DU TEMPS

Crise du temps

Que l’on met au travail

Pour le remettre en forme

Pendant que l’on s’absente

de soi et que l’autre s’insinue

peu à peu

dans la place du même

.

Ça fait charabia

Araigne dans la tête

Boulotant les neiges d’antan

Et c’est aussi

l’antienne d’Apollinaire

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

.

Arrêt buffet

Je parle dans ma tête

Comme d’autres

parlent au papier

Dans une nuit nue

À la mémoire embrouillée

.

Il est midi

L’heure des colibris

Qui sucent les fleurs rouges

Des corolles absentes

De tout bouquet

.

Le temps est un enfant qui joue

au tric-trac tout à trac

et au jeu de dés

qui n’en finit pas de défier

al-azhar

le Hasard et la fleur d’oranger

LISTE IV

J’écris mes listes

à peu de lecteurs

et à peu de jours

Pour le retour de septembre

J’ai cueilli l’hysope violette

Que l’on donnait en décoction aux lèpreux

J’ai repris en rêve le chemin de l’école

Quittée il y a cinq lustres

Une goutte d’eau

Sur la route d’O

M’a donné

Cette rime équivoquée

Et les sécateurs ont coupé

Trois paniers de raisins

De ma treille

(le reste demeure secret)

TRAVERSER LA NUIT

Traverser la nuit à la rame

À la ramasse ou dans l’ivresse

D’un blues sous la lune

Oublier points et virgules

.

Au fil de la plume

On écrit un mot puis un autre

Qui nous soigne ou nous blesse

.

C’est déjà l’aurore

Des paroles blanches

Qui peu à peu s’irisent

.

On referme le livre

On ouvre ses yeux

Sur les pièces d’un puzzle

Impossible à reconstituer

Sur poésie mode d’emploi

.

Il est sept heures

Le jardin s’éveille

On va s’endormir

Sur une mélopée

De Madame Morphée