ÉCRIRE APAISE

ÉCRIRE APAISE

Écrire apaise. Écrire accompagne nos fantasmes et nos fantômes. Écrire contrairement à parler -ce qui est dit est dit- autorise à la fin de la page à déchirer le mal écrit. Écrire désarçonne. Écrire nous force à chercher notre assiette. Écrire nous forme. Écrire un roman (de Renart) se fit dans la jubilation du désordre. Écrire c’est toujours lire ailleurs si j’y suis. Écrire c’est maille à partir avec soi-même comme un autre. Écrire c’est faire une enquête de terrain sur l’organisation sociale des peuples sans écriture. Écrire c’est trobar leu-chanter clair et trobar clus– pour les initiés. Écrire c’est chaque nuit en résidence non surveillée dans son lit. Écrire c’est sans écrire en marchant sur des chemins de fortune écoutant des conversations diffusées sur France Culture en podcasts. Écrire c’est la mère des batailles de la langue toujours toujours recommencée. Écrire c’est cette présence qui nous a fait oublier chemin faisant que l’on écrivait.

ce fragment vient d’être publié dans Le Journal des poètes dans la rubrique Libres propos Merci en le livrant ainsi à la curiosité d’autres lecteurs que ceux de ce blog de l’avoir fait grandir

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COMMENT VIVRE SEUL

COMMENT VIVRE SEUL ? Comment organiser sa vie à son propre rythme ? C’est-à-dire souffle, respiration au sens de « laisse-moi respirer s’il te plaît ». Seul pour ce qui est du fond (et du tréfonds), foncièrement seul. Ainsi puis-je passer des journées entières, si je le désire, à ne voir personne, dans une grande maison à l’écart, dotée de son petit jardin d’éden, avec vue là-bas à 500 mètres à vol de mouette, sur la mer grise (ce matin), bleue, dorée, noyée plus rarement par la brume… Une maison où nous rêvions de finir ensemble nos beaux jours libérés des contraintes (et joies) du métier de pédagogue Le cancer que nul ne sait guérir en a décidé autrement Comment vivre seul ? À bonne distance, communications choisies, conflits écartés. Contacts quotidiens grâce à la magie de l’informatique avec mes deux filles, qui ont prolongé la tribu par un enfant, trois infantes Vivre seul dans le temps long qui peut paraître interminable pour les non-pratiquants de l’art de dire et de faire des lectures doublées d’écritures Ainsi ce petit texte est né vers les 7 heures du matin, encore au lit, jugeant inutile de me lever si tôt et reprenant un de mes livres de chevet Un passage de Roland Barthes, précisément, qui au début de la guerre de 40, vit au sanatorium dans une petite société « d’égaux » Seul et entouré de compagnons et compagnes des mauvais jours 35 ans après, on lui offre la possibilité de donner des leçons au Collège de France La première, je vous la donne en mille, a pour titre : COMMENT VIVRE ENSEMBLE ?

UN SONNET EN FORME DE RONDE

UN SONNET EN FORME DE RONDE

Ce corps d’une idée qu’est un vers (Marcel Proust)
Un vers où s’inscrit un sujet
C’est le sujet de ce sonnet
Un corps dans la chair du langage

Parole et corporéité
Vers à vers sondant ma pensée
Créant ainsi de l’inédit
Des images de coups du sort

De coups de vent De coups de mer (Victor Hugo)
Les dissonances de ces tours
Arcancielesques (dit Cendrars)

Voix sépulcrale ou badinant :
Des Djinns ou de l’Aronde babillarde
Ainsi se termine mon sonnet-ronde

SOUVENIRS DE CARACAS

MEMORIAS DE CARACAS Durant la courte averse de cinq heures du soir on met le journal el Mundo sur sa tête Il est bientôt trempé comme une soupe Sopa de cangrejos Puis c’est le resplandor : ça reluit ça flamboie ça resplendit Trois musicos de fortune attirent la muchedumbre L’un fait des vals sur son harpe criolla, l’autre accompagne du quatro et le troisième, el cantaor, agite ses maracas, cascas ! cascas ! cascas !, Azucar Azucar crie la foule en extase au chanteur des rues, ivrogne invétéré de rhum añejo et d’azur sopa de cangrejos : soupe de crabes, muchedumbre : foule, quatro : petit instrument à quatre cordes, cantaor : chanteur (le d du cantador a disparu), azucar : sucre littéralement, sens seconds nombreux et souvent à caractère sexuel, rhum añejo : rhum d’excellence fruit d’une maturation en fût de chêne.

DANSON LA GIGUE DES HAÏKUS

20 La vie orpailleuse Empoisonne la rivière Des Yanomamis

21 Dansons la gigue Disait dans Streets Paul Verlaine C’était à Soho

22 Je m’éveille las Fatigué de ruminer En perte d’amour

23 Bruit fait bruissement Le vent court sur le peuplier Le saule pleureur

24 Marcher sur la grève Porter un livre de sable Un grain de folie

25 Entre mots et maux Un dictionnaire à part moi Mes pas de côté

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi