MAI 68 un commencement qui n’en finit pas 31/68

31/68

ESSAIM D’ABEILLES IVRES DE MAI 68

On proclame on accable

et l’on hue la bourgeoise hi hi hi

C’est la mort du père Ubu /bu bu bu  

On promet on démet et l’on crie

Philosophie Philosophie de la misère

 Misère de la philosophie /fi fi fi 

.

On godille et rame sur l’arbre mort des vieilles toupies /pi pi pi 

On manifeste et l’on ébranle le grand palais du résident de l’Élysée

On s’insinue et l’on squeeze la cohérence interne et le rire des dieux

.

On explore la Constellation du Chien et le champ sémantique de la Révolution

La mimesis la catharsis le simulacre de tous les carnavals de Rabelais

On marche on souffle on siffle le temps des cerises les merles moqueurs

et l’essaim des abeilles ivres de créativité

Jean Degottex Sans titre 1956

huile sur toile 130×97 cm

FRÈRE OCÉAN ET LA LITTÉRATURE courriel 88

COURRIELS

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

88

R.G à P.V.

Frère Océan. Je tiens là peut-être mon déclencheur. Il me faut maintenant trouver le roman, la seule chose qui compte. Tout le reste est littérature.

P.V. à R.G

Que ton vers soit la bonne aventure

Éparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym…

Et tout le reste est littérature

.

R.G.(21 mai 1914-2 décembre 1980) Usant d’un pseudo il sera le seul à obtenir deux fois le prix Goncourt

P.V. (30 mars 1844-8 janvier 1896) Un poète inné qui connaissait toutes les ficelles du métier.

DISPARITIONS XVI

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.


DISPARITION
XVI

Jules S.

107/113

107

J’aurai rêvé ma vie à l’instar des rivières

Vivant en même temps la source et l’océan

Sans pouvoir me fixer même un mince moment

Entre le mont, la plaine et les plages dernières

.

Suis-je ici, suis-je là? Mes rives coutumières

Changent de part et d’autre et me laissent errant.

Suis-je l’eau qui s’en va, le nageur descendant

Plein de trouble pour tout ce qu’il laissa derrière ?

.

Ou serais-je plutôt sans même le savoir

Celui qui dans la nuit n’a plus que la ressource

De chercher ‘ l’océan du côté de la source

Puisqu’elle est derrière lui le meilleur de l’espoir ?

J. S. Oublieuse mémoire  1949

OUBLIEUSE MÉMOIRE 81/85

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

81

Tu te souviens de Mimi peau d’chien

82

Tu te souviens d’Achille au pied léger

83

Tu te souviens d’Achille Zavatta

84

Tu te souviens de l’aboli bibelot d’inanité sonore

85

Tu te souviens de locus solus