VERS INUTILES DE PURE POÉSIE





-J’ai besoin d’une feuille noire.

Pourquoi donc ô poète

Quelqu’un t’a-t-il maudit ?





-J’ai besoin d’écrire ce dialogue impossible.

Espèce de poisson ondoyant de sommeil.





-J’ai besoin d’une page blanche.

Le temps d’un flux sur la grève.





-J’ai besoin de ce blog où l’écriture

ne sait sur quel pied danser.

-Comme les masques blêmes du néant ?





J’ai besoin que ces lignes me déplacent.

Mets sous la clef ce poème

Et n’en parle à personne.





-J’ai besoin de dire et de contredire

ces phrases d’un monstre sacré

qui ont glissé sur la page de ma nuit blanche.

Songe effaré Tout se lève

Tout retombe Tout a flotté.









25/01/2020

23h25





en italique le lecteur aura reconnu ces « vers inutiles de pure poésie »

nommés ainsi dans la préface des Orientales





« Inutile signifie ici : n’ayant de valeur qu’en eux-mêmes,

et par rapport à rien d’autre,

et d’autant plus chargé de prix ».





Paul Bénichou

Le sacre de l’écrivain

page noire et page blanche
dans l’espace ondoyant
d’une nuit

JE T’RÊVE





Je rêve de mon ami Felix

Et de sa voix psalmodiant

Masa de son compatriote

         Cesar Vallejo

No mueras te amo tanto !





Je rêve des tristes tropiques

Des trois tristes tigres

Des tragédies grecques

Dont la masse a disparu

Et du rire des dieux





Je rêve et je ne sais plus

Qui du Rêveur ou de l’Éveillé

Tourne les feuillets noirs et blancs

De ma fragile et fabuleuse

                      vie









poème publié

titre du recueil : JE T’RÊVE





éditions Rafael de Surtis

2011

(variations du 26/01/2020)

couverture
peinture de maria dolores cano

LES MOTS SE PRESSENT AU PORTILLON





Les mots anciens se pressent au portillon

Monsieur mon passé laissez-moi passer ¹





Les mots se pressent au portillon

Jusqu’au dernier jour

Où avant de caler

Quelqu’un écrit :

Il faut se quitter déjà ?

Ne me secouez pas

Je suis plein de larmes ²





Les mots d’humour se pressent au portillon

De sorte qu’en fin de compte, il ne reste, en dernière analyse,

comme cause d’emmerdement, que l’amour de soi-même.³





Les mots se pressent au portillon

Des notes bas de page

Comme pisser dans un violon 4





Les poèmes se pressent au portillon

Il faut apprendre à écarter

Les plus mauvais

Les poèmes pleins d’exaltation et de rhétorique 5





Les mots se pressent au portillon

Moi c’est une image que je poursuis

Rien de plus 7





Les mots se pressent au portillon

Les fredains du grand-père enfant

Me font tout un album de chansons





Les mots se pressent au portillon

La muse mue

Des Mages romantiques à l’École du désenchantement 8





Les comptines se pressent au portillon

Passez pompom les carillons

Les portes sont ouvertes 9





Les morts se pressent au portillon

Des ptis trous des ptis trous

Encor des ptits trous 10









1 Léo Ferré 2 Henri Calet 3 Jean Paul de Dadelsen 4 Goethe ? 5 ? 6 Tabucchi (un rêve de Maïakovski) 7 Nerval 8 Paul Bénichou 9 Comptine de ma cour de récréation 10 Gainsbourg (Le poinçonneur des Lilas)

CES JOURS D’AZUR





« Estos días azules y este sol de la infancia »

Dernier vers griffonné – ou dicté ? –

par Antonio Machado

à Collioure





Peut-être un écrit nous en révèle-t-il les circonstances ?

Mais quelle importance ?





Quant aux mots jetés en ultime pâture :

« Ces jours d’azur et ce soleil de l’enfance »

Il permit au poète qui rendait son tablier crépusculaire

D’évoquer les promesses de l’aube





Nos belles utopies

Que l’on essaie de tenir

et d’honorer





Jusqu’à la ligne dernière









poème publié

(réécrit ce 25/01/2020)

Une minute d’éternité

Librairie-Galerie Racine

2008





Recueil de poésie présent sur le site de la Fnac

A NOIR écrit à blanc

écrit ainsi
blanc sur noir
et puis repris(é)
sur le clavier




écrire ainsi

c’est

complètement inactuel





mais

ça m’amuse

c’est un tour

de passe-passe





A noir

et pourtant

écrit à blanc





sous

la dictée

du dedans





Si je m’appelais Victor Hugo

j’aimerais

de cette lettre blanche

le bruit charmant





un bruit d’esprit

qui s’évapore





comme un poème finit

 quand vient l’aurore





25/01/2020
01h09