le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau » à Combourg. Ce que le professeur de Littérature et psychanalyste, Pierre Bayard, appelle avec malice, « un plagiat par anticipation ».

Le livre d’une vie Comme une autrebiographie En mille et un fragments JJ Dorio (texte en cours)

Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. A l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J’oubliai les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive. Quand je l’écoutais alors, j’étais triste de même qu’aujourd’hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d’un désir vague de bonheur, lorsqu’on est sans expérience ; la tristesse que j’éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l’oiseau dans les bois de Combourg m’entretenait d’une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Chateaubriand Les mémoires d’Outre-tombe

UNE NOUVELLE QUI RESSEMBLE À UN DISQUE RAYÉ

Pour Sophie et pour Jean-Louis,

Il faut nager juste ce qu’il faut afin de s’abstenir d’essayer de sauver autrui. Il faut écrire juste ce qu’il faut afin de s’abstenir de vouloir être lu à tout prix. Il faut lire un roman juste ce qu’il faut afin de s’abstenir de se prendre pour son auteur (Enrique Vila-Matas) qui se prend dans ce premier essai romanesque Paris no se acaba nunca (Paris ne finit jamais) pour Papa Hemingway et son célèbre Paris est une fête.

« Tu ressembles à un disque rayé » dit la maman peu amène à son fiston au téléphone, elle à Barcelone, lui à Paris. « Paris est rayé », aurait écrit dans une lettre Kafka. Vila-Matas fait une liste de raies : le toit de verre situé au Grand Palais, les grilles des balcons, la Tour Eiffel qui se compose de traits, les petites chaises que l’on voit en plein air et les petites tables de café dont les jambes sont (encore) des traits.

Tu ressembles au lecteur qui lut tous les premiers livres de poche qui parurent et que tu te procurais au sous-sol du drugstore de Saint Germain : Kœnismark de Pierre Benoît, Les clés du royaume de A.J. Cronin, Vol de nuit de Saint-Ex (comme nous l’appelions), Ambre (le prénom de ta petite fille, soi dit en passant) de Kathlen Winsor.

Couchant ses souvenirs sur le papier, tu espères qu’à l’avenir ils auront disparu dans la poche trouée de la postérité. Juste ce qu’il faut afin de s’abstenir d’essayer de devenir un romancier.

On espère parfois l’avenir sans souvenirs Ne plus rien voir des tours d’ivoire Sœur Anne qu’avez-vous à signaler ?

Jean-Louis Rambour Y trouver la fièvre Éditions L’Herbe qui tremble

Martigues 10 décembre 2023

TOUT EST QUESTION DE MOTS

Tout est question de mots que l’on choisit que l’on assemble de mille et une manières : des « oyats » sur la dune du Pilat, des «oblats » chez les religieux de Sainte Ursule, des élèves de l’école élémentaire dans la lune. Des mots qui jaillissent d’une opérette d’Offenbach, des mots sur les murs du grand opéra de Mai 68, des mots qui envoient Carnaval cul par dessus tête. Tous ces mots terribles qui font les chansons de François Béranger et qui se fraient un chemin dans le cœur et sur les lèvres des heureux mortels.

Martigues 25 novembre 2023

32 MOTS Eluard voulait « tout dire », mais il en manquait. Mallarmé leur cédait, volontiers, l’initiative. Jaccottet a toujours eu la hantise de ne pas se faire leurrer par eux. Tardieu, Monsieur Jean, redoutait celui qui en aurait percé tous les secrets. La liste des amoureux ou contempteurs de mots est infinie, mais à la fin des fins, dans son atelier quotidien où l’on s’escrime avec eux, ça fait une fois écrits sur la feuille, « taches de soleil ou d’ombre » Le livre d’une vie Une autre biographie En mille et un fragments JJD (en cours d’écriture)

Tout est question de mots
Tout est question de silence
Le feu  d'entre les mots
Les braises
de l absence
Je tisonne
mes souvenirs
Je remonte
les jours
Jusqu'à la flamme

Quand le vent déboule
Il  n'est plus temps 

Et se sentir aussi nu
qu'un nouveau-né
Et les mots envolés
Plus loin
Que jamais  

Danielle Nabonne