CENTON & MISCELLANÉES (11 à 20)

CENTON & MISCELLANÉES

EN COURS D’ÉCRITURE

CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée. 

J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petits bouquets.

JJ Dorio Martigues 18 novembre

11

Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques

12

Le Paris que vous aimâtes

N’est pas celui que nous aimons

Et nous nous dirigeons sans hâte

Vers celui que nous oublierons

13

Le Paris que j’ai aimé

Fut celui du grand Mai

68 fois je l’ai aimé

Mai mai mai Paris mai

14

Les muses du quai de Bercy

M’avaient conduit jusqu’à Grenelle

Et leurs sœurs de la Grange-aux-Belles

Vers les jardins clos de Passy

La nuit s’entendait avec elles

Les muses du quai de Bercy

J’allais dans Paris port de songe

Ouvert au piéton noctambule

Avec des amis de toujours

Embarqués vers le crépuscule

Et disparus au point du jour

J’allais dans Paris port de songe

15

tzantzantzaganga bouzouc zdouc nfoùnfa mbaah mbaah ngoùngfa

11 André Chénier (30 octobre 1762-25 juillet 1744 7 thermidor an II) L’invention

12 Raymond Queneau (21 février 1903-25 octobre 1976) Courir les rues

13 JJ Dorio + Claude Nougaro (9 septembre 1929-4 mars 2004)

14 André Hardellet (13 février 1911-24 juillet 1974) La ronde de nuit

15 Tristan Tzara -Dada- (16 avril 1896-24 décembre 1963) Le géant blanc lépreux du paysage

16

Je n’aime plus la rue Saint-Martin

Depuis qu’André Platard l’a quittée

C’est mon ami c’est mon copain

Nous partagions la chambre et le pain

Je n’aime plus la rue Saint-Martin

17

Dans la rue des Blancs-Manteaux

Le bourreau s’est levé tôt

C’est qu’il avait du boulot

Faut qu’il coupe des généraux

Des évêques des amiraux

Dans la rue des Blancs-Manteaux

18

Le dernier lambeau du jour donnait un air de féérie au paysage dans lequel la maison avançait en pointe comme un navire (…) Il y avait Notre-Dame tellement plus belle du côté de l’abside et les ponts jouant à la marelle curieuse d’arche en arche entre les îles et là en face de la Cité à la rive droite (…) Et Paris Paris ouvert comme un livre avec sa pente gauche la plus voisine vers Sainte-Geneviève le Panthéon et l’autre feuillet plein de caractères d’imprimerie difficiles à lire à cette heure jusqu’à cette aile blanche du Sacré-Cœur…

19

La mémoire du silence
nous rend aux temps immémoriaux
aux grandes solitudes de l’enfance

20

Le temps est discourtois
il nous échappe sans cesse
entre nos doigts de paille

16 Robert Desnos (4 juillet 1900-8 juin 1945) État de veille

17 Jean-Paul Sartre (21 juin 1905-15 avril 1980) chanson

18 Louis Aragon ((3 octobre 1897-24 décembre 1982) Aurélien

19 Gaston Bachelard (27 juin 1884-16 octobre 1962) Poétique de la rêverie

20 María Dolores Cano (7 mars 1956- ) (https://memoiredusilenceblogspotcom.blogspot.com/2012/12/resonance-tisser.html)

UNE HEURE D’ÉCRITURE

Je n’ai aucune idée de l’heure 
C’est autour de minuit
je suppose
J’agite le cornet de sable
Mais les images sont en panne
Dans les cervelets des panurges
‘Reusement il y a tant à lire
Dans les passages des bouquins
Les ellipses les éclipses
L’inconscient freudien
Fusées belles fusées
Éclairant les tombeaux
De l’écriture surréaliste
Écrite à la vitesse grand v
La page me remercie
Heureux de faire plaisir
Mais je n’ai toujours aucune idée
De l’heure passée à la composer

J’AI BEAUCOUP CONNU

J’ai beaucoup connu
les rideaux de la pluie
la femme au fagot de lune
les arbres changés en statues de sel
J’ai connu la tempête de Shakespeare
jouée dans un verre d’eau
les fourmis rouges boulotant
le calendrier des postes
les dés jetés depuis le pont de Manhattan
J’ai connu les fleurs
absentes de tout bouquet
et la bâtisse d’école
où j’allais sur le dos d’un chameau
apprendre l'A.B.C.
s’il vous plaît

Martigues 1er décembre 2023

J’AI CONNU AUSSI

805  AÑORANZAS PORTEÑAS J’ai vu la pampa Non au petit trot du cheval de Jules Supervielle Mais du haut d’une avioneta qui tanguait dangereusement J’ai connu la bise du 14 juillet 1970 qui s’engouffrait dans les rues de Buenos Aires J’ai parlé le lunfardo des porteños avec une compañera rencontrée dans un bar de la rue Sierpes (le livre de Borges sur l’argot de la capitale sous les yeux) Vous pouvez en douter Vous qui me lisez dans les villes de l’Europe sans gauchos montant à cru Jurant à lasso raccourci Dans le coral de l’estancia disparue proche proche du mot saudade,(vague à l’âme, nostalgie), le mot añoranza est impossible à traduire

Le livre d’une vie Une autrebiographie En mille et un fragments JJD en cours d’écriture

LE CHANT DES MOTS

Des oiseaux migrateurs que mon chant désorientent
Et des poissons dorés roulés dans du papier
Le journal d’aujourd’hui sur Dupond Moretti
L’écriture miracle ôtant le poids au ciel
Tous les échos dans la fumée de la Pythie
Et de Sibylle prophétesses des tempêtes
Quand les mots de l'amour et de la mort
Sonnent conjointement à nos oreilles

Martigues 30 novembre 2023

CEUX QUI S’ENFERMENT DANS LE LANGAGE CESSENT DE VOIR Quand le langage divise, il reste toujours de l’indivis. Quand le langage distingue, il reste toujours de l’indistinct.  Le Sage préserve en lui la part de l’indivis, de l’indistinct, tandis que les hommes du commun s’enferment dans leurs démarcations et se prévalent chacun de sa vue particulière. C’est pourquoi je dis : ceux qui s’enferment dans le langage cessent de voir.  selon Tchouang Tseu traduit  par Jean-François Billeter

Un rouge de valeur plus dense sans écho
Un sang plus étendu au flanc de la colline
Des oiseaux migrateurs sans orientation
Et tous ces hommes morts sans rime ni raison
Tant de cœurs desséchés
sans plomb
Comme des feuilles

Pierre Reverdy Le chant des morts