UN TEXTE TISSÉ DE BELLE INSOMNIE

Le charme d’un texte
Tout une nuit d’insomnie
Taillée au crayon

Taillée au crayon
Qui trace sur le papier
Les mots de l’oubli

Les mots de l’oubli
Les maux que la mer efface
Mémoire pillée

Mémoire pillée
Souvenirs à pile ou face
Rimes des chansons

Rimes des chansons
Sur la mer recommencée
Chants et contrechants

Chants et contrechants
Sonorités du ressac
Entre deux silences

Entre deux silences
Bienfaits d’une longue trêve
Et du charme d’un texte

Le charme d’un texte
Tissé de belle insomnie
Clap de fin : JE T’RÊVE

POÈTE & GÉOMÈTRE À LA PROUE





Mais ce violet qui s’avance
au cœur du carré magique
fait bouger le paysage
où tombe une pierre noire

« Les mots d’Alice »
Jacqueline Saint-Jean


Poète et géomètre à la proue
En avançant en inventant
au fur et à démesure
la fabula impromptue
ininterrompue.

Et sans te retourner !

- Mais qui a-t-il
dans cette barque ?

- Monsieur Personne-de-l’Odyssée
Déguisé en Alice.
Et ma pauvre morte
Qui chante à tue-tête
Tititi titi tireli !

Autrement dit

Poète et géomètre à la proue le révérend Dodgson
invente pour les trois demoiselles du docteur Liddell
une fable impromptue
au fur et à démesure.

Charles Lutwidge Dodgson  alias Lewis Carroll
Raconte son abracadabrantesque histoire
Par-dessus son épaule.
Alice Liddell faisant office de barreuse et d’Égérie.

La suite à la prochaine fois
Dit le révérend exténué
Dans la fournaise de ce 4 juillet 1862
Ah ! Mais on est la prochaine fois !
Crient les chipies

Il faut continuer
Il faut imaginer Lewis
Comme Ulysse l’Inventif

Jusqu’à ce que les rêves de l’Enfance
Reposent, lorsqu’ils ont pris fin
Comme des guirlandes fanées.















géomètre et poète à la proue

MÉCHANTE LIMONADE





On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans

Arthur Rimbaud


Un café noir et un café noisette
Au café de la Marine 8 place Saint Sulpice
En imaginant un atelier de poésie avec son amie Josette
Claude B. dessinant sur Une minute d’éternité un frontispice

Une vieille indienne de la Goajira pleureuse de morts
Clément Marot criant la mort n’y mord

Un orvet de l’enfance appelé serpent de verre
Cette liste naturellement à la Prévert

Les couleuvres que sur les chaines de désinformation on avale
Camille Saint-Saëns faisant danser ses animaux au Carnaval

Un ballon de rouge un verre de blanc
Monk jouant round midnight avec deux blancs

On n’est pas sérieux quand on a sept fois dix ans
Et qu’on écrit sur un blog
Méchante limonade !


un livre publié en 2008
Pour JJ Dorio, écrire et vivre, "escrivivir" (Julien Rios), s'inscrit ici et maintenant, conjugue le dehors et le dedans, dans le bruissement des voix nourricières et "la lumière millénaire des poèmes qui nous regardent".
Jacqueline Saint-Jean



BASHÔ REVISITÉ

SAISONS


Le sanglier même
Avec toutes choses est emporté
Ouragan d’automne !

Bashô (Japon 1644-1694)


Ouragan d’automne
Le toit même de l’église
Fut emporté


Première neige
Et que n’ai-je
Du charbon à brûler


Printemps des poètes
Feuilles mortes
Font pouet pouet

Et cet été ?
Ça a été
Cigales en feu


écrit sous le mistral de Martigues
ce 22 octobre 2021













SOMMEIL

Ha ! Sommeil je t’entends, tu montres en ton silence
Que la mort, non pas toi, me doit fermer les yeux.
Etienne Durand (1586-1618)


Sommeil est un pays où l’on s’enfonce
sans coup férir 

C’est une succession d’images venue de souvenirs
Où se mêlent les personnages de nos lectures
Les fantômes de nos disparu.e.s
Les fragments de notre vie réelle revisitée

Sommeil est diaprure d’un roman de soi
Que Mort effacera