LA VOIX BRISÉE D’UN GRAND-PÈRE

carte rouge que personne jamais ne recevra




LA VOIX BRISÉE

Agonie mauvais mot
Avant de partir pour les plages
Où lève Soleil Noir

J’ai entendu enfant
Derrière une cloison
La voix brisée d’un grand-père

L’autre le malheureux
Avait fait mille kilomètres
Pour crever anonyme dans la boue
De Belgique
« tué à l’ennemi »

Je l’écris les yeux clairs
Sur cette carte rouge
Que personne jamais ne recevra
Poste restante
Sur le tapis roulant de la micro-histoire
Engloutie sur l’espace présent

POÈME un bouquet d’immortelles dans la tête





Celui-là fut arraché d’un mur de Mai
D’un murmure sujet aux métamorphoses
D’une brèche joyeuse dans les pensées myopes

Celui-là n’était pas bégueule
Mais nu comme un vers dit par
une artiste en tournée dans les wagons blanc et or*

Et cet autre nous plongeait dans une histoire d’enfance
dont l’héroïne portait un nom bizarre
et le héros n’osait pas lui dire qu’elle était belle

Poèmes écrits sur les murs, 
Dans les wagons du transsibérien
Sur les scènes de l’enfance

Poème qui s’en va
Sans parole dernière
Un bouquet d’immortelles dans sa tête


*André Breton

POÈMES leurs voix éclaboussées sur la mousse des murs





Poèmes ?

Rien de plus simple
et de plus difficile
À condition de les porter
toute une vie

Loin de la foule des bravos
et des grigris

Poèmes ?

Un peu de soi
Beaucoup des autres 
Qui les ont donnés à lire
Depuis belle lurette
Échos perdus dans la rumeur du monde
Voix éclaboussées sur la mousse des murs*

Poème ?

Parlant au papier
Son fil s’est dévidé

Il a fait cette page
Entre onze heures et minuit


*Pierre Reverdy 

MON PETIT MÉTIER

manuscrit avec hypnographies Dorio 6/12/2018
Art d'écrire. 
J'ai écrit des centaines de poèmes presque sans ratures.
J'en ai gardé quelques-uns, j'ai brûlé les autres.
Et voilà tout mon pauvre métier.

Pierre Reverdy (Le livre de mon bord)
J’écris sans ratures
   la Plupart du temps
    -ce titre blason de Pierre
               Reverdy-
    dans le calme des nuits

Autant de pierres blanches
Que j’échange en chemin
      Avec je-ne-sais-qui
      Qui lit je-ne-sais-quoi

        Seul.e un.e ami.e
              parfois
      Me rend la monnaie
             de la pièce
           Au centuple 

       Voilà une à une 
         ces lignes qui
 à peine le temps d’y penser
          sont au cœur
     de mon petit métier






ENCRES VIVES 2019

ÉTRANGE FAÇON DE VIVRE





Étranges façons de vivre
Passant un temps jamais compté
À laisser courir la plume
Sur le papier
Sans jamais savoir à l’avance
Ce qui va se présenter

Étrange façon d’écrire
En tournant sept fois son stylo
Dans sa tête
En préparant son bouquet de fleurs
De rhétorique
Ainsi que des reliques
Restes d’un culte athée

Étrange façon de s’en aller
Sur la pointe d’un pied
Dansant la gigue
De ce poème juste ébauché