Non, moi non plus, je me souviens pas du nom du bal perdu, ce dont je me souviens en revanche, ce sont les bals de l’été des fêtes de villages, les balloches, dont j’apprends qu’il s’agit aussi des « testicules » qui entre parenthèses donnèrent au temps des textes écrits sans queue ni tête les « texticules » (du hasard)
Je me souviens du Hasard et de la Nécessité et du visage de Jacques Monod, qui passait, en noir et blanc, sur l’unique chaîne de télévision.
Je me souviens de l’enfant Goajiro qui grimpait au cocotier nous chercher une noix de coco et que l’on surnommait Mono (Petit Singe rieur et malin)
Je me souviens de Guernica que l’ai vu en 1974 au Moma, pas loin d’une des Nymphéas dont la dimension 1×2 m, me faisait faire des allers-retours
Je me souviens aussi d’un tout petit tableau de Dubuffet que personne ne regardait représentant Joe Bousquet, cloué au lit, lisant un livre dont se détachait le titre choc : Traduit du silence
« Je suis dans un conte que mes semblables prennent pour la vie »
Je me souviens de temps en temps qu’il faudrait que je relise quelques histoires de La vie mode d’emploi
« Une lecture plus attentive de ces vies imaginaires permettrait sans doute d’en détecter les clés »
Je me souviens de mon petit vélo rouge d’enfant que je rangeais la nuit dans l’étable à côté de la maie des cochons
(à la différence de « le petit vélo à guidon chromé au fond de la cour » de Georges Perec)
Je me souviens de ma première bagnole, une deuch bleue (« comme une orange » évidemment)
Je me souviens de Si sta facendo tarde sempre più tarde : Il se fait tard, de plus en plus tard
Entre temps la vie s’est écoulée, on ne peut plus la rattraper me confie dans un sourire navré Antonio Tabucchi
Souvenirs écrits le 4 mai 2022 et modifiés à la marge dimanche 19 mai 2024
RACONTANT MA VIE
Racontant ma vie
rats et souris
oublis vestiges
vertiges épiphanies
Racontant mes blancs
les disparitions
et les sentiments
égarés dans un journal
intime de Mai 68
Évoquant les passages
les rencontres
de l’une à l’autre
sous la lune d’une crique
(à Cuba pour être précis)
aux Puces de Sainte Ouen
chinant de concert
un exemplaire d’origine
des Fleurs du mal
Cherchant refuge
dans ces souvenirs
sans fin sans commencement
sans direction particulière
qui vont selon…
ÉCRIRE : TENTATIVE D’ACCROÎTRE SON IDENTITÉ ?
On peut le dire ainsi,
Y compris s’il s’agit de choses écrites
à la manière de Francis Ponge :
on est alors l’espace d’un texte, cageot, verre d’eau,
crevette, voire, figue de paroles.
Écrire des notes de bas de pages
pour subsister ou donner le change
quand on doit maquiller son identité,
juif à Trieste ou dans le ghetto de Varsovie,
ni catholique ni protestant
dans la France des Guerres de Religion.
Écrire au facteur pour qu’il accélère sa tournée
quand seul, isolé,
on se nourrit des lettres du monde entier
qui parlent d'amour et de fraternité.
BREDOUILLE
Je repars bredouille de la quête des mots
Je suis fanny comme dit l’autre
Mais je l’écris je le bredouille
C’est déjà mieux que rien
Ce presque rien et ce je ne sais quoi
Qu’affectionnait Jankélévitch
Il saisissait ainsi la manière et l’occasion
et dans un second tome
La méconnaissance le malentendu
La liste n’est pas close
de même que mon poème
parti de rien
mais qui en chemin
a trouvé du grain à moudre
***
« Ce commencement qui n’en finit pas » est, de loin, ma formule magique préférée. Elle ouvre la scène imaginaire, l’Autre Scène, où va opérer ce commencement du commencement « à partir du rien de la feuille blanche, à partir de l’amorphe et de la parole balbutiante. » (Vladimir Jankélévitch)
COMME FLAMME SE PERD DANS LA LUMIÈRE
Encore une page que je vais jeter
comme des centaines d’autres
Celle-là je l’écrivis sur l’altiplano
la puna chantée par Yupanki
Cette autre le fut ailleurs
en Espagne ou en Italie
como fiamma si perde nella luce
comme il faut dire adieu
aux amours mortes en chemin