Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants
Charles Baudelaire (Correspondances)
Mathis mon petit-fils devint, à sa naissance (28/02/2016) un mimosa (jaune comme sur les toiles de Pierre Bonnard.)
Alice, fille de mon autre fille (02/02/2022), est ce cerisier du Japon, qui montre déjà un mois après sa rituelle plantation, ces premières fleurs blanches.
Les arbres des deux sœurs mères, mes filles bien-aimées, furent un pommier et un tilleul plantés dans un jardin d’Ariège dont je n’ai plus la clé.
Ainsi sont les arbres de notre micro-histoire qui dans la forêt des fables et des symboles font entendre leurs paroles familières, éphémères couleurs d’éternité.
Martigues 06/03/2022
sur les arbres il est un site de poésie et de peinture merveilleux
https://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/
Sur l’Ukraine j’use beaucoup de papier que je froisse ensuite
et jette à la poubelle (de l’histoire avec sa petite hache)
Et cependant siParler est impossible
Se taire est interdit 1
Et le bâillon n’a jamais fait bon ménage avec la poésie
Aussi Poutine le Petit grimpe au néant
Je lui laisse sa page
Mais j’en prends le verso 2
Et j’objecte à sa bouche d’ombre semant haine et terreur
la pensée libre
échappant à la fin de la tragédie
à l’histrion sinistre qui tentait de l’étouffer
Cet être de fureur, de sang, de trahison
Il faut qu’il reste horrible
Et finisse en prison 2
1 Elie Wiesel (à propos des camps d’extermination) 2 Victor Hugo (Les châtiments)
Me moriré en Paris con aguacero
Un día del cual tengo ya el recuerdo 1
Cesar Vallejo
(16 mars 1892 Santiago de Chuco (Pérou)- 15 avril 1938 Paris)
Je mourrai moi aussi
Probablement pas à Paris
Ni par un jour d’orage
Je mourrai un dimanche
Comme celle que j’aimais
Qui claqua des dents en mai
Je mourrai sans barguigner
En prosant peut-être comme
À l’instant ces derniers vers
Le souffle court le nez pelé
En écoutant Cesar Vallejo
Me parler de ses souffrances
Quelqu’un dira mon nom
Marqué d’une pierre noire
Quelqu’un dira : sa page
Que tant de fois il fatigua
Est définitivement blanche
En témoignent les jours sans orages
Les vers que l’on écrit chaque jour
(même le dimanche)
La solitude Les chemins marqués
de cairns noirs et de pierres blanches
1 Je mourrai à Paris
Un jour d’orage
Dont déjà je me souviens
(ma traduction)
Martigues 09/03/2022
Je veux faire un sonnet pour me rasséréner
M’occuper, oublier l’affreux drame ukrainien,
Être sur cette page, ainsi qu’un arbre humain
Agitant mon feuillet d’étranges parrainages
Je veux offrir à Pan ces vers un peu tordus
Imaginant la flûte du petit Dieu cornu
Faisant danser les nymphes et les fées de nos jeunes âges
Quand Peace and Love hantait nos rêves californiens
Carpe diem disions-nous en riant comme des fous
Farfelus, innocents aux mains pleines d’audace
Vivant d’amour, passant la mort à l’as
Mai 68 bien sûr, la prise de parole sur nos murs inventifs.
Mais maintenant Rideau ! le sale dieu guerrier
Jette l’effroi tragique sur notre humanité
08/03/2022
Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre
Anna de Noailles
Je vois la petite fille jouant à Marelle
Je vois le petit garçon qui donne des sardines aux chats traînant dans les rochersMais ce titre d’un journal
Donnant la liste des petites Alice
Et des petits Marcel
Étripés par les bombes russes
Non mille fois non
Je ne veux pas le voirJe relis des poèmes thématiques sur l’enfance
Où il est question de Nils Holgerson :Petites filles qui ressemblez étrangement
aux petits garçons blonds cheveux longs
qui vous accompagnent 1
J’emprunte à nouveau les pistes imaginaires
Des majuscules enlacées
Et des cœurs sur les chênes
Où l’on se promettait
De ne jamais mourirJe repense à l’enfant précoce de René-Guy Cadou
Qui ne disait rien sur l’amour
(pour ne pas mentir)Et à la petite Alice et au petit Marcel
(c’est plus fort que moi)
Je susurre cette complainte de plain-chantla nuit contre mon cou 2
Quand avec mon amour
Nous respirions de concert(encore une heure encore un jour)
1 Daniel Biga 2 Jean Cocteau