Quelqu’un qui parle dans la nuit
En lisant des poèmes
qu'il se donne l'illusion d'écrire
que personne par conséquent n'a jamais lus
Des poèmes à qui il voudrait faire un sort
Et qu'il donne en pâture sur sa page
aux mots fourmis aux nuages à l’oubli
On ne saura jamais se dit-il qui les écrivit
Divisé mécontent sans espoir
Ou bien Uni dans la joie en chantant
Quelqu’un (croiront ses lecteurs peut-être)
Qui voulait renouveler le monde
De sa belle Utopie
Multipliant les mots de passe :
Amont aval remous regrets
Remords râle gazouillis
Quelqu’un qui passe et disparaît
Quand tous les morts sont partis
Au grand bal des poésies
ALLONS NOUS TOUCHER LE FOND ?
En un instant dans une intuition quasi prophétique la réalité nous apparaît, nous avons touché le fond. Primo Levi (Si c’est un homme)
Estamos tocando el fondo
Gabriel Celaya (du temps de Franco)
La poesia es un arma cargada de futuro
Ça fait mal
Ça fait très mal
Les gens ordinaires vont voter en masse pour le R.N.
Le Rien et le Néant
Il y croient
Ils vont s’en mordre les doigts
Et la main toute entière
Tels les Anglais du Brexit
Mais ce sera trop tard
Bien trop tard
Kafka l’a dit Et Orwell
Primo Levi aussi
L’ÉCRITURE D’UN POÈME
2
Ça coule d’une source
Perdue dans les nuages
Du poème de l’Étranger
Baudelaire et des poussières
Inscrits sur les murs
de Mai 68
C’est sens dessus
Dessous
C’est compliqué
Comme la lecture
D’un électrocardiogramme
Quand le cœur fait ce qu’il veut
L’ÉCRITURE D’UN POÈME
1
C’est très curieux
On peut se dire
Comme du plomb durci
Sur le papier
C’est hésitant
Entre les mots
Entre les lignes
Ça se dérobe
Les mots s’absentent
Et pourtant
Comme ici
On les écrit
UNE MESURE POUR RIEN
UNE MESURE POUR RIEN
Une mesure pour rien, c’est le charme de ces phrases musicales en apesanteur, sans pulsations, qui me mettent en état d’oublier tout ce qui touche aux maux de la tribu.
Après ce passage musical et matinal obligé, que j’écoute en buvant le premier café, je peux à mon tour m’essayer à faire chanter la plume sur mes papiers préparés par de longues digressions sur des carnets de notes et de citations.
« Et quand personne ne me lirait », rien ne m’empêche de mêler dans mes poèmes des observations de mille petits détails venus du terrain ou des encyclopédies.
Les mesures pour rien, la rougeur soudaine sur un visage rose, un chat isabelle caché dans les roches de la passe maritime, une phrase belle comme une impro sur l’Art de la Fugue.