Maintenant c’est un autre-que-moi on dirait qui écrit ces lignes avec ma seconde main droite -puisque je suis droitier- ou peut-être la gauche, la plus gauche des deux, qui veut entrer dans la partie, la partie fabulatrice qui n’enseigne point mais raconte Oui, c’est un autre-que-moi qui se lance à l’assaut de ses (j’hésite) : ses hétéronymes, version Pessoa, ses fantaisies– voire fatrasies, ses écritures de seconde main (toutes faites de citations) ou ses exercices d’écriture quotidien, tout simplement. L’autre que moi, l’ogre à part moi, c’est eux et elles, ceux et celles que je lis, comme nul autre pareil, la nuit dans mon lit (Lili aime-moi ! écrit Maïakovski avant de faire couler la barque de sa vie) L’autre-que-moi c’est celui qui entre de plain-pied dans son écriture, résolument et sans tourner autour des procédés rhétoriques qui consistent à s’attirer la bienveillance de son lectorat en se faisant pardonner par avance la faiblesse de ses propos, captatio benevolentiae –terme consacré que je recopie d’autant mieux que l’école publique ne m’a pas fait cadeau d’un enseignement de latin-. L’autre que moi, pour faire un contre-pied à ce trop long paragraphe c’est l’Amiel de son Journal intime : J’entrevois, j’entrebaîlle, j’entreprends mais je n’entre pas.
J’ÉCRIS SANS INSPIRATION


J’écris sans inspiration -c’est le secret- c’est en écrivant qu’elle vient me titiller ou non…inexplicablement
J’écris lancé dans une giclée de mots qui vont faire des petits ou -comme à l’instant- s’interrompt un long temps…comme si je ne savais qu’ajouter
J’écris faisant jouer les couples Nécessité/Hasard Langage/Tangage Je/Jeu
J’écris en relisant la page en train de se faire en balbutiant en m’amusant à inverser les mots et les lignes
J’écris sans le Souci la grande terreur étreignant Kafka à son bureau de fonctionnaire contraint à une lamentable paperasserie
J’écris toutes les nuits sans que personne à mes côtés ne me fasse remarquer : Tu as vu quelle heure il est !
l’inspiration
CHERCHER SA VOIE SANS LA NOMMER

CHERCHER SA VOIE SANS LA NOMMER
1
Comme une précieuse œuvre d’art chinoise, d’une beauté qui se suffirait à elle-même Marcel Proust
Avec ces hypnographies, un mot que j’ai forgé, ma petite histoire sort de ses gonds : faisant jouer les gonds assouplis de ma pensée, j’avais dépassé l’état de préoccupation habituelle où j’avais été confiné jusqu’ici et commençais à me mouvoir à l’air libre Marcel Proust
Ou comment se déconfiner le corps et l’esprit
Avec ces hypnographies je fais apparaître ce monde jamais saturé de formes et de forces Elle est à l’origine de toute action, la force. Celle des formes s’incarne en nature et en art, en texte et en peinture Alain Rey
Avec ces hypnographies : pinceau léger qui va et vient sur la page vierge comme un battement d’ailes
Avec ces hypnographies j’ôte du poids au monde qui souffle et souffre avec ses signes en tension avec la calligraphie imaginaire d’un être qui se donne l’illusion de les créer de toute main (à main levée)
Avec ces hypnographies forces agissantes et retenues shen en chinois pinceau d’impensés courant sur ce papier blanc comme neige nuit blanche sur la page Jacqueline Saint-Jean Et que n’ai-je la chance d’habiter cette époque où ces signes étaient encore parlants : cherchant la voie sans la nommer
DANS LA FORÊT DE LAM

On rit pas mal dans la forêt de Wilfredo Lam : lames de fond, dieux cisaillés par les demoiselles de la rue d’Avignon enfourchant la révolution des signes en rotation.
On pleure aussi, quand la réboloution, elle est finie.
LOIN DES ARBRES OMBREUX
Mes parents reposent sous un cyprès Ma femme sous un pin d’Alep Mon ami qui vivait à Menton rue des grenadiers dort au cimetière des Trébuchets -Et vous monsieur, où irez-vous dormir votre sommeil pour l’éternité ? - Loin des arbres ombreux, depuis longtemps j’ai opté, pour le pays des poèmes, celui où n’entrent que ceux et celles qui changent leurs maux réels en mots de fantômes errants.

labyrinthe des arbres ombreux : dorio 22/06/2023