Poème tu me prends la tête Poème tu fais trop de bruit Poème tu es trop honnête Poème ton langage est cuit Poème tu me rends trop bête Poème sorti de ton puits Poème tambour et trompette Poème qui me déconstruit Poème renaît de ses cendres Poème quand l'aurore point Poème qui joue aux Cassandres Poème ces temps-ci chafouin Poème étrange étrange Poème à brûle-pourpoint Poème en libre-échange Poème point et contrepoint
POÈTE N’EST PAS MAÎTRE CHEZ LUI
Pas de posture s’il vous plaît
De ces appels à la post-poésie
Au post-moderne au post covid
Poète n’est pas maître chez lui
Mais curieux de tout et dans tous les domaines
Le voilà se lançant à corps perdu
Dans un texte sans prétexte
Dans un poème anti-poème
Fait de briques et de loques
Sans vers ronflants assurés de susciter
les applaudissements quand le clown se meurt
Sans petits secrets en sages alignements
Dans un pays sans poésie
que faire de « la Môme Néant »
et du « Hareng Saur » ?
Et comment entendre sa voix
Rape à ri ripe à ra
Qui t’emparouille et te tocarde
Dans un pays fast-food que faire de la faim ?
Je meurs de faim devant les plateaux télévision
Qui déversent leurs passions négatives
sur nos fragiles démocraties
Je meurs de soif auprès de la fontaine
Rien ne m’est sûr que la chose incertaine
Lectures Henri Michaux François Villon
TÉLÉPHONER avec en ligne au bout du fil nos fantômes et nos farfadets
Téléphoner Allo Allo Mr Benjamin Péret Votre gazelle est égarée dans un cinéma des grands boulevards surréalistes Téléphoner Allo Allo Coucou c’est moi Je ne dors pas Parle-moi s’il te plaît du carré de l’hypoténuse et des moutons de Panurge Ça urge Téléphoner Allo Allo à Michel de Montaigne plantant ses choux dans son jardin imparfait et soudain traversé par l’idée de sa mort mais qui , nonchalant d’elle, la congédie Téléphoner Allo Allo à ma cocotte comme dit la fermière, à mon p’tit Lou malheureuse comme une pierre et qu’essaie de consoler la chanson de Perret Téléphoner Allo Allo aux jeunes filles violées, aux jeunes épouses voilées, aux vieilles dames perdues dans les allées d’Alzheimer Téléphoner Allo Allo au père Queneau (Raymond qu’on baptisa) lui qui tant écrivailla entouré de Pléiades et de bouquinailles Téléphoner au père Dorio (Noël pour les intimes) lui qui tant laboura accroché à son brabant, sa charrue réversible qu’il tournait au bout du sillon (comme son fils fait à l’instant de ses vers boustrophédons) Téléphoner Allo Allo à Phédon : pour la rime riche, pour se ressouvenir de la mort du premier philosophe qui jamais n’écrivit mais qui eut un Platon qui se mit en quatre pour rapporter les dialogues de ce fils de sage-femme qui eut la drôle d’idée de vouloir lui-même accoucher les esprits de ces concitoyens qui un jour excédés lui firent un procès et le condamnèrent (pour corruption de la jeunesse, négation des dieux de la cité et introduction de divinités nouvelles) à boire jusqu’à la lie ce breuvage fatal où nageait la ciguë Téléphoner Allo Allo à Gagarine le premier homme qui fit le tour de notre mère la Terre et qui confirma revenu sur le plancher des vaches la parole du camarade poète Eluard : la terre est bleue comme une orange Téléphoner Allo Allo à Henri Michaux pour avoir des nouvelles de l’avenir de la poésie Et enregistrer sur un magnétophone à cassettes sa réponse : Où va la poésie ? Elle va à nous rendre habitable, l’inhabitable, respirable, l’irrespirable Téléphoner Allô Allô quelles nouvelles? (il était temps !) à madame la marquise qui (l’histoire n’est pas connue) après avoir appris la perte de tous ses biens, ne sortit pas à cinq heures comme le prétend la doxa, mais prit bel et bien le train de 9 heures à la gare de Lyon vêtue de son manteau d’Arlequin, pour aller à Milan s’enivrer du chant de la Callas dans la Traviata noi siamo zingarelle venute da lontano (nous sommes des bohémiennes venues de loin) Téléphoner Allo Allo et rester le bec dans l’eau quand au bout de la ligne (la dernière) une voix vous répond et vous répète obsessionnellement : le numéro que vous avez demandé n’est attribué qu’aux fantômes et aux farfadets…
ÉCRIRE au présent d’une nostalgie où l’évidence à l’oxymore s’allie
En définitive à quoi écrire sert-il, sinon à vivre ? Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » – écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » – avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. Mais ici, la chose est dite. C’est elle qu’il faut comprendre et suivre. Jacqueline Bisset
Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensées si utiles et agréables ? Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre m’a fait, livre consubstantiel à son auteur, d’une occupation propre, membre de ma vie ; non d’une occupation en fin tierce et étrangère comme tous autres livres. Car ceux qui se repassent par fantaisie seulement et par langue quelque heure, ne s’examinent pas si attentivement, ni ne se pénètrent, comme celui qui fait son étude, son ouvrage et son métier, qui s’engage à un registre de durée, de toute sa foi, de toute sa force. Montaigne
Écrire c’est mon dada c’est dire Non au sang versé dans le tonneau des dadadas des nananas des Danaïdes durant la grande boucherie de 14-18 Écrire c’est ma crise de vers cette exquise crise qui a débuté à la mort de celui qui fut poète, dramaturge, écrivain, romancier, graphiste projetant ses encres fantastiques, proscrit…et député : il était le vers personnellement, il confisqua chez qui pense, discourt ou narre, presque le droit à s’énoncer (On dirait du Lacan c’est du Mallarmé) Écrire c’est la recherche de l’imprévisible de ce que je n’aurais jamais été capable de formuler si je ne m’étais pas attelé jour après jour (surtout la nuit) à faire mes pages d’écriture Écrire c’est la découverte à l’instant de ce que la justice est une orfraie : elle finira bien par s’étrangler au tournant. (Queneau) Écrire c’est tousser en disant « tout sait » : la pierre, l’air, le feu, la mer, la nue, le petit val, la tête nue Écrire c’est tisser à la main, au métier, son cocon, sa petite pièce, son texte sur papier quadrillé, son journal, son vers, l’écrit et les cris d’une orchestration qui reste verbale (encore Mallarmé) Écrire c’est, qui sait ?, affronter l’animal, le feu follet, le feu Follain C’est écrire sur les murs défense de ne pas rêver C’est écrire à la craie sur l’ardoise pour demander à son institutrice préférée, le chemin qui mène à la félicité Écrire c’est par amour cesser d’écrire pour cueillir un bouquet à sa belle en souffrance lui inventer chansons d’amour amor que nos transfigura Écrire toujours encor, dans la vacance d’une écriture, au présent d’une nostalgie où l’évidence à l’oxymore s’allie Écrire au propre le pastiche de Mio Cid, monologue intérieur de Chimène murmurant ce vers d’anthologie qu’il est joli garçon, l’assassin de papa (Georges Fourest) Écrire étymologiquement gratter, inciser sur sa tablette d’argile, utiliser son stylet, scribere, libérer cette main qui écrit à l’ancienne en trempant sa plume dans l’œil noir que nous fait l’encrier Écrire : tremper et retremper dans son bain révélateur les pages manuscrites de messieurs Proust et Flaubert et de mesdames de Staël (Germaine) et Colette (Sidonie) Écrire ? je vous demande un peu, un peu d’écoles littéraires prétendant l’une après l’autre de se libérer de la précédente, lyrisme, antilyrisme, réalisme, surréalisme, s’allumant (ironie des –ismes) de reflets réciproques, traînées de poudre qui font long feu Écrire, oui, en lettres noires de feu sur la plaque de la cheminée libérée des cendres de la veille J’aimerais mieux manquer une leçon de philosophie que mon feu du matin (Bachelard) Écrire et laisser dire, laisser crier et rire les jaloux d’une pratique éphémère et fragile, mais la seule qui nous met en capacité de préparer nos partitions visuelles ouvrant la main à l’écriture qui libère nos coups de dés
CHANSONS DU SOIR 3 la mouette
cd chansons de quatre sous 2018 Si j'étais une mouette Je volerais dans le bleu J'irais de Martigues à Sète Un voyage fabuleux Si j'étais un p'tit lézard Je serais un baladin Qui écouterait Mozart Sous les pierres du jardin Mais je ne suis qu'un enfant Avec mon corps d'écolier Qui rêve de temps en temps De partir de s'en aller Si j'étais un poisson chat Dans mes océans bleuis J'aurais un' vie de pacha Les yeux toujours éblouis Si j'étais cet oiseau lyre Du poème de Prévert Je sortirais du pupitre Ma musique de trouvère Et je serais cet enfant Avec mes ail's d'écolier Qui s'en irait dans le vent Pour partir pour s'envoler